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MÉTIER/ÉTUDE : Directeur d'une société privée de sécurité / Contrebande d'armes et extorsion / Fournisseur d'armes pour l'OBCM

 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)


       
Brother, there's so much that I could never say to your face. But by now, you should know the world and all its ways so find your place. How do I find words that do not condescend, when she bore you before me. 'Cause she doesn't need a child, she needs a friend. A son, not a sob story.
Zachary & Joshua
       

       
Recherche Zachary désespérément.

       
Il avait froid, au cœur et au corps. Ses mains gantées de cuir se crispèrent sur le volant de l'élégante voiture, garée dans une allée à l'ombre d'un arbre. Joshua ne savait plus depuis combien de temps il attendait là, à l'abri des vitres teintées de sa BMW. Il était rare qu'il s'éloigne de la ville et ne connaissait pas ce coin de nature où les habitations étaient si rares. Cela faisait un bon moment qu'Emily lui avait fourni l'adresse de Zachary Madden et il avait eu un peu de mal à découvrir la maison, cachée non loin d'une petite forêt. Pourtant, à présent qu'il l'avait trouvée, il ne s'était pas encore résolu à s'y présenter. Chaque jour, il semblait avoir eu un empêchement qui l'avait poussé à reporter sa visite. Peut-être était-ce inconscient de sa part, peut-être se trouvait-il de fausses excuses parce que cette rencontre l'angoissait en réalité. Joshua n'aimait guère avouer ses faiblesses, pas même à lui-même. Après tout, il avait énormément de travail, la recherche d'un appartement lui prenait également beaucoup de temps et il n'allait tout de même pas rendre visite à des inconnus à une heure trop tardive...

Ainsi, il se contentait de rôder dans les environs, de passer devant la maison et d'y guetter des signes de vie. Parfois, comme lors de cette soirée, il se garait un peu plus loin et restait là à s'imprégner de l'ambiance sereine de la nature, à méditer et à retourner en boucle dans son esprit les paroles de sa mère. Le front lourd, il revoyait dans son esprit le visage chagriné de Lauren qui avait emprunté une moue boudeuse pour lui apprendre la vérité. « Tu n'imagines pas ce que c'était pour moi de me retrouver seule, après la disparition de ton père. Je me sentais abandonnée, avec deux enfants en bas âge, sans personne pour m'aider ! Et j'étais terrifiée à l'idée que des ennemis nous fassent du mal, j'étais démunie ! Alors j'ai pensé que mes petits seraient plus en sécurité dans une famille d’accueil. Mais à la fois... J'étais si malheureuse que je n'ai pas pu supporter l'idée de me retrouver entièrement seule. Je t'ai donc gardé, toi.» Sa voix était si déchirante que Joshua en avait eu le cœur serré. Pourtant, il devait savoir que Lauren ne ressentait jamais rien pour les autres mais seulement pour elle-même. Toute émotion était ramenée à elle de n'importe quelle façon. Les autres n'étaient que des objets qui servaient à assouvir ses envies. Il était difficile néanmoins pour un fils de percevoir sa mère de cette manière. La gorge serrée, il avait alors demandé pourquoi. Pourquoi l'avoir gardé, lui ? Comment avait-elle bien pu avoir le courage de choisir entre l'un de ses deux enfants ?

Lauren avait haussé les épaules, répondant d'une voix de petite fille capricieuse qui donnaient encore des frissons à Joshua, rien qu'à y repenser. « Ton frère avait la varicelle ce jour là, il n'était pas très joli à voir. Et tu sais que j'ai toujours été assez peu douée avec les enfants malades. » Pour ça oui, Joshua le savait. A chacune de ses maladies d'enfance, il s'était retrouvé exclu en quarantaine à l'autre bout de la grande demeure, livré aux bons soins des gouvernantes sans que sa mère ne daigne l'approcher, par dégoût ou par peur des microbes. A l'époque, elle prétextait une santé fragile et le jeune Joshua, trop naïf, s'en était inquiété, au point d'éprouver de la culpabilité de lui imposer un risque de contagion. Il se rendait douloureusement compte aujourd'hui que Lauren cherchait juste à trouver n'importe quoi pour se justifier ou tenter de le manipuler pour lui faire croire que tout était était toujours de sa faute. « Tu es une mère indigne. » Lui avait-il soufflé alors qu'elle secouait la tête. « Ingrat. Tu n'as pas vu la manière dont tu t'es accroché à moi de toutes la forces de tes petites mains. J'étais obligée de te choisir, toi. Tu m'y as forcée, Joshua. »

La pluie s'était remise à tomber plus fort, au point que l'eau ruisselait contre les vitres et empêchait Joshua de voir la maison. Quelle heure pouvait-il bien être à présent ? Sans doute pas loin du moment où les gens normaux dînaient, autrement dit, une heure bien mal choisie pour une visite surprise. Et quand bien même, comment pourrait-il présenter la chose à ce frère inconnu ? Joshua avait beau réfléchir et reformuler des phrases d'introduction dans son esprit, aucune ne lui paraissait correcte. Il soupira et se préparait à remettre le contact pour démarrer et quitter cet endroit. Pourtant quelque chose l'en empêcha. Au bout de l'allée, au travers des gouttes de pluie, une lumière venait de s'allumer à la fenêtre du cottage. Dans une impulsion, il démarra mais au lieu de faire demi-tour, il roula dans l'allée, jusqu'à rejoindre la maison. Quand il sortit de voiture, il se dépêcha de rejoindre le porche pour se mettre à l'abri de cette pluie battante. Encore une fois, il vérifia le numéro inscrit sur la porte d'entrée. C'était bien ici, du moins si Emily ne s'était pas trompée...

Dans une inspiration, Joshua sonna à la porte et le carillon d'entrée se fit aussitôt entendre. Son cœur battait la chamade et il sentait la sueur froide se mêler aux gouttes de pluie contre sa nuque. Alors qu'il entendait des pas derrière la porte, il dût lutter contre l'envie, aussi puérile qu'affolante, de tourner les talons et de fuir en courant. S'efforçant de respirer profondément et calmement, il se construisit rapidement une contenance, s'efforçant de ne rien laisser paraître de son trouble. Sitôt que la porte s'ouvrit, il prit la parole, d'une voix polie qui lui paru trop rauque. « Bonsoir », dit-il, se raclant la gorge. « Je voudrais savoir si Zachary Madden habite ici. » Peut-être serait-il absent. Peut-être même ne vivait-il plus à cette adresse. Joshua ignorait si les informations d'Emily étaient toujours d'actualité, après tout elle avait quitté Bray pendant longtemps. Zachary aurait pu déménager et vivre seul n'importe où sans qu'elle soit au courant. Ses pensées s’engouffraient dans son crâne avec intensité, au point de le convaincre lui-même qu'il recevrait une réponse négative. Il se préparait déjà à tourner les talons. « Désolé si je vous dérange, je devrais peut-être revenir un autre jour... » Il fixa l'homme qui lui avait ouvert la porte, ne sachant au juste de qui il s'agissait. Joshua reculait déjà d'un pas. Que pourrait-il dire si cette personne savait réellement où se trouvait son frère ? La vérité lui paraissait si laide. Zachary avait été abandonné et il ignorait comment lui expliquer cela. Il s’éclaircit la voix une nouvelle fois, aussi mal à l'aise qu'on pouvait l'être, avant de poursuivre, d'un ton hésitant. « J'ai des choses à dire à Zachary, au sujet de sa famille. » Il retint son souffle, ne sachant s'il allait rejoindre sa voiture ou rester encore là sous la pluie qui le trempait, frissonnant sous sa fraîcheur..
       
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 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)

The scar, I can't reverse and the more it heals, the worse it hurts gave you every piece of me no wonder its missing



Il paraît que l'on a pas de souvenirs de notre petite enfance. Il paraît que c'est normal, quelque chose dans le cerveau qui fait qu'on ne se souvient pas. Il paraît aussi que malgré tout, notre environnement et les événements importants qui se produisent durant cette époque nous marquent, même si on ne s'en souvient pas. Il paraît plein de choses sur ça et moi, tout ce que je vois, c'est que cette part de ma vie est le néant.

Les autres ont des photos, des parents qui leur racontent des anecdotes. Les autres ont des explications des cicatrices qu'ils ont toujours eues, quand ils sont tombés sur le coin d'une table à cinq mois. Les autres ont d'autres gens pour se souvenir à leur place et moi, je n'ai que moi, et que moi, ça revient à ne rien avoir. Dit comme ça, ça a l'air d'être une catastrophe, d'être plus grave que la faim dans le monde mais je vous assure que ça ne l'est pas, ça ne l'est plus. Je mentirais si je disais que je ne m'étais jamais demandé d'où venait la cicatrice sur mon coude ou s'il existe des photos de cette période quelque part. Évidemment, je me le suis demandé, évidemment, j'aurais aimé savoir. Mais à quoi bon ? Même s'il existe des traces de ce passé, ce n'est certainement pas ma vie. S'il existe des marques de cette époque, elles ne sont même pas vraiment miennes.

Je rentre du boulot exténué, comme d'habitude. Je jette les clés sur la table en passant et me sers une bière fraîche sortie du frigo. Deux trois coups d’œil à mon téléphone pour vérifier que Kyle ne soit pas dans la merde au fond d'un fossé et pendant quelques minutes je déconnecte de tout. Personne à la maison, pas un bruit. Je m'étale sur le canapé et ferme les yeux. Je ne pense à rien, n'imagine rien. Pendant ces quelques minutes, je vais bien, sans aucun tracas du quotidien. Pas de Kyle, pas d'Andy, pas d'Emily, de Rod ou d'Azenor. Pas de patients, pas de guerre civile, pas de mauvais temps. Tout disparaît et je me sens apaisé. Aussi salvateur qu'est ce moment il prend vite fin. Quelqu'un est à la porte. J'ouvre les yeux et soupire, si Kyle a encore oublié ses clés on va s'engueuler. En même temps qui ça pourrait être d'autre.

Je prends mon temps, m'étire et me dirige vers la porte, remettant machinalement mes cheveux en place. Et là, surprise. Lorsque j'ouvre la porte, prêt à hurler sur mon dit frère, je me retrouve face à un inconnu. Je hausse un sourcil et meurs déjà d'envie de lui claquer la porte au nez. Pourtant, sans vraiment savoir pourquoi, je ne le fais pas. Je le fixe alors qu'il prononce mon nom. C'est quoi ce bordel ? « J'imagine que ça dépend qui le demande. » Froid, presque glacial, je ne quitte pas les pupilles brunes du type en face de moi. Avant que j'ai pu rajouter un mot de plus, voilà qu'il s'excuse sans même avoir pris le temps de me sortir son nom. Je soupire, il me fatigue déjà. Je ne sais vraiment pas ce qui me retient de lui claquer la porte au nez et puis il parle encore, cette fois-ci avec des mots bien plus troublants.

Je m'avance un peu plus sur le pas de la porte et ne le quitte pas du regard. « Attends t'as dit quoi là ? » Mes oreilles commencent à siffler tandis que je reprends, la gorge serrée. « Si c'est une blague, elle n'est définitivement pas drôle. » Je serre les mâchoires, putain Kyle, si c'est une idée à toi, je te jure que tu vas t'en prendre une en rentrant. « Ma famille est morte quand j'étais bébé, donc t'es mignon avec ta gueule d'ange et tes conneries mais comme tu le vois, ça me fait pas vraiment rire. » Et puis d'un coup, je deviens plus menaçant, sans doute parce que l'inconnu a touché une corde sensible. Sans doute parce qu'au fond de moi, j'ai des blessures pas totalement guéries.

« Donc t'as une minute pour te casser de là et faire tes blagues de merde ailleurs avant que je m'énerve vraiment. » Je serre le poing, comme pour montrer que je suis sérieux. Et pourtant, étrangement, j'ai ce sentiment bizarre au fond de moi. Ce sentiment de le connaître, ce sentiment que ce mec n'est pas là pour faire une blague. Je réfléchis rapidement, cherche à savoir si je l'ai déjà vu, potentiellement si je lui ai déjà cassé la figure. Mais non. Ce n'est pas ça.

Mais c'est qui ce type ?
Il veut quoi au juste ?
Pourquoi maintenant ?

Je passe une main sur mon front pour reprendre mes esprits avant de replonger mon regard dans le sien. « Je ne sais pas ce que tu veux vraiment mais tu ferais mieux de pas traîner ici. Mon frère va rentrer et il est bien moins patient que moi. » Parce que c'est ça, la vérité. C'est que ma famille elle est là, dans cette maison. Ma famille est peut-être bizarre, peut-être cassée. Mais elle va rentrer d'ici quelques heures et me rendre plus heureux que jamais. J'ai déjà une famille, dans laquelle j'ai ma place. Une famille qu'on a construit brique par brique, avec notre sang et nos larmes. Une famille solide, qui n'abandonne personne et ne disparaît pas sans laisser de traces. Une famille qui m'accompagne dans les bons comme les mauvais moments. J'ai déjà ma famille, c'est la seule qui existe et la seule qui compte. Alors pourquoi j'ai mal au cœur ? Pourquoi je me suis si vite emporté ?

J'ai peur, je crois. Peur de cet abruti, comme si j'étais un gosse. Peur qu'un inconnu débarque et détruise ma vie, une fois encore. Je croyais en avoir fini avec ça. Je croyais qu'on avait passé tout ça. Mais faut croire que non, c'est jamais fini. Faut croire que j'aurais toujours peur qu'on m'arrache une partie de mon cœur, en m'arrachant Kyle et Andy, peut-être qu'au fond, je n'ai pas vraiment grandi.

Il m'a fallu moins de quelques minutes pour enchaîner les menaces. Des minutes qui sont passées à une vitesse folle et qui se conclue avec une question qui me semble essentielle avant d'exploser son joli minois. « T'es qui au juste ? »

doctor sleep
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 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)


       
Les mauvais accueils ne rebutaient jamais Joshua d'ordinaire. Il n'avait jamais été un garçon trop timide pour oser s'imposer où et quand il le désirait, heureusement pour lui, autrement il n'aurait pas fait long feu dans le monde de la pègre. Non, l'excès de froideur de ce campagnard n'aurait pas dû le pousser à reculer d'un pas, comme il venait de le faire, sous la rudesse du regard qui l'écrasait. Le jeune homme à la mine revêche qui lui avait ouvert la porte semblait avoir le même âge que lui. Lorsque Joshua hasarda un regard dans la maison, par dessus l'épaule de ce type, il ne vit personne d'autre. Il ignorait à quoi s'attendre, à reconnaître son frère du premier coup d’œil ? Il soutint à nouveau avec incertitude le regard inquisiteur qui le dévisageait et sentit son cœur  battre trop fort en observant ces yeux marrons, comme les siens. Sa mère lui avait donné de vieilles photos, qu'elle cachait dans une malle au grenier, mais le visage d'un enfant de onze mois avait forcément changé au bout de tout ce temps. Dès que le mot "famille" fut prononcé, du bout des lèvres, il eut la sensation que la tension augmentait de plusieurs niveaux. Le type s'était rapproché, le regard encore plus dur et ses paroles dissipèrent totalement les doutes que Joshua formulaient dans son esprit. C'était lui.

Quelque chose trembla dans ses prunelles alors qu'il dévisageait ce jeune homme brun, accusant le choc pendant quelques secondes. Il le voyait pour la toute première fois, cet inconnu qu'il cherchait inlassablement depuis des semaines, voire des mois. Enfin, il pouvait mettre un visage sur ce nom qui tournait dans sa tête obstinément, cette ombre inaccessible qui hantait ses pires cauchemars, ce frère mystérieux dont il ne connaissait rien. Joshua ouvrit la bouche, vaguement déconcerté par l'agressivité du ton auquel il avait droit, et tenta vainement de se justifier en secouant la tête. Bien-sûr que non, ce n'était pas une blague... Il fronça les sourcils alors que le ton montait et qu'il se voyait bombardé en quelques secondes par des crachats accusateurs et lourds de menaces, comme s'il n'était qu'un vulgaire bouffon n'ayant rien de mieux à faire que concocter des blagues stupides à de sombres inconnus.

Si Joshua avait sincèrement hésité à faire demi-tour moins de quelques minutes en arrière, il venait de changer radicalement d'avis. Manifestement, Emily ne s'était pas trompée, il s'agissait de la bonne adresse et il avait en face de lui Zachary Madden, l'homme qu'il cherchait avec tant d'acharnement. Ce paysan mal dégrossi aux cheveux en bataille, cet espèce de bouseux qui croyait l'effrayer avec ses menaces. Son frère. Cette fois, Joshua ne reculait plus, ses pieds étaient ancrés sur le sol et il se tenait droit, sans pour autant répondre aux menaces par une attitude agressive. Son visage était neutre, tout comme sa voix, alors qu'il soutenait le regard du brun. « Je suppose que les idiots ne manquent pas dans ta cambrousse mais je ne suis pas venu pour te faire une mauvaise blague. C'est très sérieux. » S'il n'avait pas pu empêcher une pointe de dédain dans son ton, Joshua désirait sincèrement faire un effort de compréhension. Après tout, ça aurait été difficile pour tout le monde de croire un inconnu qui se présentait sans prévenir, un beau soir, sous une pluie battante. Et si Zachary avait déjà été victime de plaisantins stupides, cela expliquait d'autant plus sa méfiance.

La nouvelle menace qui assortissait le regard peu engageant du jeune homme fit tiquer légèrement Joshua. Son frère allait rentrer. C'était étrange mais il ne s'était pas vraiment attendu à cela, à ce que Zachary Madden ait une autre famille. Depuis qu'il avait appris la vérité, il avait constamment imaginé son frère dans la plus grande solitude, abandonné, sans famille et sans entourage proche. Une vision stupide sans doute parce qu'à présent, il lui semblait logique qu'en presque vingt-cinq ans, bien des choses avaient pu se passer. Mais Joshua n'y avait simplement pas pensé, obsédé par la révolte qu'il avait ressentie en apprenant que leur mère avait délaissé sans remord son frère de sang. Si Joshua fut décontenancé, il n'en montra rien qu'un léger silence au bout duquel il esquissa un sourire ironique. « Si ton frère est encore moins patient que toi, ça doit valoir le détour. Je prend le risque. » Inutile de préciser qu'il se fichait pas mal qu'un gars mal embouché avec des poils sur le torse vienne lui faire sa grosse voix.

Pourtant, malgré cette avalanche de menaces qui lui étaient tombée dessus, la question suivante permit à Joshua d'espérer qu'une conversation soit possible. Qui était-il. Peut-être aurait-il dû y répondre, sans tourner autour du pot mais quelque chose l'en empêchait. « Joshua Donelly... » Madden. Incapable de prononcer la suite, il cilla légèrement, la boule de stress reprenant plus de place dans sa gorge. « Ecoute, si tu me laissais rentrer, on serait mieux à l'intérieur pour parler.» C'était ridicule. Il était là, les pieds dans la boue, à recevoir toute l'eau du ciel sur la tête, dans un coin perdu de Bray, face à un type qui sous-entendait clairement ne pas être loin de lui mettre son poing dans la figure. Un type qui possédait les mêmes yeux que lui, la même tignasse châtain foncé, et qui ne s'en rendait pas compte. On avait connu mieux comme scène. L’orgueil de Joshua était mis à mal mais il fallait avouer qu'il méritait mieux que ça. L'annonce qu'il avait à faire méritait mieux que d'être prononcée sur un seuil entre deux portes. Il prit une légère inspiration avant de se résoudre à une tentative. « J'ai des choses qui devraient t'intéresser. » Il désigna une enveloppe, rangée dans la poche intérieure de son manteau, qu'il entre-ouvrit légèrement. « Des photos... de ton père décédé. » Il avait rassemblé les rares qu'il possédait, deux clichés abîmés et usés par le temps qui dataient du premier mariage de sa mère. Elle lui parlait si peu de son père mais au moins avait-elle consenti à offrir à Joshua ces deux photos. Tout comme elle avait laissé au petit Zachary un autre souvenir de lui. Il poursuivit, sondant le regard de celui qui lui bloquait toujours l'entrée. « Je sais que tu as reçu son alliance. » Une preuve qu'il ne lui mentait pas, même si Joshua ignorait si son frère avait conservé l'objet, depuis toutes ces années.

A ces mots, il fit un pas en avant, résolu à pénétrer dans la maison, son regard écrasant celui de Zachary. Il avait encore du mal à se faire à l'idée qu'il avait son frère devant lui. Contempler ce visage lui inspirait toujours ce même chamboulement de ses émotions, au point de faire battre son cœur trop douloureusement. Mais s'il savait être dur en affaire, Joshua avait pour habitude de ne jamais céder aux menaces et de se montrer très persuasif. C'était une affaire d'honneur, il ne révélerait rien sans que Zachary lui offre au moins assez de respect pour le faire rentrer. Sortant l'enveloppe de sa poche, il l'agita sous le nez du jeune homme. « Il y a des photos de toi également. Si ça ne t’intéresse pas de voir des clichés de ton père, peut-être que tu apprécieras ton visage de bébé joufflu de onze mois ? Tu savais encore sourire à l'époque. Alors si tu préfères que je les jette dans une flaque d'eau, dis-le. » L'enveloppe était déjà humide sous cette pluie battante alors que Joshua la rangeait vivement à l'abri sous son manteau. « Mais ce serait tout de même dommage que j'aie fait tout ce chemin, simplement pour balancer tes photos à la flotte. » L'amertume lui rongeait le cœur mais Joshua la dissimula par un haussement de sourcil railleur.
       
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 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)



Le type en face de moi m'irrite sérieusement. Il m'irrite comme on m'a rarement irrité. Entre ses remarques sur l'endroit où je vis et celles sur ma famille, il est vraiment à deux doigts de se prendre une baffe dans la figure. Pourtant, quelque chose me retient. Quelque chose, au fond de moi me dit d'attendre, qu'il a quelque chose de plus, que je le frapperai plus tard. C'est la première fois de toute ma vie que mon instinct me dit d'attendre avant de frapper et je dois avouer que ça me glace le sang.

Alors je serre les poings et les mâchoires et je prends sur moi. Je prends sur moi pour ne pas en rajouter, pour ne pas craquer. Au moins son nom, savoir qui il est, ce type. L'évocation de son nom me laisse perplexe, jamais entendu parler de lui, mais le nom de famille me semble familier. Il faut dire qu'on doit avoir à peu près le même âge, on a sans doute du déjà se croiser. Ça doit être ça, rien de plus. Je croise les bras sur ma poitrine alors que le brun continue. Si sa suggestion n'est pas idiote, je reste très incertain d'avoir envie de lui parler. Y a ce quelque chose en moi qui veut l'entendre autant qu'il ne veut pas. Ce type me met mal à l'aise sans que je sache pourquoi, et je n'aime pas vraiment ça. Alors je le fixe, droit dans les yeux et je cherche à comprendre, ou peut-être me souvenir.

La remarque suivante m'arrache un rire sarcastique. Des choses qui devraient m'intéresser. Il s'est cru dans un film des années quarante ou quoi lui ? Je soupire tout en observant ses gestes. Pourtant, mon corps se crispe brusquement lorsqu'il poursuit. Les mots qu'il dit me brûlent tellement ils font mal et mes poings se resserrent un peu plus contre mes côtes.

Cette fois, c'est bon, tu vas la prendre ta baffe.

Prêt à m'avancer pour franchir le pas, prêt à lui coller mon poing dans la figure, récupérer sa foutue enveloppe et claquer la porte, je n'ai le temps que d'avancer d'un pas alors qu'il en rajoute une couche. J'ai mal, mal à un point que ça en devient presque insupportable. Je retiens toute émotion de s'afficher sur mon visage en enfonçant un peu plus mes ongles dans mes paumes. Je vais finir par saigner si je continue, s'il continue. Je respire longuement en serrant les mâchoires, incapable de lui répondre. Sans doute parce que les questions se bousculent les unes après les autres dans ma tête. Que j'ai envie de le frapper autant que de l'écouter. Que je ne sais pas quoi faire, pas plus que je ne sais quoi dire.

Personne n'était au courant pour l'alliance à part Andy. Ni Kyle, ni Azenor, ni même Emily, personne n'avait jamais su ça. Alors comment lui, il pouvait savoir ? Comment lui, il pouvait avoir une enveloppe avec des photos de... mon père ? Donelly s'avance d'un pas et sans comprendre pour quoi, par réflexe, je recule, sans jamais le lâcher du regard. Parce qu'il y a quelque chose dans ses yeux, quelque chose qui fait encore plus mal que ses mots.

Et il continue, le brun. Il continue à planter des couteaux dans toutes les plaies cicatrisées. Il continue de me faire saigner alors que je n'ai pas la moindre idée de qui il est. La froideur des mots qu'il balance est sans doute méritée, un juste retour de l'accueil que je lui ai offert. Pourtant, il fait mal, ce type. Il fait mal avec ses mots, ses gestes, son regard. Il fait mal là où personne n'y arrive à part Kyle, et ça, c'est pas normal.

Je rentre dans la maison sans lui adresser la parole, sans même l'attendre. Il a qu'à suivre, faut pas non plus exagérer. J'entends la porte d'entrée claquer alors que je suis déjà sur le point d'entrer dans la cuisine, et que sans un regard en arrière, je nous sers deux tasses de cafés avant de m'asseoir à la table, disposer les tasses face à face et planter à nouveau mes yeux dans les siens. Parler, en cet instant, me demande plus de courage que je ne l'aurais cru, ne pas lui laisser voir qu'il m'a atteint, me tue un peu plus que je ne l'aurais voulu.

« Je ne veux pas de ces photos. Je m'en fous. Ma famille, elle est ici, dans cette maison. La seule raison pour laquelle je t'ai fait rentrer c'est que tu sais des choses que personne ne sait. Alors laisse moi être bien clair, Donelly. Si jamais tu te fous de ma gueule, si jamais tu fais ça par simple cruauté, je te tuerai de mes propres mains. Sans une seconde d'hésitation. »

Je marque une pause, avalant quelques gouttes de café. Pour me donner un peu de courage, un peu plus de forces pour continuer.

« C'est moi qui pose les questions. Et on a pas beaucoup de temps. Je n'ai pas envie que tu rencontres ma famille. »

Je n'ai pas envie qu'Andy croise le type qui a des informations sur moi, ni même Kyle, parce que si elles me font mal à moi, je sais qu'elles les blesseront aussi.

« Premièrement, t'as eu où toutes tes informations ? Et ça t'apporte quoi de venir me les donner ? Je dois rien à personne qui ne vit pas dans cette maison, donc si c'est une question de fric de mes géniteurs morts ou je ne sais pas quoi, tu peux tout de suite faire demi tour. »

Et j'ai mal, en disant ça. J'ai toutes mes cicatrices qui saignent de plus en plus et je me demande pourquoi il fait ça. Pourquoi il cherche à me tuer alors qu'il ne me connait même pas. C'est quoi, ça, encore ? J'ai fait quoi pour mériter ça ? Mes doigts se resserrent sur la tasse brûlante tandis que j'attends ses réponses. Pourtant, je ne peux m'empêcher de rajouter quelques mots, sans savoir pour quoi, sans savoir comment. Des mots qui sortent de ma bouche sans même que je ne les comprenne, sans même que je n'ai pu les retenir. Des mots qui brûlent, comme s'ils espéraient quelque chose que je ne comprends même pas. Des mots qui font mal comme s'ils voyaient quelque chose que je ne vois pas.

« T'es qui, vraiment ? »
 
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 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)


       
Les regards s'affrontaient, durement. Des regards chargés de nervosité et de colère contenue. Celui de Joshua s'enrobait de provocation, ses lèvres pincées dans un rictus plein de morgue. Il avait apprécié la brutale crispation du mufle qui se trouvait face à lui, cet espèce d'ours mal dégrossi qu'il avait dérangé dans sa grotte. Qu'il se choque seulement, ça le calmerait un brin. Ah oui, cette histoire d'alliance lui disait quelque chose ? Parfait, il allait peut-être accepter de l'écouter cette fois. Le voir reculer sous son avancée confirma à Joshua la supériorité de sa prestance, il était accoutumé à cela, à s'imposer, à écraser les autres, à les faire taire. Confusément, il en ressentait un plaisir archaïque de prédateur, aussi cruel que sadique. Ce n'était pourtant pas pour se battre qu'il était venu. Mais peut-être était-ce plus facile de se nourrir de colère plutôt que de succomber à cette douleur qui comprimait sa poitrine comme un étau. L'expression de Zachary demeurait impartiale, celle de Joshua s'ornait d'un sourire méprisant. Mais leurs yeux... leurs yeux étaient les mêmes, des yeux aux teintes chaudes et aux longs cils noirs, autant chargés de doutes, de douleur et de rage.

Le silence. Le silence renvoie un message bien plus expressif qu’un long discours rempli d’innombrables points. Le silence dit non, ou dit oui, mais il le dit avec plus de force, car il ne tolère aucun artifice. Le silence juge et condamne plus qu’il n’approuve. Le silence est une réponse, il n’est pas l’absence de réponse. Le silence blesse plus qu’une insulte, c’est un outil redoutable. Le silence est une agression passive parce qu’il manifeste une certaine indifférence, parce qu'ignorer quelqu'un c'est le mépriser et même l'annuler.

Certains passages d'un livre de philosophie lui revenaient en mémoire tandis que Joshua pénétrait dans la demeure, à la suite du jeune homme silencieux. Il ferma la porte d'entrée derrière lui, dans un geste un peu trop sec avant de s'avancer, son regard effleurant au passage les meubles et le décor de la pièce. Rustique sans doute mais vivant. Il n'aurait pu le décrire autrement. Cet intérieur était bien loin du luxe dans lequel il avait grandi mais il renvoyait une sensation de chaleur indéfinissable et Joshua happa ainsi quelques bribes de l'ambiance où son frère avait vécu, s'en nourrissant avec une soif qu'il ne maîtrisait pas. Il n'eut pourtant pas le temps de s'y attarder, suivant son hôte d'une démarche posée jusqu'à la cuisine. Le silence. Joshua le sentait brûler l'espace entre eux, comme de la neige carbonique. Il observa cet inconnu disposer et remplir deux tasses de cafés sur la table, cet inconnu qui mettait en place un cadre pour une discussion avec une raideur robotique, sans qu'aucune expression ne s'imprime sur sa face. Cet inconnu, son frère. Dans un léger soupir, Joshua esquissa un sourire amer. « Hé bien, voilà qui est mieux. » Déclara-t-il d'un ton trop acide. Il prit le temps d'ôter son manteau trempé de pluie, le déposa sur le dossier d'une chaise voisine avant de s'asseoir à la place qui lui était dévolue. Alors enfin, Zachary parla. Sa voix lui paraissait si sèche, saccadée, toujours aussi agressive. A la menace, Joshua fronça les sourcils.

« Tu parais bien sûr de toi. Mais admettons que tu sois capable de faire plus qu'aboyer. J'en prend bonne note. »
Répondit-il d'un ton placide, ramassant sa propre tasse pour en boire une gorgée mesurée, tout en observant l'attitude du garçon. Qu'il pense l'effrayer lui paraissait risible mais à la fois, Joshua ne pouvait s'empêcher d'être mortifié par l'agressivité de ces mots. Et alors qu'il tentait désespérément de rationaliser, ses mains tremblaient malgré lui. Il serra les poings en soutenant le regard de Zachary. Ce type semblait en permanence sur la défensive, mais il l'avait tout de même laissé rentrer, chose qui prouvait qu'il s'intéressait suffisamment à ce qu'il avait à dire. En observant ses prunelles sombres braquées sur lui, Joshua avait la sensation que deux gros flingues le visaient et qu'il n'avait pas intérêt à faire le moindre mouvement brusque, sous peine d'être canardé à bout portant. Peut-être se serait-il senti plus à l'aise dans un nid de serpent ou bien dans le fin fond du QG d'un géant de la pègre qu'il aurait floué et qui se préparait à abattre sa vengeance sur lui en lui cassant un à un tous les doigts. Joshua haussa un sourcil sceptique. En plus, c'était lui qui posait les questions. « Est-ce que j'aurai droit à la lampe aveuglante dans les yeux, avec ça ? Rassure-toi, j'ai aucune envie de rencontrer ta "famille". » Il ne put s'empêcher de poser sur ce dernier mot une intonation méprisante, assortie d'une légère moue qu'on aurait pu arborer en contemplant une charogne rongée de vermine. Il se pinça les lèvres. La façon dont ce maudit rustaud lui parlait ne lui donnait aucune envie de répondre et Joshua le dévisagea avec suffisance en l'écoutant, son regard devenant plus noir et incisif. L'envie de le prendre au mot l'envahit comme une bouffée d'air glacé qui aurait pénétré ses poumons jusqu'à les faire saigner. L'envie de se lever, faire demi tour et foutre le camps de cette satané masure. L'envie avant tout de lui balancer le contenu de sa tasse en plein visage. Pourtant, il n'en fit rien. Il était venu jusqu'ici, il était rentré dans cette baraque, il avait décidé de parler à ce cambrousard alors à présent c'était trop tard, il fallait assumer sa venue jusqu'au bout. Il tentait de maîtriser sa respiration alors que soudain, la question mortelle fut posée.

Joshua ne s'attendait pas à une nouvelle rafale si tôt, avant même qu'il ait le temps de mettre des mots sur le reste, avant même de reposer sa tasse de café. Qui était-il vraiment. Il expulsa un soupir agacé, fustigeant le morveux paranoïaque d'un regard sombre. Les mots se refusaient à sortir, la boule dans sa gorge prenait plus de place tandis que son cœur battait à un rythme bien trop puissant. Il déglutit, secouant la tête en reposant la tasse. « Calme toi. Je ne suis pas un huissier de justice ni un flic venu te débusquer dans ton trou pour te rappeler de payer tes amendes. » Sans doute devait-il en voir défiler souvent dans ce bouge minable, non ? Les mains posées contre ses cuisses, Joshua s'efforça d'adopter un ton moins rude, maîtrisant ses émotions autant que possible en tâchant de rester factuel. « Ton père ne t'a laissé aucune dette. Ni héritage non plus d'ailleurs. Juste ces photos. » Dans un geste las, Joshua ramena en arrière sa mèche de cheveux lourde d'eau de pluie. Il hésita une seconde avant de sortir l'enveloppe qu'il avait prit soin de préparer et la déposa sur la table. « Je voulais juste te les remettre, puisqu'elles t'appartiennent. Tu en feras ce que tu voudras. » Zachary ne voulait pas des photos de leur père ni de celles de son enfance. Il paraissait avoir tiré un trait sur son passé. A l'entendre, il s'était construit une nouvelle famille avec qui il vivait. Une famille avec un autre frère... Un frisson glacé lui gela la nuque à cette pensée. Était-ce une erreur d'apporter des souvenirs d'un passé difficile à un type qui n'avait rien demandé ? Était-ce une erreur de ramener à la surface une famille dont il avait fait son deuil ? Joshua était certain que non, il devait savoir la vérité, c'était ce satané malotru à l'esprit étriqué qui ne pigeait rien à rien. Malgré lui, il se tordit ses mains, jointes sous la table, dans l'attente que Zachary s'intéresse un tant soit peu à son passé. Un poids douloureux lui écrasait le torse comme si un camion de trois tonnes se plaisait à lui rouler dessus, encore et encore.

« Tu as donc gardé cette alliance ? » Hasarda-t-il d'un ton anodin, feignant l'indifférence. « C'est ta mère qui m'a parlé de ça. Notre mère. » Ajouta-il dans un souffle. A ce moment précis, il avait la sensation que son cœur battait si puissamment que le fracas de chaque coup le faisait tressaillir, résonnant dans son corps entier pour le bousculer comme s'il se trouvait sur un bateau ivre. Il ne bougeait pourtant pas. Et ses yeux noisette, interrogeaient ceux si semblables de son jumeau, dans l'attente glaciale de sa sentence.
       
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 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)



Calme toi., qu'il dit, l'autre con. Comme si c'était si facile. Comme si c'était évident. Il sait pas lui, il a pas la moindre idée des blessures qu'il vient d'ouvrir. Il ne sait rien de ma vie et de mon enfance. Il n'était pas là les nuits où j'ai pleuré l'absence d'un père, où je me suis demandé pourquoi on m'avait laissé une alliance entre les doigts. Il n'était pas là, lui, quand les autres à l'école disaient que j'étais pas normal parce que je n'avais pas de parent. Il n'était pas là, quand il y avait les insultes et les mots qui faisaient plus mal que les coups.

Non il n'était pas là, cet inconnu. Il n'était pas là, ne l'a jamais été dans ma vie. Il n'a vu aucune larme, aucun coup. Il n'a vu aucun cri et aucun silence trop pesant. Alors il ne comprend pas, le brun, il ne comprend pas que depuis qu'il a frappé à la porte il a ouvert toutes ces blessures en moi. Que j'entends les gamins rire et se moquer. Que je revois les tuteurs qui s'occupaient de moi me répéter qu'ils n'étaient pas mes parents. Je m'entends pleurer, seul, la nuit, parce que je me demande ce que j'ai fait pour ne pas mériter d'être aimé. Il ne sait pas, lui, toute la douleur qui se dissimule dans mon cœur. Il ne sait pas que rien qu'avec sa présence il vient d'arracher les pansements que Kyle et Andy ont mis des années à perfectionner.

J'ai besoin de Kyle, j'ai besoin d'Andy.

Je resserre les doigts autour de ma tasse sans prendre la peine de lui répondre. Visiblement, ce petit con a une belle idée de moi, le bon campagnard sans grande valeur. Et au fond, c'est son problème, pas le mien. Alors je ne le contredis pas, parce que je le veux hors de chez moi le plus vite possible, que je ne veux pas prolonger la conversation par des banalités inutiles. Mes yeux dévient de temps à autres sur la pendule qui se trouve derrière lui. Deux longues heures avant qu'Andy ne rentre, et dieu sait combien avant que Kyle franchisse la porte. Je me mords discrètement l'intérieur de la lèvre tandis qu'il pose l'enveloppe sur la table.

Je n'y jette même pas un regard. Je prends juste le soin de la décaler un peu plus vers lui, parce que je lui ai dit, ces photos là, je n'en veux pas. Des couteaux pour ouvrir mes plaies, je n'en veux pas. Et même s'il ne comprend pas, je reste sur ma position, plus sûr de moi que jamais. Buvant une nouvelle gorgée de café, j'attends de voir ce qu'il a à dire, puisqu'il n'a toujours pas répondu à ma question et que je n'arrêterai pas de la poser tant qu'il ne le fera pas. Sa question à lui, sur l'alliance, je ne prends pas la peine d'y répondre. Parce que c'est moi qui pose les questions, j'ai été très clair là dessus. Alors je soupire, plonge à nouveau mes yeux dans les siens avec cette impatience et cette colère qui monte lentement, en écho au café qui réchauffe mon corps.

Et puis là, tout s'arrête.
Et puis là, mon cœur se brise.
Mon corps aussi.

Tout t'éclate d'un coup, j'implose si violemment que mes mâchoires se serrent un peu trop brutalement. Mes yeux fixent les siens, ils les fixent avec une précision que je ne lui avais pas accordé jusque là. Ils fixent son regard, sa dégaine, ses cheveux. Ils fixent les détails de son visage et les mimiques qui font bouger quelques centimètres de sa peau. Mon cœur loupe tellement de battements que j'en ai des vertiges mais pourtant, je me lève, dans des frissons incontrôlés. Je me lève et la chaise tombe à la renverse derrière moi. À peine quelques secondes et je l'ai attrapé par le col, le brun. Le brun qui partage mes yeux, qui partage mon regard plus que je ne l'ai vu ces dernières minutes. Je l'ai plaqué au sol, me plaquant sur lui. J'ai sans doute renversé les cafés, peut-être cassé plus de choses que je ne le voudrai.

Mais ça ne sera jamais rien, en comparaison de combien il vient de me briser. Je resserre ma poigne, sans pour autant vouloir lui faire mal. Je veux simplement qu'il ne puisse pas bouger, qu'il ne puisse pas s'échapper. Et mon visage est passé de l'indifférence à la colère. De la froideur à la peur. Toutes les expressions qui se lisent dans mes yeux se reflètent dans les siens. Et tremblant, contre lui, j'articule, avec une rage que je ne dissimule plus.

« Tu te fous de la gueule de qui, là ? Ma mère est morte quand j'étais gamin. Et de toutes façons, même si elle avait été en vie, même si elle m'avait abandonné. Tu m'expliques comment on pourrait être frères ? On a quoi, un an d'écart grand maximum, alors c'est quoi les probabilités pour qu'une salope abandonne un gosse et en refasse un dans la foulée ? »

Je suis en colère. En colère qu'il puisse avoir raison et qu'il crée une nouvelle blessure là où tant de doutes s'étaient accumulés. Alors je resserre un peu plus ma main sur son col et dans un souffle je rajoute.

« J'ai plus de famille. Et si j'avais un frère, il aurait pas attendu vingt-cinq ans pour me retrouver. Sinon il ne vaut pas mieux que ceux qui m'ont abandonné. »

Et je m'en veux, je m'en veux d'y croire à ses histoires. À cet inconnu qui ne partage même pas mon nom. Je m'en veux de le laisser m'atteindre autant et de lui donner la possibilité de me détruire en seulement quelques mots. Mais il a quelque chose dans les yeux, il a quelque chose dans la voix, dans les cheveux. Il a quelque chose dans ses mouvements, dans sa façon de faire.

Il a déclenché quelque chose au fond de moi que je croyais perdu depuis des années. Quelque chose qui me faisait mal, quand j'étais gamin. Ce truc, où j'avais l'impression qu'on m'avait enlevé une partie de moi. Je ne parle pas de mes parents mais de cette part là, que je ne comprenais pas. J'avais l'impression qu'il manquait quelqu'un, une partie de moi. Que quand je tournais le regard, y allait y avoir un gamin, assis là. J'avais mal, parfois, je pleurais même sans comprendre pour quoi. Comme si ce gamin que je ne voyais pas, il avait mal, quelque part.

Il paraît que j'avais créé ça par manque d'affection. De famille. Il paraît que c'était le fruit de mon imagination, ces émotions que moi seul pouvait sentir. Alors j'avais tout enfoui, tout étouffé, et j'avais cru ce qu'on m'avait dit. Mais lui, aujourd'hui, il l'a à nouveau ouvert.

Toi, t'as ouvert ce manque en moi. Cette partie de moi que je ne comprends pas. T'as réouvert des peurs et des douleurs qui ne m'appartiennent même pas. Alors comment t'as fait, putain, dis moi ?

« Pourquoi maintenant ? »
 
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 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)


       
Notre mère. Notre salope de mère. La voix de Joshua s'était brisée au fond de sa gorge, au point qu'il n'était pas sûr d'avoir réellement prononcé ces paroles, pas sûr d'avoir été entendu. Ses prunelles vacillèrent devant la crispation de l'autre. Zachary avait compris. Et sa manière de le dévisager témoignait du choc qu'il devait ressentir. En soutenant son regard, l'angoisse envahit Joshua comme une marée noire, comme s'il découvrait lui aussi la nouvelle pour la première fois, revivant cette commotion à la manière d'un écho brutal. Une part de lui aurait voulu ravaler les mots, les rattraper avant qu'ils ne lui échappent, les retenir encore au fond de son cœur pour lui tout seul, garder encore un infime moment cette bombe qu'il couvait depuis quelques semaines déjà et qui lui semblait de plus en plus lourde à porter. C'était trop tard. Peut-être aurait-il dû attendre encore avant de se libérer de ce poids, patienter jusqu'à ce que l'ambiance se décrispe, espérer que le froid glacial qui les opposait s'adoucisse un tant soit peu et que Zachary daigne au moins regarder les photos. Attendre qu'il soit prêt. Mais le silence l'avait vaincu, cet odieux silence de mort qui lui était imposé comme une torture. Ce salopard n'y avait même pas jeté un simple coup d’œil, et son geste, son satané geste silencieux avait signifié son rejet mieux qu'un crachat.

La chaise se renversa et Joshua redressa son front plissé vers celui qui s'était redressé si vivement, cherchant que dire ou que faire pour désamorcer cette bombe. Il n'eut que le temps d'ébaucher un geste d'apaisement qui ne servit à rien. L'enragé avait déjà bondit par dessus la table, comme une bête sauvage, balayant la vaisselle sur son passage et Joshua expulsa une exclamation de surprise en tombant en arrière, son dos se ramassant durement contre le sol. Il accusa le choc dans une grimace de douleur, le souffle coupé par sa chute. Ses yeux stupéfaits s'écarquillèrent pour fixer le visage déformé par la colère qui l'écrasait. Par réflexe, il enserra les poignets qui comprimaient son col mais il était trop concentré sur ce qu'il voyait pour penser à s'échapper. Trop fasciné par ces tornades d'émotions qui voltigeaient dans les yeux ambrés de Zachary, trop choqué par sa peur, trop meurtri par sa fureur, trop dévasté par ses paroles. Des paroles qu'il écouta, les sourcils froncés sous la colère qui lui était jetée au visage. Cette fois, c'en était trop. Non content de le traiter comme le pire des cloportes, de le menacer, de le brutaliser, il ne comprenait toujours rien ?  

« Quand est-ce que tu vas arrêter avec ta foutue parano, je ne me fous PAS de ta gueule. »

Il soupira légèrement, ne sachant pas comment maîtriser cette libération d'émotions trop vives qui remplaçaient le silence, qui remplaçaient le vide sur les traits de Zachary. Dans un sens, il préférait cela à la neutralité si froide qu'il avait subie jusque là, il préférait les mots, même aussi agressifs, plutôt que le silence. Mais cette colère lui paraissait disproportionnée, trop violente alors que l'autre ne savait encore rien, alors qu'il n'avait eu droit qu'à une simple allusion. Que dirait-il alors s'il se lâchait lui aussi ? Ta mère est vivante, pauvre tordu, ta mère t'a abandonné, elle t'a balancé hors du nid, elle t'a renié, livré à toi même alors que tu n'étais qu'un gosse sans défense qui avait besoin de sa protection. Et elle m'a gardé, moi.

Une salope. « Surveille ton langage. Tu ne sais rien de ce que notre mère a vécu. » Joshua se mordit l'intérieur de la joue. Voilà qu'il se retrouvait dans l'obligation de défendre sa mère, alors qu'il éprouvait tant de rancœur et de douleur à cause d'elle qu'il avait parfois du mal à respirer. Mais la situation était telle que Joshua se retrouvait sur le bancs des accusés, en tant qu'avocat du diable et, dans le même temps, coupable des mêmes torts que sa génitrice. Sans doute se sentait-il obligé de se défendre lui-même autant que sa mère, comme s'il ressentait à lui seul le poids de la culpabilité qu'elle aurait dû éprouver. Il était extrêmement lourd et douloureux ce poids. Et le pire était que Lauren, de son coté, s'en fichait éperdument. Comment poser les mots ? Comment annoncer une vérité si blessante, si lugubre alors qu'elle le glaçait lui-même rien qu'à se l'imaginer ? Il n'arrivait même pas à se le représenter.

Joshua tenta de chercher quoi répondre,  jusqu'à ce que la poigne se resserre. Jusqu'à ce que la douleur le contraigne à fermer les yeux deux secondes. Ce n'était pas la poigne qui l'empêchait de respirer, qui compressait son cœur au point de lui donner l'envie de vomir, qui piquait ses yeux comme si on les frottait avec un mélange d'épines et de sel. C'était une autre douleur, une douleur bien plus cruelle. Ces mots, ces mots là, Joshua les ressentit comme si on lui broyait la cage thoracique.

Se cabrant brusquement, il infligea un violent coup de genoux dans l'estomac de son agresseur, le forçant à reculer pour mieux lui permettre d'échanger leurs positions en roulant sur le sol. A présent, c'était lui qui l'écrasait et il ne comptait pas lui permettre de reprendre l'ascendant. Le sentiment d'injustice face à ces accusations brillait dans son regard alors qu'il se pinçait les lèvres, reprenant autant que possible son self-control alors qu'il aurait pourtant aimé lui casser la figure. Il maintenait toujours les épaules de Zachary, le mesurant du regard avant de libérer peu à peu sa pression.

« Si t'es pas totalement bouché, y'a peut-être moyen que tu ouvres un peu ton esprit. Alors fais un effort et aligne tes deux neurones. J'ai vingt-cinq ans, je suis né le 22 aout 1992, une dizaine de minutes avant toi. Est-ce qu'il y a assez de lumière sous ton crâne pour comprendre ? »
Joshua le fusilla du regard en le repoussant, le relâchant du même coup avant de se redresser, son regard baissé vers lui. Son cœur battait trop fort. Il inspira un profond soupir, s'acharnant à retrouver sa contenance. « Je viens à peine de l'apprendre. Je te cherche depuis que je suis au courant... »

Sa voix était calme, même si elle était basse et chargée d'émotions contenues qui se ressentaient dans un infime éraillement. Il hésita un moment à tendre la main à son frère pour l'aider à se redresser. Son geste à peine esquissé ne fut qu'une ébauche. Il craignait surtout d'être repoussé, de la même façon que l'enveloppe l'avait été. Alors, il se retourna et alla la ramasser. Elle gisait sur le sol dans une marre de café et Joshua en sortit les photos humides qu'il essuya du plat de la main avant de la regarder. On y voyait deux tous petits bambins, assis sur leurs chaises hautes, qui se souriaient. Le bonheur de se contempler se lisait dans leurs yeux joyeux. Ils paraissaient si innocents et si heureux. Joshua se pinça les lèvres, reprenant une expression stoïque et délaissa les photos sur la table, sans plus s'y attarder.

« Tu l'aurais peut-être compris si tu avais regardé. » Tu l'aurais compris si tu n'étais pas qu'un abruti complet qui s'obstinait à ne rien écouter, qui s'obstinait à ne rien voir, à ne pas me reconnaître. Je suis là, je suis juste en face de toi, reconnais moi, reconnais moi, je t'en prie ! Je suis ton frère, ton unique frère, ton jumeau. « Je suis Joshua Donelly-Madden. »

Bien qu'il conservait un masque d'indifférence hautaine, Joshua lui en voulait atrocement en cet instant précis. Il lui en voulait de ne pas comprendre, de ne pas saisir cette main qu'il s'essayait à lui tendre, de repousser ses explications et ses tentatives d'emblée, avec une telle violence. Il lui en voulait de répéter encore et encore qu'il ne désirait plus de sa vraie famille, il lui en voulait de le rejeter, de refuser d'entendre cette vérité qu'il était venue lui apporter avec tellement d'angoisses et d'espoirs. Plus que tout, il s'en voulait à lui-même de ne pas être capable d'exprimer ce qu'il ressentait vraiment. Parce que depuis toujours, il souffrait, comme si on lui avait arraché la moitié du cœur et qu'à la place, il ne restait qu'un trou béant. Un gouffre qui le transperçait de part en part, un manque cruel, un vide que rien ne parvenait à combler. Parce qu'on lui avait arraché son frère jumeau et que rien n'avait jamais pu combler cette perte. Et qu'il espérait de toute la force des battements de son palpitant meurtri que Zachary le laisserait se rapprocher. Lentement, il lui tendit la main, le fixant droit dans les yeux, ne sachant exactement à quoi s'attendre. Il regrettait le coup qu'il lui avait porté mais dans l'immédiat, cette main tendue était la seule chose qu'il osait tenter et c'était déjà si difficile...
 
       
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 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)



Y a des mots auxquels on s'habitue. Des histoires qu'on répète en continue. J'ai répété la mienne pendant vingt cinq ans. Pendant toutes ces années, j'ai répété que j'étais orphelin, que je n'avais ni parent, ni famille. J'ai répété qu'ils étaient morts, quand j'étais bébé. J'ai accusé les regards trop lourds de pitié, j'ai subi le désespoir dans les yeux des gens. Vingt cinq putain d'années à raconter une histoire qui n'était même pas la mienne, à panser des blessures qui ne m'appartenaient même pas. C'est quoi, cette histoire ? C'est quoi, mon histoire ?

Alors même si ça l'irrite, l'autre con, même s'il me reprend et qu'il a l'impression que je le fais exprès, est-ce qu'il réalise qu'il vient de me dire que toute ma vie n'était qu'un odieux mensonge ? Il parle de notre mère et je laisse un rire sarcastique m'échapper. Sa mère peut-être, la mienne, clairement, elle n'a jamais existé, peu importe ses raisons et ses justifications. Alors j'en parlerai comme je veux, autant que je veux. Parce que son histoire n'est pas la mienne et elle ne sera jamais la mienne.

Le coup de genou qui suit me surprend, sans doute parce qu'il a tellement un balais dans le cul que je ne l'imaginais pas capable de frapper, le brun. Alors j'étouffe, quelques instants, le temps qu'il prenne le dessus et que je crache mes poumons. Je ne cherche pourtant pas à reprendre le dessus, je pose mes yeux dans les siens, voir jusqu'où il est capable d'aller. Voir si c'est vraiment lui.

Ressentir si c'est vraiment toi. Parce que tu vois, les mots, moi, je sais pas les manier, je sais pas les pratiquer. J'ai beau essayer autant que je veux, j'y arrive pas. J'ai passé toute ma vie sans savoir manipuler les gens, articuler mes pensées correctement. Alors tu pourras parler autant que tu veux, c'est pas ça qui fera que je saurais que c'est toi, celui qui a creusé cet énorme vide dans ma vie. C'est tes actes, ton regard. Tes expressions et les émotions que tu dégages qui feront que je saurai qui tu es vraiment. Parce que les gens mentent avec les mots, ils mentent avec leur voix, jamais avec leurs yeux, jamais avec ce qu'ils dégagent. Alors énerve toi, frappe moi. J'm'en fous, tu peux continuer. Tant que tu me montres qui t'es vraiment.

Je l'écoute parler, et les images défilent dans ma tête. Pas des souvenirs, parce qu'on était trop petits. Mais des sensations, en boucle, pendant des années. Des colères, injustifiées. Des larmes, qui ne m'appartenaient pas, pas plus que des sensations de joie. Tout ça, qui me revient en pleine figure à mesure que mes yeux explorent les siens, que mon souffle se calme et s'aligne instinctivement au sien. Alors je ne dis rien, lorsqu'il me repousse, pas plus que je ne bouge, d'ailleurs. Je ferme les yeux, une seconde, quand je réalise que je ne suis pas le seul auquel on a menti.

Et je serre les dents, un instant, quand je réalise que je suis en train de croire tout ce qu'il me dit. Même si ses mots, même si ses gestes correspondent parfaitement à cette moitié de moi qu'il me manque, qui me dit que je ne suis pas en train de me bercer d'illusions, que j'ai tellement voulu croire que je n'étais pas seul, dans ce monde, que je crois le premier venu qui manie trop bien les mots ? Et puis mes yeux s'ouvrent à nouveau pour voir son geste amorcé. Je soupire sans savoir quoi dire et le suis du regard alors qu'il bouge. J'ai trop peur de louper le signe qui me confirmera que tout ça n'est qu'une belle mascarade pour le laisser échapper à ma vue ne serait-ce qu'un millième de seconde. Lorsqu'il attrape l'enveloppe et que son regard à lui se perd sur la photo, le mien se brise, encore un peu.

Parce qu'il a ce quelque chose de trop vrai dans les yeux pour que ce soit un mensonge. Mais j'ai peur d'y croire, peur de le croire. Je me redresse, lentement, m'assoit, et garde mes distances alors qu'il me dit qu'il a tenté la manière douce, si l'on veut. Comme s'il y avait une manière douce. L'annonce de son nom complet ne me fait même pas réagir, parce que c'est allé trop loin pour qu'un nom ne me fasse quoique ce soit. Un nom qui ne m'appartient même pas vraiment, d'ailleurs.

Et puis il y a sa main, qui se tend vraiment. Ses yeux, qui me fixent réellement. J'ai une hésitation, trop courte à mon goût, avant de lui tendre la mienne en retour. Je resserre mes doigts sur son poignet pour me relever et garde le contact de longs instants, autant dans les yeux, qu'avec nos mains.

Des instants, où je cherche à comprendre. Je cherche à comprendre pourquoi le monde est fait comme ça, pourquoi on a arraché la moitié de mon cœur alors que j'articulais même pas. J'aimerais comprendre, pourquoi on nous a menti, pourquoi on nous a fait du mal, à lui, à moi, à Kyle et à tous les autres aussi. J'aimerais comprendre pourquoi la vie est comme ça, pourquoi elle a voulu nous détruire alors qu'on tenait à peine assis. Mais j'ai pas la réponse à tout ça, alors je lâche son bras, son regard et je tourne les yeux vers les photographies tâchées de café.

Lentement, je passe un doigt sur l'une d'elle. Difficile de nier l'évidence, on nous reconnaît parfaitement, autant que ça me tue. Parce qu'on a les mêmes regards, les mêmes tignasses de cheveux. On a sans doute encore les mêmes sourires mais on a pas le cœur à se les montrer pour vérifier. Alors je referme lentement ma main et je laisse une larme couler sur ma joue, sans même prendre la peine de l'essuyer.

« Tu sais, quelque part au fond de moi, j'ai toujours su qu'il manquait quelque chose. Y avait un truc qui collait pas. L'histoire qu'on me racontait elle collait pas. » Et puis je me retourne, vers lui, et je croise les bras sur mon torse, avant de plonger mes yeux dans les siens.

« Mais c'est le passé, tout ça. On est peut-être du même sang toi et moi, mais on a rien en commun. J'dis pas que t'as pas eu raison de venir ici, j'imagine qu'au moins on sait un peu plus d'où on vient toi et moi. Mais faut que tu comprennes que je ne serai jamais ton frère, pas plus que tu ne seras le mien. »

Je suis désolé, Joshua. Désolé, mais je ne peux pas. Je ne peux pas accepter cette partie là de ma vie, t'accepter toi. Je ne peux pas faire comme si de rien n'était et que j'étais pas en train de m'écrouler. Je ne peux pas faire comme si tu m'avais pas fait saigner à la minute où t'es arrivé. Et puis surtout, je ne peux pas faire ça à ma famille.

Parce que tu vois, Joshua, j'ai une famille aujourd'hui. Elle est bizarre, on est que trois. Mais j'ai un père et un frère. On a pas le même sang mais c'est plus ma famille que personne ne le sera jamais. Et même si tu pourrais te frayer une place dans tout ça, j'ai pas le droit de leur faire ça. Tu sais pour quoi ? Parce que le sang ne donne aucun droit. Ce n'est pas parce qu'on partage notre sang qu'on est frère. On a rien à voir, toi et moi, et c'est sans doute mieux comme ça.

Parce que j'ai déjà un frère, j'ai déjà une famille. Sans toi.


« Tu ne pourras jamais comprendre ce que j'ai vécu et sans doute que moi non plus. Alors autant qu'on s'épargne d'essayer sous prétexte qu'on a le même sang et qu'on retourne à nos vies, c'est plus simple comme ça. »

J'ai trop peur de toi, trop peur de ce que tu peux déclencher en moi.

« Alors à moins que t'aies autre chose à dire, j'pense qu'on en a fini. »

Mes yeux se posent un peu plus dans les siens, avec tous les regrets et toute la peur du monde. Peut-être parce que j'aurais aimé être capable de le prendre dans mes bras au moins une fois, mais au lieu de ça, je resserre un peu plus mes bras contre mes côtes et je tente, malgré tout, d'avoir l'air sûr de moi. Je tente d'être convaincant, pour qu'il s'en aille. Comme tous les autres, comme nos parents.

Parce que la vérité, c'est que c'est ça, mon sang. Mon sang c'est celui qui fuit, sans se retourner. Qui abandonne les gens et les laisserait même dans la rue à crever. La vérité c'est que mon sang m'a détruit plus qu'il ne m'a jamais construit. Et j'ai peur de toi, parce que j'ai peur de mon sang, tu comprends ?
 
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 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)


       
Lentement, cette main se redressait vers lui et Joshua retint son souffle jusqu'à ce qu'elle s'accroche à la sienne. Il avait tellement rêvé de cet instant qu'il ne savait plus si c'était encore un songe ou bien s'il s'agissait de la réalité. Pendant ces longues secondes de battement, un espoir indicible recouvrit son cœur, comme une vague déferlante, pleine de chaleur et de réconfort. L'aura de colère qui irradiait de Zachary s'était apaisée, ses yeux ne renvoyaient plus qu'un désarroi profond qui inspirait à Joshua des frissons glacés. Leur souffrance était la même, ils n'avaient besoin d'aucun mot pour l'exprimer et, dans cet infime instant, il eut l'impression bouleversante de se sentir compris, pour la première fois de sa vie. Peut-être n'était-ce que cela, une impression, une illusion, la manifestation de trop hautes attentes. Il comprima aussitôt ce stupide espoir et l'envie de se gratter furieusement la gorge pour se débarrasser de cette maudite boule d'émotion le hanta. Il déglutit. Et leurs mains retombèrent doucement.

Zachary ne prononçait plus le moindre mot colérique, il ne l'accusait plus de se moquer de lui ou de mentir. Ses éclats de rire grinçants s'étaient taris et dans son silence, Joshua comprit qu'il commençait enfin à le croire. Il l'observa ramasser les photos, n'osant plus l'interrompre. Son cœur cognait douloureusement, chaque battement résonnant à ses tempes avec force et il attendit avec angoisse le verdict. Est-ce que Zachary était prêt à l'écouter à présent ? Est-ce qu'il allait rejeter cette preuve ou bien est-ce qu'il accepterait enfin de voir la vérité en face ? Bien-sûr, ils n'étaient pas si aisément reconnaissables, ils avaient bien changés en près de vingt-cinq ans et ils seraient incapables de se souvenir consciemment de ce passé qu'ils avaient vécu ensemble. Mais Joshua croyait à la force de l'instinct, de l'intuition, de ce sixième sens enfoui qui permettait de ressentir des choses inexplicables. Lorsqu'il aperçu cette larme couler contre la joue de son frère, son front se plissa légèrement. Son corps lui semblait si raide qu'il ne parvenait pas à faire le moindre geste, comme si le stress le pétrifiait. Aux paroles de Zachary, il hocha doucement la tête.

« Je sais... »

De simples mots qu'il expulsa dans un souffle. Tout cela sonnait tellement juste et le renvoyait tant à ses propres ressentis qu'il en était ébranlé. Il aurait voulu lui dire qu'il comprenait à quel point cette nouvelle était choquante et qu'il regrettait de lui imposer une telle secousse. Il aurait voulu réussir à exprimer ce manque atroce qui l'avait agressé pendant toute sa vie, faisant de lui un enfant triste et replié sur lui-même. Il aurait voulu lui raconter la véritable histoire. La sienne. Celle d'un gosse qui s'était inventé un ami imaginaire pour compenser ce besoin intense d'une fraternité fusionnelle. Un ami super-héros, drôle, dynamique et joyeux. Un frère qui lui donnait la sensation de ne jamais être seul. Il aurait aimé lui parler de son enfance à lui, Joshua, quand il passait ses heures seul dans sa grande chambre remplie de jouets qu'il ne pouvait partager avec personne, à s'inventer des histoires, à rêver en lisant des livres. Il y avait toujours deux frères dans ses histoires préférées. Et il aurait voulu évoquer ces cauchemars d'enfant, lorsqu'il s'éveillait en larmes, le cœur battant, parce qu'il voyait en songe le fantôme d'un petit garçon souffrant et qu'il n'arrivait pas à le rejoindre. Mais il n'eut pas le temps de seulement penser à lui raconter tout ça.

Les muscles toujours si raides, la mâchoire de Joshua se contracta, son regard braqué dans celui de son frère qui continuait à parler. Rien en commun. Il cilla légèrement mais il eut la sensation de sentir son cœur se fissurer en entendant la suite. Les mots s'abattirent sur lui comme des missiles qu'il reçu sans broncher. Des éclats abrupts, impitoyables, lancés pour tuer. Parce que Zachary prononçait "rien", "jamais" et "fini" avec tellement d'assurance, sans que la moindre incertitude ne couve ses mots, qu'ils arrachaient tout espoir avec la précision d'un scalpel chirurgical. Il ne cherchait pas à réfléchir, ni même à comprendre, il ne posait pas la moindre question. Le pire étant que la colère ne berçait plus ses paroles. Rien que cette détermination froide et parée de la douceur si amère de l'indulgence. Il ne lui reprochait même pas d'avoir sorti ce passé de ses sombres abysses. Joshua avait la sensation que l'enclume qui pesait sur son cœur l'enfonçait lui même un peu plus pesamment dans le sol. La douleur dépassait les larmes, comme une implosion silencieuse au tréfonds de son âme. Si Zachary l'avait couvert de reproches, de hurlements, de coups de poings, sans doute aurait-il pu se libérer enfin de l'extrême lourdeur de ce poids. Sans doute aurait-il pu se décharger de ces émotions si denses. Mais il n'y avait rien. Rien d'autre que l'indifférence et la froideur qui le glaçait jusqu'aux os.

« Tu ne peux pas affirmer que nous n'avons rien en commun, puisque tu ignores tout de moi, en dehors de mon nom. » Dit-il doucement avant de hausser les épaules dans un rictus amer. « Mais j'entend bien. A quoi bon se donner de la peine alors que c'est tellement plus simple d'abandonner, hein ? Tu as bon dos de traiter ma mère de salope. »

Il expulsa un soupir méprisant, sans cesser de le regarder au fond des yeux. Zachary estimait qu'il en savait assez ? Alors qu'il ne savait rien au contraire, qu'il ignorait absolument tout ! Sans doute qu'il s'en fichait éperdument mais Joshua ressentait trop le besoin de partager ce qu'il savait. Et si l'envie de le faire souffrir autant qu'il morflait lui-même restait inconsciente, il tenta autant que possible d'atténuer l'atrocité de la réalité et le manque total de compassion de leur mère. Un monstre d'égocentrisme qui s'était contenté de se débarrasser d'un bébé malade, par simple confort. « Elle s'est séparée de toi parce qu'elle n'avait pas les moyens de garder deux mômes et parce que t'as eu le malheur de n'être qu'un morveux souffreteux à l'époque. T'avais besoin de soins, voilà pourquoi elle t'a confié au Juge. » Sa voix demeurait calme, son ton presque factuel et le poids du vide au fond de son cœur lui parut effrayant.  

Après tout, les chiens ne faisaient pas des chats. A quoi s'était-il attendu ? La peur de ressembler à sa mère l'avait torturé au point de faire appel à des psychologues et des psychiatres tant cette possibilité le rendait anxieux. Dans un passé pas si lointain, Joshua s'était sincèrement cru cinglé. En vérité, sa mère l'avait tellement perturbé dans son enfance qu'il avait fait une décompensation psychotique en guise de crise d'ado qui s'était suivie d'une grave dépression. Et aujourd'hui, il avait l'atroce sensation de revivre la même douleur en retrouvant le regard de Lauren dans les yeux sombres de Zachary. Un mec qui estimait plus simple de retourner gentiment à sa vie, en se foutant des œillères, en le rejetant sans le moindre scrupule et sans avoir l'envie de se poser de question.

« Ne t'inquiète pas, j'ai mieux à faire que de subir ce genre de conversation. » Reprit-il d'un ton neutre. « Mais te lâcher ma bombe et puis te planter là en te souhaitant bon amusement, c'est pas vraiment mon genre. »

Il fronça les sourcils, d'un air de défi. Que croyait-il cet infâme bouseux ? Qu'il allait le supplier d'être son frère ? Joshua s'attacha à conserver un flegme parfait, chose qu'il n'avait aucun mal à faire malheureusement. Parce qu'il se sentait si vide à l'intérieur de lui-même, si alourdi par le poids désespérément lourd de ce gouffre, qu'il avait la sensation d'être anesthésié par l'excès de douleur. C'était une sensation extrêmement troublante. Sa propre sérénité extérieure le heurtait par la facilité avec laquelle elle lui venait, alors qu'il poursuivait sur le même ton détaché, aux accents hautains, comme si rien de personnel ne s'attachait au thème du débat. « Nous ne sommes pas obligés de nous comprendre et je ne m'attend pas à ce que tu aies envie de me revoir. Mais que tu le veuilles ou non, on partage la même histoire. » C'était difficile, infiniment dur de rester là à le fixer, alors que sa fierté lui hurlait de l'envoyer violemment se faire foutre avant de se tirer. Juste se tirer de là, courir dehors, sauter dans sa bagnole et rouler le pied au plancher en espérant que la vitesse le grise assez pour lui permettre de tout oublier. Au lieu de ça, Joshua s'empara d'une carte de visite qu'il conservait au fond de sa poche, où étaient inscrit son nom, sa profession en tant que directeur de l'agence Empire Security Service - dont le nom se détachait en lettres fines - et ses coordonnées. Répugnant à l'envie de la lui tendre, il se contenta de la balancer sur la table, pleine de café renversé.

« Si jamais des questions s'allumaient dans ta tête de piaf... »

Non, il n'allait pas s'imposer dans une maison où on ne voulait pas de lui. S'imposer à un frère inconnu qui regardait constamment vers la pendule, de crainte que sa famille adoptive revienne et qu'il soit obligé de tout leur expliquer. Cela, Joshua l'avait bien deviné, il était assez attentif pour ça. Allait-il rester jusqu'à ce que ce beau diable décide de le foutre dehors manu militari ? Evidemment non, cela aurait été aussi ridicule que pathétique. Mais il ne pouvait pas non plus renoncer et laisser cette entrevue se solder par un échec ni permettre à la colère de jouer un rôle destructeur. Désormais, la balle était dans le camps de Zachary et même s'il refusait à tout jamais de le revoir, Joshua aurait au moins fait son devoir moral. Une bien triste consolation néanmoins. Le genre de sparadrap qu'on collait contre une fissure béante.
 
       
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 Recherche Zachary désespérément. (Frérot)



Le pouvoir des mots est vraiment quelque chose de particulier, quelque chose de bien plus puissant que les coups, que les cris et les pleurs. De simples mots qui peuvent détruire une vie, briser un cœur et retourner un cerveau. Des mots qui peuvent tout changer, qui peuvent tout construire comme tout briser. Je n'ai pas demandé à Josh de partir pour le briser mais pour nous préserver. Je n'ai pas demandé à Josh de m'oublier pour lui faire mal mais pour qu'on puisse à nouveau respirer.

Le problème des mots, c'est qu'il y a ceux que l'on dit mais aussi ceux que les autres reçoivent. Et même s'ils se prononcent pareil, ils ont rarement le même impact sur deux personnes face à face. Le problème avec moi, c'est que je n'ai jamais été doué avec les mots, ni ceux que je pense, ni ceux que je dis, ni ceux que les autres reçoivent. Alors je me suis habitué à ne plus parler sentiment, plus parler trucs importants. Je me contente des sujets faciles, ceux qui ne font jamais mal, peu importe comment ils sont dits. La seule personne qui connaît d'autres mots, c'est Kyle, et Kyle, il comprend mes mots. Il voit ce qu'ils veulent dire, il comprend ce que je cherche à dire.

Mais Josh n'est pas Kyle. Josh n'est pas mon frère, pas encore et probablement jamais. Alors naturellement mes mots n'ont pas l'impact que j'aurais voulu sur lui, ils ne font pas passer le message que je cherchais à lui souffler lorsqu'ils atteignent son crâne. Et lorsqu'il répond, c'est à son tour de me blesser, de prendre de simples mots et d'en faire des armes plus tranchantes les unes que les autres. Je soupire lentement alors qu'il commence à parler. J'aimerais le couper, lui dire qu'il n'a pas réellement compris mais j'en suis incapable, alors, comme un con qui commence à se noyer, je deviens spectateur de la scène, sachant pertinemment qu'elle va mal tourner. Et je ne bouge pas d'un pouce, il hausse les épaules, son rictus me glace le sang. Les reproches fusent, me transpercent, ils me blessent, à deux doigts de me foutre à terre. Mais je résiste, le visage dur, froid. Je résiste derrière une armure qui ne lui laisse pas apercevoir la gravité des blessures.

Ses yeux perdus dans les miens, et les miens qui tentent désespérément de fuir les siens. Parce que je ne supporte plus son regard assassin et tout ce qui s'y trame. Je ne supporte plus de voir ce reflet au fond de ces yeux qui me fait de plus en plus mal. Je ne supporte plus qu'il parle, qu'il soit là, en face de moi. C'est trop, c'est trop pour moi. Et j'ai envie de hurler, de hurler « Arrête toi. Arrête toi, putain. J't'en supplie arrête toi. » Mais je ne dis rien, pas un mot. Je reste là, à subir. À entendre froidement la raison pour laquelle je me suis retrouvé abandonné, laissé tomber. J'étais un simple jouet, qu'elle n'a pas pris la peine de réparer. J'étais un simple enfant malade, qu'elle n'a pas voulu soigner. Joshua est de plus en plus dur, plus en plus distant. Il continue, et je me mords les lèvres. Ses expressions me font bouillonner et ses mots me donnent encore un peu plus envie de hurler. Lui cracher à la gueule.

Agir.
Réagir.

« On ne partage pas la même histoire, non. » Ma voix s'éclate à mesure que les mots en sorte, elle trahit sans doute les cris que j'ai retenu pendant quelques minutes. Pourtant, lorsque je l'attrape par le bras, serrant son poignet sans lui faire mal, je ne peux m'empêcher de continuer. « On partage onze mois. Onze mois durant lesquels on était pas foutus d'articuler un simple mot, qu'on a passé à chouiner et bouffer. Onze mois. Tout le reste, on ne le partage pas. Tu as une mère, j'ai une génitrice, Joshua. » Je soupire tandis que je retourne son bras pour le mettre face à l'intérieur symétrique de nos deux bras. La scène dévoile une cicatrice profonde sur le mien, une cicatrice moche, mal soignée. Une de celles que personne n'aime voir et dont personne ne parle.

« On a pas les mêmes cicatrices. Pas les mêmes peurs. Pas les mêmes peines et même pas les mêmes bonheurs. On a pas la même histoire, parce qu'on a pas la même vie. On a le même sang, Joshua. C'est juste ça. »

Je lâche mon emprise et laisse la manche de mon sweat-shirt cacher l'affreuse cicatrice avant de retrouver ses yeux pour continuer, encore un peu. Maladroitement prolonger ce moment, à la fois prouver que j'ai raison et à la fois tenter de me persuader que j'ai tort. Qu'il est plus qu'un simple ADN, qu'on peut être plus que ça. Qu'on avait le droit à plus que ça.

« Je vais pas te mentir, oui, j'ai envie d'abandonner. J'ai envie de faire comme si ça s'était pas passé. Tu sais pourquoi ? Parce que la dernière fois que mon sang s'est approché de moi, il m'a confié à un juge. Et t'as beau vouloir y croire, mec, t'as beau vouloir croire qu'on a une belle histoire, qu'on pourra raconter à nos gosses comment on s'est retrouvé, on a tout rattrapé ou je sais pas quoi, on est pas dans un film. Y a pas de belles histoires à raconter, y a que des mensonges et des trucs que t'as pas envie de savoir. Alors tu sais quoi, j'ai peut-être bon dos d'insulter ta mère. Mais n'oublie pas que c'est la tienne et pas la mienne. »

Je soupire, quitte son regard en attrapant la carte de visite qu'il a balancée sur la table, la secoue pour enlever le café qui a commencé à la tâcher et la lui montre avant d'ajouter. « Tu réalises que tu viens de me balancer une carte de visite comme si j'étais un simple client alors que tu me sors un laïus comme quoi on est plus que des étrangers ? Admets-le, tu sais pas plus que moi les risques de cette rencontre. Et je sais pas toi, Joshua, mais dans ma vie, j'ai bien assez d'emmerdes pour pas foncer avec le sourire dans des nouvelles. »

C'est pas que je veux pas de toi. C'est que je veux plus souffrir, plus en tendant les joues, plus en cherchant moi-même la merde. C'est pas que je veux pas te connaître, c'est que je me dis qu'au fond, tu peux être tout aussi con qu'elle. T'as été élevé par la nana capable d'abandonner un seul de ses gosses, qui a été capable de mentir à un orphelinat tellement elle assumait pas. T'as été baigné dans le mensonge d'une femme qui a préféré laisser sa chair plutôt que se battre pour elle. Et quand je te vois toi, j'me demande si te faire confiance c'est pas me faire abandonner une deuxième fois, tu vois.

« Si t'as des questions, t'auras qu'à me les poser. Après tout, j'te dois bien de m'avoir dit la vérité. Je préfère qu'on ne se revoit pas ici si c'est le cas, on ira plutôt en ville ou j'sais pas. »

Je ne veux pas approcher une bombe à retardement de plus près de ma famille. Je ne veux pas risquer un peu plus que tout me pète à la gueule, je ne peux pas me permettre ça. Pas maintenant, pas comme ça, pas tant que je ne sais pas qui t'es vraiment, ce que tu veux vraiment.

« C'est toi qui verras. »

Je hausse les épaules en le regardant une fois de plus dans les yeux. Oui, je suis capable de faire un effort et une part de moi crève d'envie d'en savoir plus. Oui, quelque part j'ai envie de tenter ma chance quitte à me brûler un peu plus les ailes. Oui, j'ai envie d'y croire comme au père noël, à ce frère cadeau qu'on m'apporte. Mais non, je ne peux pas lui donner ma confiance, je ne peux pas lui montrer tout ça. Non, je ne peux pas lui laisser voir que j'ai envie d'apprendre à le connaître et voir ce qu'il en ressort. Parce que ce serait lui donner trop de pouvoir, trop de possibilités d'encore plus me blesser. Et ça, il en est pas question.

Parce que mon sang m'a déjà bousillé une fois, il ne le fera pas deux fois.
 
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