We used to be...

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We used to be…


I had no idea of the state we were in ⊹ Je regarde la façade de la bibliothèque, non sans un pincement u cœur. Par bonheur, l’incendie n’a pas détruits les ouvrages à l’intérieur, et les dégâts sont minimes par rapport à d’autres bâtiments de la ville. Mais vraiment, ça me fait mal au cœur. Parce que la bibliothèque est un havre pour moi, en plus du moyen de gagner ma vie, maintenant que j’ai réellement coupé les ponts avec ma famille. Il est encore tôt et je fais l’ouverture. Autant dire que cela a quelque chose d’émouvant que de pousser la lourde porte abîmée par le feu. Mais à l’intérieur, l’écrin de paix a été préservé. Je regarde les grandes étagères de livres, je respire l’odeur si caractéristique du papier. Je lance tout de même mon ordinateur, c’est que les bibliothèques de nos jours sont plutôt modernes. Puis, depuis mon postes, je lance tout le reste : les autres ordinateurs, les lumières, les logiciels pour les emprunts d’ouvrages. Très vite, l’heure de l’ouverture officielle arrive. Il y a déjà des gens devant la porte. Sont-ils vraiment là pour les livres, ou pour le symbole ? Pour venir s’assurer que l’incendie ne leur a pas pris cela ? Il y a peut-être de cela, vu les regards et les sourires discrets qu’ils me jettent. Je les accueille poliment, et les laisse se réapproprier leur bibliothèque, tandis que je reprends ma place derrière mon bureau.

Ici les gens vont et viennent en toute liberté, c’est agréable. Surtout que la plupart ne viennent ici que pour lire sur place. Ils cherchent sur l’ordinateur la cote du livre qui les intéresse, s’installent dans un fauteuil ou une table, et ne cherchent pas à discuter avec moi. Ce n’est pas plus mal, que je me confonde avec le mobilier de la bibliothèque. Au moins, je n’ai pas de crise, celle qui fait naitre en moi un désir de dévoration. C’est tellement dur, de sentir la misanthropie, la haine et la rage prendre possession de moi, alors que j’ai toujours été une personne très sociable. Ainsi, ils sont loin de moi, et je peux me contrôler.

Quand vraiment ils ont besoin de moi, pour un renseignement ou emprunter un ouvrage, je me fais violence pour être la plus cordiale possible… tout en n’encourageant pas le dialogue. Oh je sais que certains aimeraient bien discuter, mais non, trop dangereux. Mais je me concentre sur mes cotes, il y a toujours de nouveaux livres à rentrer dans le logiciel, et c’est bien plus fastidieux qu’il n’y parait. Je suis tellement concentrée sur les lignes et les chiffres que je ne prête plus attention aux différentes âmes qui errent dans ma bibliothèque. Ni à la pile de livres qui se sont entassés en quelques heures. Des nouveautés, mais aussi des rendus. Il faut peut-être que je m’y mette là. Alors je sors ma petite pancarte qui dit que je reviens dans cinq minutes et je m’empare des livres, pour aller les remettre un à un à leur place respective.

Je suis tellement concentrée que je ne fais pas attention où je mets les pieds, cherchant désespérément une cote et pestant intérieurement contre des lecteurs qui ont voulu ranger leurs ouvrages seuls et qui ont fait n’importe quoi. Et bien évidemment, ce qui devait arriver arrive et je percute quelqu’un. Déjà le monstre en moi grogne et s’agite, une vague de colère m’envahit. Mais j’essaye de contrôler… oh j’essaye, violemment et c’est épuisant.

« Pardon », que je lâche sèchement. C’était ça ou « vous pouviez pas regarder où vous allez espèce d’abruti ! Vous emmerdez les gens qui travaillent ! ». Le monstre quoi. Et j’aurai été bien conne de sortir une phrase du genre car lorsque je pose enfin mes yeux sur la personne que j’ai bousculée, je constate que je la connais… Et même très bien.

« Keenan ? »

Pourquoi est-ce que je me souviens de lui, alors que j’ai tout oublié ou presque des dernières années écoulées, avant ma transformation ? Pourquoi est-ce que je sais que je lui suis liée alors que... Alors que je ne me rappelle plus exactement ce qui nous a unis. Je déteste ça… ma transformation qui me vole mes souvenirs et les altère, me donnant de plus en plus l’impression d’être étrangère à moi-même. Tout ce que je sais c’est qu’il doit être important pour que je me rappelle son nom.


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We used to be…


I had no idea of the state we were in ⊹ C'était assez drôle, la manière dont Keenan ne pouvait voir les dégâts causés par l'incendie, mais sentait le changement rien qu'avec l'odorat. Il était à Dublin lorsque l'incendie avait été déclaré, et s'était fait prévenir par le maire en personne de la situation, qui le sommait de rester là où il était jusqu'à ce que la situation soit un peu moins catastrophique. Ce qu'il avait donc fait. Il avait de toute manière pas mal de choses à mettre en ordre à l'université, et avait profité de ce moment pour le faire. Il n'aurait pas pu dire que ça avait été bénéfique, l'inquiétude de savoir sa ville, tous les gens qu'il connaissait, qu'il avait fréquenté, en proie au danger, peut-être blessés. Mais de là où il était, il ne pouvait faire grand-chose. Même s'il avait été là bas il n'aurait de toute manière rien pu faire, il n'était ni magicien, ni Inhumain, à son grand plaisir. Mais dans des cas comme ça, c'était plus une faiblesse qu'une force. Alors il avait rongé son frein jusqu'à ce qu'on lui dise qu'il pouvait revenir en ville en toute sécurité. Il n'avait senti que les cendres, l'odeur de brûlé émanant de partout. Tous ses repères avaient été détruits, et s'il savait que l'on nettoyait les routes et les immeubles qui n'avaient pas totalement été consumés, il comprenait aussi qu'il devrait tout revoir depuis le début. Il vivait à Bray depuis qu'il était tout gamin, il n'avait jamais déménagé, sa cécité rendant beaucoup plus confortable une vie rangée, peut-être un peu monotone mais avec les mêmes endroits visités. Il connaissait sa ville par coeur, aurait pu en dessiner les recoins sans avoir besoin d'une vision. Mais maintenant ... Son odorat en était chamboulé, les bruits des travaux qui avaient été entrepris empêchaient également son ouïe de lui donner ceux qu'il aurait pu retrouver par défaut. Ne lui restait plus que sa canne pour arpenter les rues.  

C'est ce qu'il faisait un peu tous les jours depuis l'incendie. Essayer de réapprendre à vivre avec cette nouvelle ville, ce nouvel environnement. Keenan n'allait pas dire que c'était simple, ni même qu'il aimait devoir faire cet effort alors que ça n'aurait jamais dû arriver. Il avait eu vent de l'histoire dans son intégralité grâce au maire. Une tempestaire. Qui était contre qui, personne ne le savait. Contre les actes de Sanael, ou bien ceux des Inhumains, c'était une question qu'ils s'étaient posée mais dont personne ne possédait la réponse. Parce qu'elle était complètement folle. Il n'y avait pas de logique dans la tête de cette femme tout comme il n'y avait pas de raison à la mort de tous ces gens. Ils étaient morts par le feu, parfois de simples humains, d'autrefois des créatures, et s'il n'allait certainement pas pleurer ces dernières, il n'était pas le genre, et de loin, à prôner la phrase " la fin justifie les moyens". C'était un acte barbare, ni plus ni moins.

L'oracle arriva devant la bibliothèque. Il avait décidé de s'y rendre pour continuer ses recherches, pour le moment vaines, sur le grimoire et le monastère. Si la situation était assez préoccupante pour qu'il s'y intéresse, le Dux Tenebris ne pouvait pas se permettre de perdre de vue ses objectifs. On pouvait même dire que cela devenait de la première urgence. Si ce grimoire existait réellement, ils pourraient aisément empêcher ce genre de situation de se reproduire. Une sorte d'exorcisme, qui enlèverait les pouvoirs des tempestaires, le djinn des wendigos ou même le gêne de métamorphe. C'était ce qu'il avait compris dans ce qu'il avait lu jusqu'à présent. Mais tant qu'il n'aurait pas le grimoire entre les mains, traduit pour qu'il puisse en prendre connaissance, il n'en saurait de toute manière pas plus. C'était la loterie de bosser avec des magiciens, sans aucun doute. On ne savait pas à quoi s'attendre ni même si on ne poursuivait pas une chimère, mais on continuait, coûte que coûte. De la persévérance ou de la stupidité, seul l'avenir le dirait, c'était un fait.

L'homme parcourt les rayons pour se rendre à celui qui concerne les ouvrages traduits en braille. Les oracles se multipliant, il avait eu de la chance de pouvoir faire venir une collection assez importante de livres antiques, son métier aidant pas mal à faire passer ses demandes un peu originales. Et puis, ils ne pouvaient pas non plus lui reprocher d'aimer la lecture, ce serait le bouquet à l'ère où les ordinateurs et les téléphone portables ont remplacé de manière générale ce genre de lieux. Les élèves ne viennent plus travailler ici, après tout, ils ont tout à la maison, rien que sur leurs écrans. On se demande pourquoi le niveau de l'éducation baisse de plus en plus. A bien y réfléchir, il a l'impression d'entendre son père.

Perdu dans ses pensées, Keenan remarque un peu trop tard qu'il a raté l'entrée du bon couloir, et décide alors de reculer. C'est à ce moment-là qu'il sent un choc dans son dos, le faisant se retourner immédiatement. Bien entendu, ça ne l'aide pas réellement plus, étant donné qu'il ne sait toujours pas à qui il s'adresse ... Jusqu'à ces excuses. Persuadé de se rappeler de cette voix, sans réussir à mettre la main dessus. " Pas de problèmes, j'étais un peu en tort ..." Puis son prénom, prononcé comme une surprise. Et des souvenirs.

Avant Sally, avant une bonne partie de sa vie. Il ne revoit pas à proprement parler son interlocutrice, le fait serait quelque peu étonnant, mais il se souvient de sa voix, de sa chaleur, de son rire aussi. " Ella ..." Il est plutôt content de la croiser, mais quelque peu étonné. S'il y avait bien un endroit où il n'aurait pas pensé possible de la voir, c'était bien dans la bibliothèque de Bray. " ça fait une éternité, c'est bien toi?" Il ne peut pas en être totalement sûr, c'était l'inconvénient de sa condition, même si généralement, il avait plutôt bon instinct. " Depuis quand tu habites ici? Tu n'étais pas à Dublin?"


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I had no idea of the state we were in ⊹ Je le connais, je le sais, je le sens au plus profond de mon être. Mais pourquoi est-ce que je me souviens de son nom alors que ma mémoire est d’un flou artistique sans précédent ? Une éternité… Alors je me souviens d’un nom appartenant à un passé lointain, mais pas de ma vie dans les trois, quatre, cinq dernières années ? Est-ce seulement logique ? Est-ce bien moi… quelle ironie. Oui, non, je n’en sais moi-même rien du tout.

« Je crois bien oui… Je… Euh, si je vivais à Dublin mais j’ai dû déménager il y a quoi… six mois. »

Je ne devrais pas lui parler… je le sais. Je me doute que si j’ai fui Dublin c’était pour protéger mes proches du monstre que je suis devenue. Mais je ne me souviens même plus de mes proches. Ou pas nettement. Et j’ai besoin d’eux, quelque part, besoin de mes souvenirs pour ralentir la transformation. Un vrai dilemme cornélien.  J’entends alors des bavardages, à voix bien haute, comme s’ils étaient seuls au monde. Je passe la tête, pour repérer les personnes qui n’ont rien compris au silence qui s’impose dans une bibliothèque. C’est juste une question de respect envers les autres. Je leur adresse un « CHUT » bien sonore, tout en les regardant avec un regard noir… non mais j’vous jure. C’est quand même pas si compliqué. Puis je reporte mon attention sur Keenan, mon visage se faisant plus doux et souriant.

« Qu’est-ce que tu deviens ? »

Question à la con mais bien utile quand on ne veut pas que l’autre se rende compte qu’on l’a oublié. Tout se tente pour glaner quelques informations. Je me surprends à me dire qu’il a du charme. Qu’il a vraiment beaucoup de charme. Pourquoi ma transformation altère-t-elle à ce point mes souvenirs ? C’est tellement frustrant, tellement déroutant de se sentir étrangère à soi-même. Il pourrait avoir des réponses sur ces souvenirs que le Djinn m’a volés… Est-ce que cela vaut le coup de prendre le risque de lui faire du mal ? Mais de nouveau, il y a ces bavardages… non mais franchement ! Est-ce que la bibliothèque ressemble à un salon de thé ?

« Qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans le mot « chut » ou « silence » qui est écrit à l’entrée ? Les dictionnaires sont là-bas si vous voulez ! »

Les deux me regardent, d’un air condescendant avant de s’écarter. Ça ne me ressemble pas, mais… qu’est-ce que je les déteste ! Je déteste les gens ! Je voudrais les étriper ! Les déchiqueter ! Je bouillonne, j’enrage, et j’entends cette double voix, celle qui se tapit dans un coin de mon esprit…

« Mange-les ! Tue-les ! Qu’est-ce qui t’en empêche ? »

Moi, moi je m’en empêche. Je ne veux pas céder, je veux résister, ne pas devenir totalement cette chose, ce monstre. Mais bon sang ce que j’ai envie de tous les étriper. Tous ces gens-là, tous ils m’agacent. Même ce petit vieux, là, je pourrais presque entendre son dentier claquer. M. Grunterg… je l’aime bien il est gentil, toujours souriant… Ah ! Non, il pue, il se traine c’est un déchet humain ! Je le déteste !

J’ai presque envie de me rouler en boule et d’écraser mes tempes pour ne plus entendre ces voix. Mais pas en public. Il faut garder une contenance, sauver les apparences. Même si je me demande bien pourquoi. Pourquoi je m’acharne à croire qu’on pourra virer ce maudit Djinn… Peut-être que je devrais juste partir loin… genre dans la montagne. ou sur une île déserte. Au lieu de ça, je continue, je m’acharne, à tout faire pour garder un semblant de vie normale. Comme cette ville après l’incendie. Je me demande si c’est très naturel tout cela ou non.

« Je ne me souviens même plus de quand on s’est vus pour la dernière fois… »

Et quel doux euphémisme… Mis c’est encore une formule passe-partout qui, non seulement n’est pas mensongère, mais qui en plus sauve les apparences et me permettra peut-être de reconstituer le puzzle de ma mémoire.



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I had no idea of the state we were in ⊹ La bibliothèque était un lieu que Keenan appréciait, notamment pour son silence. Il était beaucoup plus simple pour lui de distinguer des sons lorsqu'ils se faisaient rares, et son ouïe développée rendaient les balades dans un lieu bondé un peu trop désagréables. Mais ici ... Il arrivait facilement à distinguer ceux qui lui parlaient de ceux qui passaient à côté de lui sans réellement le voir. Il fut quand même étonné de savoir qu'Ella avait déménagé. Non pas qu'elle n'en ait pas le droit, loin de là, mais la coincidence était tout de même assez frappante pour qu'il le notifie. Sans parler de son passé lointain, même ses collègues avaient parfois du mal à comprendre pourquoi il s'entêtait à vivre ici alors que la capitale recelait beaucoup plus de trésors et d'après leurs dires, de beauté. Mais lui avait toujours aimé Bray, et même au delà de ça, ses souvenirs y étaient, ses repères également, il ne voyait aucune raison d'en partir. Tout refaire ailleurs ne lui donnait pas réellement envie. " Oh ! Un besoin de changement? Tu aurais dû me contacter j'aurais peut-être pu te faire visiter." Même avec sa cécité, il connaissait Bray comme sa poche. Mais il pouvait convenir qu'ils ne se voyaient pas assez régulièrement pour qu'elle ait eu ne serait-ce que l'idée de le voir, sans savoir en plus de cela s'il était toujours sur place.

Ils ne s'étaient pas quittés en de mauvais termes, mais comme tout, il y avait certaines personnes de qui tu ne pouvais plus vraiment rester proche, le reste de ta vie t'en empêchant. Keenan avait fait un choix, en quittant l'université, il avait choisi Sally et s'était tourné vers l'avenir qu'elle pouvait lui proposer, et sans doute avait-il été un peu trop égoïste à ce niveau-là, mais il en avait perdu tous ceux avec qui il avait eu des contacts, spécialement lorsqu'il était étudiant. Le fait même qu'il ait ensuite compris qu'il n'était de toute manière pas homme à ne pas se soucier du passé ne l'avait pas non plus guidé sur le chemin de la repentance, ce qui était fait était fait, il n'en était pas moins heureux de pouvoir un peu rattraper le temps perdu avec Ella, prendre de ses nouvelles, s'assurer que tout allait bien pour elle. L'oracle se demandait parfois ce qu'elle devenait, au même titre que ses anciens amis. Il espérait sincèrement qu'elle ait trouvé tout ce qu'elle recherchait, parce que c'était ce que l'on souhaitait à ceux qui nous entourait, pouvoir réaliser ses rêves alors même que nous n'y étions jamais arrivé. Toujours cette lueur d'espoir à se dire que peut-être quelqu'un avait pu tirer son épingle du jeu. " Oh ... J'ai jamais vraiment quitté l'université, j'y suis toujours, mais en tant que professeur cette fois. Histoire antique. Je me suis marié, j'ai divorcé, au final j'en suis rendu au même point que lorsqu'on s'est quittés, à quelques détails près!" L'oracle sourit doucement. Ce n'était pas totalement vrai, il évoluait, dans une autre branche que celle qu'il aurait espéré plus jeune, mais tout de même. " Et toi? "

C'était drôle, il n'avait absolument aucun souvenir de ce qu'Ella voulait lorsqu'elle était à l'université. Vers quel chemin précis elle se dirigeait. Il n'avait pas réellement une mémoire infaillible, loin de là, la seule chose qu'il arrivait à se rappeler avec précision était ses visions, et c'était tout. Mais se replonger de nouveau dans son passé alors qu'inévitablement les sons, les sensations, les pensées, tout ce tournoiement qui était pour lui synonyme de souvenir, tout ça se dissipait. Il se rappelait de l'université, parce qu'il marchait dans les mêmes couloirs depuis plus de dix ans, mais il avait parfois même du mal à se remettre de nouveau à la place de ses étudiants. Entendre Ella sermonner les fauteurs de trouble le fit sourire. Avaient-ils jamais été comme ça? Lui à la place de ceux qu'il détestait, à ouvrir des canettes de soda en milieu d'amphi ou à bavarder au fond de la classe sans se soucier du professeur déplacé pour faire son cours? Et avait-elle elle aussi oublié parfois le silence à honorer dans une bibliothèque alors qu'elle était avec des amis? " Laisse-moi faire une hypothèse ... Soit tu aimes vraiment beaucoup le silence, soit tu travailles ici non? J'ai jamais entendu personne d'aussi virulent mis à part les bibliothécaires. Et les professeurs. C'est pour ça que tous les étudiants en ont peur je suppose. Non qu'ils ne le méritent pas cela dit. "

Keenan ne se rend pas vraiment compte du trouble qui anime Ella. Certes le silence qui s'ensuit semble un peu agité, mais rien qui pourrait le pousser à se douter de quoique ce soit. Il est lui-même reparti dans son propre esprit, s'y réfugiant peut-être un peu trop souvent. Le brun entend des chaises bouger, signe que ceux qui s'étaient pris une Ella en colère sur le coin du museau avaient décidé de l'écouter. Il ne se souvenait pas de cette partie de sa personnalité mais comme lui, tout le monde avait ses mauvais jours, qui sait si ce n'en était pas un. Haussant les épaules, il fronça les sourcils, tentant d'accéder avec un peu plus de précision à ses souvenirs. Ce n'était pas chose simple, en vérité. " ça devait pas être loin de la remise des diplômes, y a une dizaine d'années. " Un jour à marquer sur un calendrier, l'accomplissement de leurs années de labeur, ce n'était pas quelque chose qu'on oubliait. " Tu ne t'en souviens pas? Je crois que Sally avait pris des photos ... Mais bon elle les a récupéré, j'en avais pas vraiment l'utilité. C'est dommage t'aurais pu te moquer de mes cheveux, même sans les voir, je suis persuadé qu'ils valaient le coup. "


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I had no idea of the state we were in ⊹ Le contacter… encore aurait-il fallu que le Djinn ne dévore pas mes souvenirs. Sans compter que si je suis venue ici c’est justement pour fuir les gens à qui je risquais de faire du mal. Apparemment, il en fait partie. Je le remercie pour son offre, sans m’attarder. C’est une situation délicate, je ne sais ce que je peux die et ce que je dois cacher. J’essaye de refaire le puzzle grâce aux indices qu’il me donne. Histoire antique… je l’aurais donc connu à la fac, quand il étudiait l’histoire et moi… la littérature je crois. Marié et divorcé. Marié… je n’ai pas dû assister à son mariage mais… certainement à celui de quelqu’un d’autre, car j’ai comme une impression familière.

« Je suis désolée d’apprendre pour ton divorce. Moi je… j’ai eu une vie tout ce qu’il y a de plus banale, des études en littérature, des petits boulots et me voilà ici… »

En vérité, je ne sais même plus si j’ai été mariée, si j’ai divorcé… Les souvenirs se font de plus en plus rares. Je sais que je le connais… je sais que j’étais une grande magicienne… je sais quel était mon caractère… je n’ai plus que quelques bribes, mais rien de précis. Et c’est frustrant, parce que ça veut dire que ma transformation me dévore de plus en plus. Je ne sais même plus s’il connait ma nature véritable. C’est horrible, tellement frustrant. Surtout que le wendigo me dépasse parfois, comme à cet instant, où il me donne envie de bouffer ces abrutis qui ne savent pas respecter les règles de base. Je sais que ça ne me ressemble pas, que ce n’est pas moi, ou ce moi qui tend à disparaitre petit à petit.

« Euh oui, désolée, déformation professionnelle
, que je réponds en haussant les épaules et en affichant un petit sourire, alors que le monstre en moi n’a qu’une envie : le déchiqueter en petits morceaux. J’ai trouvé ce boulot en emménageant ici. Ça me monte un peu au cerveau. »

« Il y a autre chose qui te monte au cerveau…
- Ta gueule !
- Allons, je suis en toi et tu le sais… »

Je voudrais tellement que la voix de ce connard de Djinn disparaisse, qu’il arrête de se fondre avec mon esprit. C’est épuisant à la fin ! J’essaye de lutter, me reconcentrant sur Keenan. Il détient peut-être une clé pour m’aider, pour que je ne disparaisse pas totalement… La remise de diplômes… Je ferme brièvement les yeux, cherchant dans les souvenirs que ma transformation commence à grignoter… ou qu’elle a déjà détruit. Je me souviens vaguement de la fac de Dublin, je ressens comme de l’insouciance. J’ai l’impression que je dansais à l’époque… J’aime danser ? De la musique, comme dans les fêtes. J’i une impression de bonheur. Mais ce ne sont que des fulgurances, rien de précis à quoi me raccrocher.

« La remise des diplômes… »

Non, je ne me rappelle pas, tout comme je ne me rappelle pas de cette Sally que j’ai donc apparemment connue moi aussi. Des photos m’auraient bien aidée sur ce coup-là, mais bon, c’est son ex qui les a… Merde.

« Ça ne nous rajeunit pas tout ça ! »

Bravo Ella pour cette superbe phrase clichée digne d’une vieille de quatre-vingt ans ! A croire que je ne sais plus interagir avec les gens. Pourtant, j’appréciais la présence des gens avant… je le sens encore.

« En fait, j’ai… eu euh… un petit accident on va dire. Rien de trop grave mais j’ai comme de légères pertes de mémoires parfois. »

« Quelle menteuse tu fais, Ella, ce n’est pas joli !
- Tais-toi
- ils vont finir par comprendre, tous, et tu seras chassée parce que tu es un monstre…
- tant mieux, ils te tueront avec moi
- tue-le lui, tu en meurs d’envie… »

Mon estomac se noue, comme si je mourais de faim. L’agressivité, le désir de faire du mal, tout cela me consume. C’est vrai, je crois que je préfèrerais encore qu’on me tue si je ne parviens pas à trouver de solution pour qu’on extraie ce Djinn de moi. C’est aussi pour ça que je suis venue à Bray. Sauf que pour l’instant, il m’empêche d’approcher les chasseurs ou de me mettre en danger – ce qui le mettrait lui aussi en danger.  

« Tu crois que tu pourrais… je ne sais pas…prendre un café avec moi ? Ça m’aiderait, je pense, de parler un peu du passé… »

C’est un vrai coup de poker que je tente, et ça énerve la créature en moi. Mais je dois essayer, me raccrocher à toutes les branches possibles pour ne pas lui céder.



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I had no idea of the state we were in ⊹ Keenan n'en voulait pas vraiment à Ella de ne pas avoir repris contact avec lui. C'était une situation des plus délicates, ils ne s'étaient pas réellement quitté en bons termes, et Sally empêchait, à l'époque, tout moyen pour les deux de s'expliquer réellement. Le temps avait passé, et sans doute était-ce normal d'avoir tous deux mis de côté leur passé commun. D'autres choses avaient pris bien plus d'importance dans sa vie, et il se doutait que dans celle de la Clarke, ce devait être la même chose. Mais la revoir ravivait en lui des souvenirs qu'il avait trop longtemps laissé derrière lui, cette époque, l'université, où tout était encore devant eux, où ils n'avaient pas encore faits les choix décisifs qui allaient dicter toute leur vie. C'était une époque bénie, il pouvait bien le dire, maintenant qu'il avait passé sans doute les choix les plus importants qu'il n'aurait jamais à faire, sans toujours prendre le bon chemin. L'oracle se mit à rire. «  Ce n'est pas grave, ne t'en fais pas. Parfois il vaut mieux arrêter un désastre et ne pas essayer de persévérer. Vu ton niveau, je suis certain que tu aurais pu te tourner vers le professorat … Mais bon, je comprends que ce ne soit pas le rêve de tout le monde, surtout pas quand on est face à des étudiants qu'on épinglerait bien contre un mur. » Keenan savait bien que son métier n'avait pas que des mauvais côtés, mais ces derniers temps, c'était bien la seule chose qu'il arrivait à se dire. Sans doute la lassitude de mener cette double vie qui commençait à poindre. Sans doute aurait-il également aimé travailler en ces lieux. Il ne pouvait le nier, la bibliothèque avait cet effet apaisant sur lui, même s'il n'avait, hélas, qu'une collection limité qu'il puisse lire. Il y passait tout de même énormément de temps, mais le hasard avait fait qu'il n'avait encore pu croiser Ella jusqu'à maintenant. «  Je suis content de voir que mon instinct est toujours aussi aiguisé ! Ça doit être plutôt tranquille comme travail, non ? »

Comme c'est sans doute naturel avec quelqu'un avec qui l'on a partagé une partie du début de sa vie d'adulte, Keenan se laisse emporter dans ses souvenirs. Il n'a bien entendu que des sensations, des sons, des odeurs, des rires. L'université, c'était une partie de sa vie où régnait l'insouciance de ce que serait le lendemain, suivant un cursus qui semblait bien trop irréel, abstrait. Alors on profitait plus qu'on étudiait, se passionnant pour quelque chose malgré tout, entre les bouteilles d'alcool ou bien seulement les heures passées allongé dans un parc, à lire sans prendre en compte du temps qui passe. Depuis combien de temps ne l'avait-il pas fait, rien que s'allonger, attendre ? Ne rien faire, profiter du soleil, la sensation de chaleur, agréable, lui donnant comme une pause dans son quotidien. Croiser Ella, c'était toutes ses pensées qui revenaient, le jeune adulte qu'il avait été se demandant pourquoi il n'avait pas su profiter pleinement de sa vie. La mort de son frère n'y était pas étranger, les responsabilités lui incombant, le rappelant à l'ordre avant qu'il n'ait pu s'en échapper. Mais il ne regrettait ni sa vie, ni son divorce, en fin de compte. C'était sans doute le principal, du moins il le pensait. L'évocation d'un incident fit froncer les sourcils de Keenan légèrement. Son intuition lui criait qu'elle ne disait pas tout, mais après tout, était-ce vraiment inhabituel, alors qu'ils ne s'étaient pas vus depuis des années ? Aurait-elle tort de ne pas vouloir se confier ? L'impression étrange qu'il manquait quelque chose le tirailla momentanément, mais il tenta de ne pas trop y penser. Il sur analysait toujours trop chaque situation, sans doute une certaine forme de paranoïa résultant du décès de son frère, ne voulant voir personne d'autre succomber aux êtres issus de magie. Mais tout le monde ne faisaient pas partie de ce genre de cercle, certains demeuraient toujours humains et il voulut se persuader que c'était le cas d'Ella. «  Tu es allée voir un médecin ? » Parce que le monde autour de lui oubliait bien souvent ce genre de détails, le monde réel, différent de la magie, qui n'avait aucune relation avec elle, qui se soignait naturellement. Mais à Bray on finissait bien trop souvent à l'hôpital ou à la morgue sans passer par certaines cases intermédiaires.

La proposition de la jeune femme le fit cependant sourire. Il n'avait de toute manière rien de vraiment mieux à faire, et revoir une ancienne de ses amies … Certes avec qui il avait partagé un peu plus que ça, lui faisait énormément de bien. Et puis, même s'il ne l'avait pas vue depuis longtemps, il ne serait pas contre l'aider avec ses souvenirs, si lui parler pouvait enlever ce pressentiment qui ne le lâchait plus. «  Oui, avec plaisir. Je n'ai pas l'occasion de beaucoup parler de cette époque, ça me fait plaisir de l'évoquer. Tout était bien plus facile dans ce temps, finalement. »


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I had no idea of the state we were in ⊹ Ai-je voulu être professeur ? Je ne me rappelle plus de tous mes rêves, mais je ne crois pas que le professorat en ai fait partie. J’ai l’impression que même si j’ai toujours aimé la littérature, cela a été mon second choix. Mais cela fait partie des souvenirs que ma transformation a déjà affectés. Je me demande tout de même ce qui nous a réellement unis, lui et moi. Parce que j’ai comme une sensation de familiarité, de confiance et de bien-être avec lui. Pourtant cela remonte apparemment à bien longtemps, alors ça devait être très fort.

« Oui et je ne suis pas très patiente comme tu peux le voir… »

J’ai un faible sourire pour sauver les apparences. Le wendigo dans une salle de classe, cela ferait vraiment très mal. Je ne tiendrai pas un cours sans faire un massacre. Alors qu’ici, même s’il y avait des gens qui évoluaient dans ma sphère, l’espace était assez large pour que je les supporte.

« Plutôt oui, sauf quand certains veulent bien faire et ranger les livres seuls alors qu’ils ne savent pas lire une cote… »

Et alors ça, ça énerve profondément le wendigo, c’est pour cela que je tente le plus possible de faire le rangement le soir quand la bibliothèque est fermée et qu’il n’y a plus personne à dévorer. Alors je laisse le Djinn s’en prendre à moi. Il se venge en me volant mes souvenirs, même si je lutte. Et que je tente parfois des coups désespérés, comme ce mensonge que je lui sors. Je sais que ce n’est pas la meilleure chose à faire, mais comment expliquer la vérité, surtout s’il n’est qu’humain ?

« Ils disent que ça peut revenir comme … eh bien comme être disparu. A part multiplier les sources de stimulation, il n’y a pas grand-chose à faire. »

Et j’espère que sa présence pourrait être un bon stimulateur. Si tant est que ça marche, j’ignore à quels points mes souvenirs sont perdus à cause de ma transformation. Je suis soulagée d’entendre qu’il accepte. Et il a raison sur un point, les choses étaient plus faciles avant. J’étais l’héritière bienheureuse d’une riche famille de magiciens puissants. J’allais à la fac. Et j’ai l’impression que j’étais heureuse. Le Djinn a bien su où frapper, en me volant mes souvenirs de bonheur.

« La bibliothèque ne ferme que dans une heure mais en attendant… suis-moi. »

Instinctivement et sans que je ne m’en rende compte à dire vrai, je lui prends la main pour l’emmener dans les recoins secrets de la bibliothèque. Enfin, secrets pour le public. Il s’agit en réalité des couloirs de services, menant à la petite salle de repos, où les employés laissent leurs affaires. Et surtout, il y a une cafetière.

« On en prendra un bien meilleur à l’extérieur tout à l’heure, mais c’est pour te remercier et te faire patienter. Tiens, prends ma tasse. »

Je lui tends une tasse sur laquelle avait été dessinée une danseuse étoile. Je ne sais pas pourquoi, je l’avais trouvé belle et attrayante dans la boutique. Moi j’emprunte la tasse d’un collègue, il n’en saura rien. Et je l’invite à me suivre, je suis quand même censée travailler, alors si je ne suis pas à mon poste, en salle, je vais avoir des problèmes.

« J’ai encore certains souvenirs nets, même s’ils sont anciens. Mes parents, la demeure familiale, ma première visite de musée, le premier opéra. Mais sur d’autres pans de ma vie, je n’ai plus que des bribes. Parfois je me perds. C’est tellement frustrant que j’en suis énervée et que je perds toute patience. Je n’ai pourtant pas l’impression d’être cette femme qui engueule des bavards dans une bibliothèque. »

J’avale une gorgée de café avant de biper quelques codes-barres de livres déposés sur mon bureau. Ça n’aurait pas dû être ça, mon destin. Je le sens. Mais tout a été foutu en l’air il y a six mois.

« C’était plus facile, à la fac. »

Enfin je crois.

« Raconte-moi un beau souvenir de ces années-là, où on ne pensait pas que la vie nous plongerait dans un divorce ou dans des pertes de mémoire. »



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We used to be…


I had no idea of the state we were in ⊹ Si Keenan avait toujours voulu être professeur, ou du moins qu'il s'y était employé depuis qu'il était entré à l'université, il pouvait bien admettre qu'il comprenait que ce ne soit pas le rêve de tout le monde. Il fallait beaucoup de patience, et surtout d'envie, pour transmettre son savoir à des personnes qui, pour la moitié d'entre eux, au moins, n'en avait strictement rien à faire. L'université était pour cela bien mieux que le lycée, où le pourcentage d'attention était beaucoup plus bas, mais il n'en restait pas moins qu'il aurait parfois bien préféré connaître le calme d'un musée ou d'une bibliothèque plutôt que l'effervescence d'un amphithéâtre. Mais lui avait l'avantage d'être pris parfois, à tort, en pitié de fait de sa cécité, souvent sous-estimé. Ses étudiants finissaient toujours par regretter leur jugement, ce qui lui, personnellement, le faisait énormément rire. On s'habituait, au fil des années. " Effectivement. Mais la patience s'apprend, je ne suis pas exemplaire non plus sur ce sujet, avec les jeunes tout comme avec mes collègues." Mais ce manque de patience se remarquait surtout au sein des Dux, qu'il considérait maintenant comme son second métier, malgré le fait qu'il s'agisse d'une cause qui lui tienne à coeur, il devait bien admettre que ce qu'il donnait pour l'organisation s'apparentait plus à un travail à plein temps, sans parler de ses visions venues obscurcir la plupart de ses nuits. Le grimoire avait tendance à l'obséder, ces dernières semaines, et c'était plutôt mauvais signe, s'ils ne partaient pas bientôt, sans doute ses transes nocturnes finiraient-elles par avoir des répercussions sur sa santé physique. Sans doute le manque de sommeil qui allait de paire avec sa condition d'oracle jouait énormément sur les comportements qu'il avait avec les chasseurs qui passaient exceptionnellement leur temps au quartier général. Il n'en supportait pas énormément en règle générale, très peu avaient réussi l'exploit d'attirer sa sympathie, ou au moins, son respect. Alors en ce moment ... Il s'y isolait la plupart du temps, pour ne pas avoir à les supporter, ou à élever la voix inutilement. Il ne criait pas, s'énervait rarement. Il était de ceux qui utilisaient l'ironie, le sarcasme, comme leur meilleur moyen de défense. Mais souvent, les réactions face à lui étaient beaucoup plus hostiles. C'est que les chasseurs manquaient souvent, bien trop souvent, d'intelligence leur permettant de rester en vie. " Au moins ils font un effort. Même si je comprends que parfois on préférerait qu'ils n'en fasent pas, ça faciliterait le travail."

Apprendre pour l'amnésie partielle d'Ella attristait un peu Keenan. Pas vraiment pour lui, en vérité, mais surtout pour elle. Il savait que ses souvenirs personnels étaient sans doute une des seules choses qui lui permettait de ne pas devenir fou face à tout ce qu'il vivait, de ne pas sombrer du mauvais côté. Ses souvenirs lui permettaient de voir les choses autrement qu'en noir alors que la situation actuelle de Bray entrait dans un seuil critique, et que tout finirait par se jouer prochainement. C'était ça, qui le motivait. Les souvenirs qu'il avait été quelqu'un de meilleur, que sa vie n'avait pas été seulement lieu de vengeance, de mort, de visions macabres d'un futur qu'il ne pensait même pas exister réellement, et d'un passé qui les plongeait plus encore dans une guerre dont il ne voyait plus la fin. Les souvenirs, c'était l'espérance que ces jours là n'étaient qu'éphémères. Revivre encore un peu ces moments précis. Mais elle, elle ne les avait plus. Elle ne pouvait se raccrocher à cela. Peut-être n'en avait-elle pas besoin, cela dit. La situation de l'oracle était spéciale, tout le monde n'avait pas eu sa vie, tout le monde ne faisait pas partie de ce surnaturel qui n'existait pour les humains lambdas, que dans les livres de contes et légendes. " Je vois ... J'espère que ça te reviendra. Tout le monde mérite de se rappeler ce qu'il a traversé. " Ce serait mentir que de dire que Keenan n'a jamais souhaité oublier ce qui est arrivé à son frère. Mais en regardant les choses en face, ce ne serait pas un bien. Perdre sa raison de vivre, perdre la raison de son combat ... S'il se battait contre la magie, c'était pour sauver les autres de ce qu'il avait vécu. S'il l'oubliait, il ne serait plus capable de le faire.

Sans en dire plus, Keenan se laissa guider par Ella. Elle était sans doute bien une des seules avec qui il n'avait pas de mouvement de recul lorsqu'il s'agissait de contacts physiques. Sans doute cela s'expliquait-il très bien par la relation qui les avait unis dans le passé. S'il avait été proche de son ex femme, il limitait cependant depuis son divorce les contacts avec n'importe qui. Sans le vouloir, la plupart du temps, mais il n'était pas précisément le genre d'homme que l'on avait envie de serrer dans ses bras, sauf si c'était une tactique poussée d'étranglement. Attrapant la tasse, il se mit à suivre la jeune femme, la remerciant pour le café. " Qu'est-ce qu'il t'es arrivé? Une commotion? " Elle avait beau lui avoir dit que ce n'était pas un accident grave, pour en arriver à ce genre de pertes de mémoire, pour Keenan, ce n'était pas vraiment anodin. Il comprenait toutefois si elle ne désirait pas en parler, peu importe ce qu'il lui soit arrivé. " Tu finiras par te retrouver. Je ne pense pas que ce soit un processus immédiat, mais avec ou sans tes souvenirs tu pourras toujours avancer." Il espérait qu'elle les retrouve, cela dit. Il savait mieux que personne comment s'adapter lorsque l'on ne possède pas quelque chose que tout le monde a, mais ne l'ayant jamais connu, il n'avait pas cette difficulté, cette recherche de ce que l'on a perdu. Il était désolé pour Ella, surtout pour ça, l'impuissance qu'elle devait ressentir en essayant de s'accrocher à ses souvenirs. Face à sa demande, toutefois, il sourit, avant de boire une gorgée de café. " J'ai tendance à voir l'université comme mes plus belles années. Je ne sais pas si avec tes souvenirs tu le verrais de la même façon mais ... C'était un peu comme une bulle. On pensait qu'on pouvait tout faire sans jamais être inquiété, être qui on voulait. J'étais déjà la tête dans mes livres à l'époque mais je me rappelle d'un jour, je ne sais plus pour quelle occasion, un anniversaire peut-être ... J'avais décidé que je pouvais bien m'octroyer une journée de vacances et je t'avais emmenée avec moi. On avait pas fait grand chose en fait, on était allé sur la plage, puis voir un film au cinéma, on avait mangé des frites et on était rentrés chez moi. Pas une journée exceptionnelle mais pour moi, ça reste une des seules où j'ai vraiment décidé de faire ce que je voulais et de profiter de ce que j'avais. "


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We used to be…


I had no idea of the state we were in ⊹ Je n’ai pas été comme ça. Je me souviens vaguement de mon caractère d’autrefois. J’étais orgueilleuse, certes, mais pas aussi agressive. Non, j’étais sociable. Peut-être aurais-je été une bonne professeur. Mais à quoi bon y songer ? Je suis un monstre à présent. Ni plus ni moins. Je ne fais qu’écouter ses propos, me disant qu’ils appartiennent à un univers qui m’est interdit. J’ai un faible sourire lorsqu’il me souhaite de retrouver mes souvenirs. Cela n’arrivera jamais malheureusement. Sauf si j’arrive à me libérer du Djinn. Et encore, j’ignore si c’est possible et à quel point il a dégradé mon esprit. Peut-être que ce qu’il m’a pris, il me l’a volé pour toujours.

« C’est surtout de se sentir seule et perdue qui est le plus dur. Quand je vois tous ces gens, amoureux ou heureux entre amis et que je suis incapable de me rappeler si j’ai vraiment été aimée ou si j’ai des amis moi aussi c’est… c’est difficile. D’un autre côté, c’est peut-être mieux ainsi. »

Certainement même. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai quitté Dublin. Je sais au mois que j’ai un père et une mère que j’ai laissés volontairement derrière moi, pour ne pas leur faire de mal, pour ne pas les dévorer. Je ne m’en remettrai jamais et je sais que le Djinn ne me permettra jamais de mettre fin à mes jours pour enrayer toutes nos mauvaises actions. Voilà pourquoi je mens. Voilà aussi pourquoi je me sens si perdue et idiote. J’ai besoin de mes souvenirs et en même temps, je mets de la distance entre celui qui pourrait être un ami et moi. Mais comment avouer, franchement ? S’il n’est qu’un humain, comment lui dire ? Je détourne le regard, de façon vraiment stupide.

« Un accident. Quelques jours de coma et voilà. »

Mensonge, mensonge, mais je dois rester concentrée afin que le wendigo ne prenne pas totalement le contrôle. Je l’écoute, ne croyant pas moi-même en ce qu’il me dit. Je ne pourrai pas avancer. Je le sais, puisqu’il me dévore de l’intérieur et qu’il est plus puissant de jour en jour. Je vais perdre contre lui, j’en ai conscience et ça rend les choses encore plus insupportables. Je ne pourrai rien construire du tout. Aucun rêve de grandeur. Pas de famille. Pas d’amitié. C’est impossible. Même ce moment que je vis avec Keenan n’est qu’éphémère. Je ne le sais que trop bien. La suite n’en est que plus douloureuse. Cette journée qu’il me décrit, même si je ne m’en souviens pas exactement, me parait belle. J’ai l’impression de me souvenir du sable, du goût des frites. D’une balade en lui tenant la main. Il ne faut pas être un génie pour comprendre. Nous ne sommes pas de simples connaissances. Nous sommes plus. Du moins nous avons été plus que cela.

« Et tu m’avais moi… »

Je le murmure plus pour moi qu’autre chose, pour essayer de replacer une des pièces manquantes du puzzle. Je ne me souviens plus beaucoup de l’université. Je sais encore les études que j’ai faites, même si elles ne correspondaient pas à mes désirs et à mes véritables passions.

« C’était vraiment une époque heureuse. J’en ai la sensation, là, au fond. »

Je ne me rappelle plus, mais cette sensation de sérénité, je ne l’ai plus depuis des mois. Je ne l’ai retrouvé qu’en sa présence, en parlant avec lui. Il faut dire qu’après l’université, il a dû y avoir une rupture, une vie que j’ai oubliée et surtout un énorme mauvais choix.

« J’ai juste l’impression d’être étrangère à moi-même. Comme si quelqu’un d’autre avait pris les commandes de mon corps. »

Voilà un moment de vérité, parce que c’est exactement ce qui m’arrive. Ma main se met à trembler tout à coup. J’ai comme une sensation de faim qui me tenaille l’estomac. Vais-je lui faire du mal ? Non… non, je ne veux pas. Mais je sens cette rage, cette colère. Je vais lui faire du mal, je le sens et c’est horrible.

« Excuse-moi, je… je dois prendre l’air… »

Je m’écarte, il faut que je parte, que je m’isole, parce que je sens que le wendigo prend le pas sur l’humain que je suis. Voilà pourquoi je ne dois pas rester trop longtemps en présence d’êtres qui ont compté. Parce que la chose en moi veut les détruire…



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I had no idea of the state we were in ⊹ Keenan ne pouvait pas s'imaginer ce que cela pouvait être de perdre ses souvenirs. Dans ses moments les plus sombres, il aurait ardemment souhaité le faire, mais finalement, était-ce mieux? L'espèce humaine était faite de telle sorte que l'homme partirait toujours en quête de ce qui lui manque. Parfois, il ne s'agit seulement que de reconnaissance, d'amour, de joie. Mais d'autres fois, de choses bien plus profondes, et sans doute aurait-il cherché à savoir, s'il avait oublié la mort de son frère et les circonstances qui l'ont poussé, sans doute aurait-il voulu savoir ce qui était arrivé, au détriment de son propre bonheur. Parce que le fait est qu'il savait que ce souvenir bloquait ce qu'il pouvait avoir de plus heureux. Rien ne semblait égayer ses journées, mais ça n'aurait pas été ça, il y aurait eu autre chose. Il y avait toujours autre chose. Il ne pouvait donc qu'imaginer la situation dans laquelle se trouvait Ella, sans pour autant réussir à se projeter. Il n'en avait cependant pas vraiment le désir, ne serait-ce qu'en voyant l'état de la jeune femme lorsqu'elle en parlait. Un sourire se voulant réconfortant vint éclairer son visage. " Le tout c'est de te laisser l'opportunité de te créer de nouveaux souvenirs. Chacun, à un moment donné, renouvelle toute son existence, ses connaissances, ses amis, sa relation ... En attendant de retrouver tes souvenirs, créé-t-en de nouveaux. " L'oracle ne savait pas vraiment si c'était un bon conseil ou le genre de phrases bateau qu'on donnait lorsqu'on ne pouvait pas comprendre l'autre. Mais le fait est qu'il ne voyait rien d'autre à lui dire, que lui donner la sensation qu'il y avait à tout événement un bon côté.

La jeune femme resta évasive sur ce qu'il lui était arrivé. Si Keenan comprit qu'il y avait plus que ce qu'elle n'en disait, il ne se trouvait pas le droit d'insister, pas alors qu'ils ne s'étaient pas vus depuis des années et qu'elle ne se souvenait sans doute de rien à son sujet. Il aurait pu tenter d'en savoir plus, après tout, c'était en quelque sorte son rôle au sein des Dux Tenebris, la vérité, la recherche. Mais s'il pouvait éviter de la rendre défensive à son égard, ce ne serait que mieux. Sans parler du fait qu'il en voyait tellement qu'il était possible que ses doutes ne soient fondés que sur de la paranoïa. C'était plutôt dur de savoir quand quelque chose au-delà du naturel se produisait, surtout dans une ville comme celle-ci. S'il n'avait pas eu ses visions, sans doute aurait-il cru longtemps que son frère s'adonnait à quelques rites sataniques étranges, et qu'il aurait mieux valu pour sa santé le faire interner. " Ca aurait sans doute pu être pire. " Tout pouvait être pire, elle aurait pu ne jamais se réveiller, si coma il y avait eu.

Keenan hocha la tête lorsque la jeune femme commenta la journée qu'il lui décrivait. C'était un temps auquel il serait volontiers revenu, loin des problèmes que lui avaient posé la vie d'adulte, loin de tout ce qui lui avait ensuite traversé l'esprit, loin de la haine, de la mort, loin du divorce par lequel il était passé. " Oui, ça l'était. C'est fou comme, étudiants, on veut juste pouvoir entrer dans la vie active alors qu'une fois qu'on y est, on donnerait pas mal pour retourner en arrière juste un peu.  " Lui donnerait beaucoup. Revoir son frère, vivre comme s'il n'avait aucune responsabilité autre que celle de réussir ses études. Des visions moindres.

L'oracle ne sut pas vraiment à quel moment le doute revint en lui, ce doute qu'Ella avait bien plus en elle que ce qu'elle ne disait, un problème bien plus profond qu'une perte de mémoire. La cause de sa perte de mémoire peut-être. Sans doute cette histoire de grimoire de Rosakov commençait sérieusement à lui empoisonner l'esprit, mais pourtant, la phrase qui suivit sembla déclencher une sonnette d'alarme en lui, alarme qui ne voulait décidément plus s'éteindre. Peut-être avait-il trop étudié, avait-il été trop plongé dans ses livres, cherchant à découvrir quels signes apparaissaient pour telle espèce, pouvoir les vaincre, ou du moins aider à le faire. Alors qu'elle partait, il la rappela. " Ella ! Est-ce que tu crois aux esprits? " Une pulsion, une intuition. Keenan pourrait, de toute manière s'en sortir avec une raison valable de poser la question, même si elle le prenait pour un fou. Mais son truc, c'était l'étude. Et maintenant, il n'attendait que sa réaction. Une confirmation? Ou simplement celle de sa paranoïa constante.



HS : Bon désolé si c'pas terrible je me suis dit que bon il est gentil Kee mais je pense qu'il commence à se poser des questions face au comportement d'Ella, du coup voilà o/ Puis je pensais aussi, si les Dux mettent la main sur le grimoire de Rosakov, y a moyen qu'il tente de la convaincre de l'exorciser s'il a tout compris d'ici là
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