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SirèneTriton
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 Goût d'éternité [PV Shura]


Goût d'éternité
Shura & Ambrose

Ambiance

Soudaine. Indomptable. Perturbante. La mort. À aucun moment quand je m’étais tenu loin de mes parents j’avais pensé à elle comme nouvelle union entre ma famille et moi. Insouciant, je n’avais pensé qu’à continuer de faire fructifier l’argent, tout en me tenant à distance de mes parents. Tout en me tenant à distance de cette ville, ce quartier, cette maison, dans laquelle je me tenais pourtant tout en hésitant entre une cravate noire, et une autre de la même couleur mais avec de fins liserés. Stupide. Je l’avais été dans mon orgueil. Ils l’avaient été dans le leur. Mais ce n’était pas possible de faire des reproches aux morts. Il était tellement plus facile pour mon esprit d’essayer de m’infliger une culpabilité comme une responsabilité supplémentaire. Elle viendrait se pendre à mes épaules comme les regards noirs de Maureen, âgée de deux ans de moins que moi mais qui s’était sentie obligée de prendre le relais de la descendance suite à mon absence. Mon affront. C’est ainsi qu’elle avait vu mon élan du cœur. Un affront envers notre famille, notre lignée, et tout ce que cela représentait. J’étais un être déplorable à ses yeux, malgré les années qui ont filés, malgré la renommée qui est mienne. Elle avait décidé que tout ce qu’il se passait était de ma faute, mais qu’en même temps je ne méritais pas d’être à nouveau dans la demeure familiale. Je ne méritais d’être encore en vie, alors que nos parents avaient perdus la leur. Tout ce qu’elle m’avait dit depuis mon retour c’était de repartir car il n’y aurait rien pour moi dans l’héritage. Un mot si faible en comparaison à la souffrance qui m’assaillait. Je n’avais pas besoin d’héritage, mais simplement de me souvenir d’où je venais. Parce-que je l’avais oublié, et je m’en rendais compte en redécouvrant les peintures qui couvraient tous les murs de cette maison. J’avais oublié que ma passion était née grâce à cet environnement. J’avais oublié. C’était plus facile. Indolore.

La procession était longue jusqu’aux trous creusés pour recevoir les cercueils. Nous marchions en fil indienne, les membres de la famille en tête de fil, tandis que je me rendais compte de la popularité de mes parents. Il y avait bien trop de monde pour une chose aussi intime que la mort. Mais cela faisait partie de leurs dernières volontés. Que tous ceux qui le désirent les accompagnent jusqu’à leur lit funeste. Il n’avait pas suffit que nous devâmes - chacun des enfants - proclamer une éloge funèbre. Il fallait que le monde entier - et surtout les journalistes - puissent se rendre compte d’à quel point ils étaient aimés. Mais l’étaient-ils réellement? J’avais toujours remarqué à quel point les gens agissaient par intérêt. À quel point des inconnus étaient venus m’offrir leurs condoléances et prendre nonchalamment de mes nouvelles. Qui sait? Je suis peut-être l’héritier majoritaire? À moins qu’il ne s’agisse de Maureen, ou encore de Charlie ou mon frère, Callan. Je ne pouvais pas être dupe du jeu qui se manifestait autours de nous. Je ne pouvais nier l’évidence qui sautait pourtant aux yeux, au même titre que ma sœur ne languissait pas de remontrances envers moi dès qu’elle en avait l’occasion. Elle faisait même en sorte que Charlie, bien plus douce, ne se rapproche pas trop de moi. J’avais la sensation que nous formions des clans dans notre propre fratrie, mon frère étant le seul à avoir gardé un lien avec moi malgré mon absence.

Mais le temps n’était pas aux discussions. Le temps était au recueillement tandis que le prêtre procédait aux dernières prières. Je ne parvenais pas de mon côté à détacher mon regard des tombeaux. Chacun notre tour, nous fûmes invités à déposer une poignée de terre sur chacun des cercueils. Je laissais défiler tous ceux qui le voulaient afin qu’ils puissent retourner à leur voiture, et plus largement à leur vie. J’accordais à peine un regard à ceux qui insistaient à m’offrir leurs condoléances. Foutaises. Convenances. Mais aucune vérité à travers cette phrase toute faite. J’en voyais même qui pleurait. À l’image de mes sœurs et de mon frère. Mais je n’y arrivais pas de mon côté. Je me doutais que je devais offrir l’image d’un être insensible, d’un être qui a trop longtemps été séparé de ses proches. C’est une vérité. Mais mon chagrin était pourtant présent, préférant cisailler mes entrailles plutôt que de se montrer sous cette mise en scène publique! Parce-qu’il y avait bien trop de photographes, bien trop de mouvements. Bien trop pour moi qui m’était toujours attaché à contrôler mon image, ce qui avait le droit de figurer dans les magazines et ce qui m’appartenait. La mort de mes parents était à moi. Mon chagrin aussi. Je ne voulais pas le partager. Pas comme ça.

C’est ainsi que progressivement la foule se dispersa. C’est ainsi que je renvoyais mon garde du corps à ma voiture où m’attendait mon chauffeur. Je ne voulais pas de proximité. Je ne voulais pas me sentir surveiller outre mesure. Ma vie ne risquait rien ici, au milieu des stèles. Mais je sentais l’appréhension qu’affichait toujours Gustav - mon garde du corps donc - quand je n’en faisais qu’à ma tête. Même pour l’enterrement de mes parents, il se souciait pour moi. À moins qu’il voulait uniquement bien faire sa job. Perdre une personnalité comme moi, ça vous tuait une carrière. Mais il se contenta d’observer mes alentours de loin, tandis que la main de Charlie vint rencontrer la mienne. Mon regard croisa le sien aussi bleu, avant qu’elle ne se retire, sentant que j’avais besoin de ce recueillement. Loin de mes sœurs et frère, loin de toutes ces personnes qui restaient des inconnues pour moi. Je n’étais pas sûr de me présenter à la soirée qu’ils organisaient chez nous - chez mes parents - en leur mémoire. Je n’en étais pas sûr car le deuil est un plat qui se mange seul.

J’étais tout à mes pensées quand je perçus un mouvement sur ma droite. Le bouquet de fleur vola sur une tombe tandis que tu t’allumais une clope. C’est fou comme tu me donnas l’envie d’en craquer une moi aussi. Mais je n’avais pas pris mon paquet. Je m’étais senti bien trop démuni ce matin pour penser à faire le plein. Je n’avais pas osé te regarder totalement. Après tout, chacun méritait son intimité. Mais j’entendis tes pas, avant d’entendre ta voix et ta proposition. Au loin je remarquais Gustav faire un premier mouvement pour venir me protéger, mais je lui fis un signe de main, lui intimant de ne pas bouger. “Avec joie.” Je n’avais que faire des condoléances des inconnus, comme tu n’avais que faire du deuil d’un étranger. Mais la clope ça rapproche. Ça me donne une belle occasion de me détourner de la terre fraîchement posée, afin que mon regard ne vienne se poser dans le tien. Je remarque à peine ta dégaine débraillée, tout ce qui m’intéresse c’est cette clope que j’accepte avec plaisir, et que je te laisse allumer pour moi, tandis que mes mains viennent appuyer ton geste en faisant barrage à tout courant d’air.

Je tire une première bouffée, levant ma tête vers le ciel en expirant. “J’en avais bien besoin.” soufflais-je, avant de tourner la tête vers toi, et te montrer du menton la tombe où se trouvait le bouquet de fleurs. “Cela fait longtemps?” Qu’il est là. Que tu es là. Peu importe. Tout ce que je souhaitais, c’est m’engouffrer dans ta vie pour sortir de la mienne. Juste un instant.


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Métamorphestaff
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 Goût d'éternité [PV Shura]





I took a walk on a Saturday night,fog in the air, just to make my mind seem clear where do I go from here? I see my breath pushing steam through the air, shaking hands run through my hair, my fears, where do I go from here?

Calme relatif, jouer les coursiers pour les veuves épleurées ne lui plaisait pas plus que cela. Est-ce qu’il avait vraiment la tête d’un bon samaritain ? Pestant en silence, il faisait tout pour éviter le cimetière en temps normal. Surtout à cause du fossoyeur qui y passe les trois quarts de ses journées. S’il pouvait ne pas se rajouter des chances de le croiser, ça arrangeait Kochtcheï. Seulement voilà, elle avait été jolie, charmante, et sa langue a été plus rapide que ses pensées pour du coup. C’est difficile de résister à une rouquine en pleurs, plein de regrets, qui se présentait comme une ancienne épouse de son voisin du dessus. Elle ne connaissait personne à Bray, et elle s’était trompée de numéro. C’était la troisième fois cette semaine tout de même, à croire qu’il allait devoir mettre une pancarte pour les rediriger. Un bouquet de fleurs, un service demandé, et Shura n’avait pas manqué de la dévisager. Soit le fait de s’être trompée de porte lui avait pompé le peu de courage qu’elle avait réussi à monopiliser jusqu’ici. Soit ses larmes n’étaient qu’une mise en scène pour l’attendrir. Autant cela ne faisait pas plaisir au russe d’avoir cédé aussi facilement, autant il n’avait pas le choix s’il voulait qu’elle lui lâche la grappe et qu’elle reprenne ce fichu train pour Dublin. Il avait dit oui, et milles merci avait plu. Elle avait saisi ses mains pour ponctuer sa reconnaissance -déjà débordante dans sa voix-, non sans faire grimacer légèrement le slave d’ailleurs, puis elle avait tourné les talons.
Des myosotis bleus, des lylas et quelques roses blanches. A mon ami était marqué sur la petite carte coincée entre deux tiges. Shura avait levé les yeux au ciel. À mon pigeon serait plus exact, mais bon. Il n’est pas très convenable de plaisanter sur un mort. D’autant plus que l’ironie du sort veut qu’il soit plus connu post-mortem que de son vivant. Quoi que, n’est-ce pas là le destin des artistes ? Cela faisait moins d’un mois maintenant qu’Oswald s’était pendu, et il n’a jamais autant entendu son prénom dans les rues depuis qu’on a retrouvé son cadavre suspendu. Encore un qui va mal finir, ou du moins, finir entre de mauvaises mains. Kochtcheï pourrait le garder ce bouquet, mais il est trop blanc. Et il n’aime pas cette couleur. Trop pure, trop belle, trop douce, elle lui rappelle sa mère. Celle dont il ne parle jamais étrangement, alors qu’elle a été un tournant de sa vie. Il connait sa langue de vipère, ce don pour démentir et casser aux moindres mots prononcés. Alors, peut-être que c’est une façon de préserver son souvenir, et la laisser envahir ses pensées pour se consoler.

C’est ironique finalement se dit-il. Shura n’a aucune idée d’où est enterré la personne qu’il porte le plus en estime, mais il donne son accord pour déposer des fleurs dans un cimetière où la personne avec qui il entretient un lien plus que compliqué bosse. Quelle vie de merde. Un soupir traverse ses lèvres, et il laisse le bouquet en attente sur la petite table-basse à l’entrée qui lui sert de débarras. Son chat sent la présence de ces fleurs, alors il bondit avec agilité pour monter sur le meuble, et renifle doucement cet amas de végétation. «Touches pas à ça, Sans.» Oh, il peut y toucher s’il veut, ce connard de chat. De toutes façons, ce n’est pas à lui, ni pour lui. Faudrait vraiment être con pour offrir des fleurs à Shura. Sans prêter attention au félin, le slave était allé se préparer à la va-vite. Plus tôt il se sera débarassé de ce bouquet, mieux ce sera. Et puis, il fallait voir le bon côté des choses, cela allait lui permettre de sortir un peu. Il ne met pas souvent le nez dehors en ce moment. Le courage de s’habiller convenablement n’était pas présent, alors il s’était contenté de boucler sa ceinture sans vérifier si l’intégralité de sa chemise était rentrée dans son pantalon. Un baillement à s’en décrocher la mâchoire, et il avait enfilé sa veste où tout ce dont il a besoin une fois dehors résidait. Bouquet calé sous le bras, une main dans sa proche, le russe avait foutu un coup de pied vers l’arrière pour fermer sa porte alors que ses yeux étaient rivés sur son téléphone pour voir s’il y avait du nouveau. Pas grand chose, il allait devoir descendre ce soir aussi car il avait rendez-vous avec le gamin. Quand est-ce qu’ils ont conclu un rendez-vous d’ailleurs. Oh, puis tant pis. Une fois verrouillée, il avait laissé son appartement derrière lui, direction le cimetière avec une cigarette fumante coincée entre ses lèvres.

C’est pas la porte à côté à pied, et hors de question de gagner du temps en trichant un peu. Surtout en plein jour. Il avait fallu attendre une bonne demi-heure avant que Kochtcheï n’atteigne le cimetière. Il y avait du monde d’ailleurs, c’était assez impressionnant. Bof, il peut attendre. Puis ça l’arrange si ça peut lui permettre d’éviter de croiser ce putain d’Egerton en s’assurant qu’il n’y a plus personne. Adossé au mur, à l’entrée du cimetière, il jetait de temps en temps un coup d’oeil à la cérémonie. C’était long... Shura n’a jamais assisté à un enterrement, mais il ne s’attendait pas vraiment à ce que ça traîne à ce point en longueur. Levant les yeux au ciel, le russe avait de nouveau sortit son portable pour combler les minutes d’attentes. Soit en relisant des conversations qu’il n’aurait pas été capable de décrypté défoncé, soit en jouant tout simplement à des jeux à la con. Une dernière taff, et c’était enfin fini. Le cimetière se vidait, et Shura pouvait à son tour y entrer. Il avait la sale impression d’avoir pris son ticket, et de quitter enfin la salle d’attente. Oswald, Oswald, Oswald, où est-ce qu’il l’avait enterré ce con ? Les mains dans ses poches, il cherchait dans les allées, jusqu’à trouver les deux O’Neill côte-à-côté. Oh merde, quel coup de pute du destin. C’est moche de voir le père et le fils enterrés l’un à côté de l’autre avec seulement trois jours d’écarts sur leurs dates de décès. En silence, Shura peste et jette le bouquet sur la tombe. Comment ? Comment on peut être aussi faible ? Cela l’écoeurt au plus au point, parce qu’il ressent un peu de tristesse. Pour se consoler, il ne peut s’empêcher de l’insulter de tous les noms dans son esprit. Comme si cela allait l’aider à passer sa frustration. Sa fille s’est tirée avant qu’il ne l’a connaisse, est-ce qu’il allait se tirer une balle pour autant s’il apprend qu’elle est morte ? Alors, ça va peut-être paraître cruelle, mais non. Non pas qu’il s’en fout d’elle, mais il a des objectifs à remplir. Sous l’impulsion de la colère, le russe détourne la tête, et c’est là qu’il te voit. Il te reconnait, il t’a vu dans cette mêlée d’endeuillée. Alors il déglutit, s’en voulant presque d’avoir troubler ton silence. Hm, que faire ? Demi-tour, et aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs, ce n’est pas une mauvaise idée. Seulement voilà, c’est comme si ses pas avaient décidé de faire tout l’inverse. Eh merde. Bon bah, y a plus qu’à. Sans dire un mot, ni même une politesse pour t’aborder, il s’était contenté de te présenter vaguement son pardon pour ta perte avant de te tendre son paquet de cigarette. Les clopes, c’est la solution à tout. Encore que, tu pouvais t’estimer heureux : elles n’étaient pas blindées en THC comme il avait l’habitude de s’en faire à l’appartement. Une fois que tu t’es servit, il avait rangé son précieux dans sa poche interne, ne prononçant aucuns mots dans l’immédiat. Cela fait longtemps? En guise de première réponse, Shura avait simplement hausser les épaules. Il n’en savait rien, et il avait presque envie de te renvoyer à sa plaque pour que tu es ta réponse. Mais bon, l’endroit et l’ambiance ne se prêtent pas vraiment à envoyer chier les gens gratuitement -ce qui aurait été totalement contradictoire avec sa main tendue un peu plus tôt-. «Trois semaines, un plus même. J’en sais rien, je le connaissais pas plus que ça. C’était juste mon voisin d’au-dessus. Ça parait tellement vide, c’était pourtant pas l’genre de gars à se faire remarquer...»
Enfin une véritable réponse, et son mégot quitte ses lèvres quelques instants, le temps de retirer la cendre qui s’est accumulée au bout. Puis, il regarde la tombe devant laquelle tu étais prostré, lisant les inscriptions dessus. «Tu t’entendais bien avec ?» Inutile de demander si ça faisait longtemps, il avait encore suffisamment de mémoire pour ne pas oublier la cérémonie cinq minutes plus tôt, tout comme il n’était pas aveugle, et qu’il avait bien remarquer que de ton entourage, tu étais un des rares qui n’avaient pas pleuré, mais trop jeune pour que ça soit ton frère et ta belle-soeur. Ou l’inverse.

(c) SIAL ; icons chrysalis


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SirèneTriton
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Shura & Ambrose

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La volatilité des instants. J’en arrivais toujours à ce fait-là. À quel point la vie était faite de moments qui s’envolaient au gré du temps qui passe. À quel point, ce qui pouvait paraître important à un moment donné, se fanait, comme s’il n’avait jamais fait partie du paysage. À l’image de cette procession qui avait pris fin. De cet enterrement que je contemplais du plus profond de mon âme, là où j’étais certain que personne ne pourrait me toucher. Et c’est là que la vie s’amuse, t’amenant jusqu’à moi avec une légèreté non feinte. Et c’était bon. Bordel que c’était agréable que de me retrouver auprès de toi, simplement car t’étais un inconnu! T’avais pas l’air de m’avoir vu dans les journaux. T’avais l’air d’en avoir rien à faire de ce que je venais de vivre ou de qui je pouvais être. Et j’adorai ça. Alors ta réponse, aussi évasive fut-elle concernant ton lien avec ce voisin pour qui t’avait balancé tes fleurs, je m’en foutais royalement. Je m’en foutais, car ce n’était pas ça l’importance dans ce moment qu’on partageait. Et à dire vrai, je me rendais encore compte à quel point il n’y avait rien qui ne le soit réellement. Illusions. Je crois qu’au final la vie ce n’était que ça. Une pièce où on évoluait tous, où on souffrait tous et où certains cherchaient le bonheur à travers le fric, le sexe, la drogue. Et puis?

Quand mon regard se reporta sur toi, c’était suite à ta question. D’un coup j’avais le goût d’en savoir plus sur ton décédé à toi. Pourquoi avoir mentionné qu’il n’était pas du genre à se faire remarquer? Mais cela aurait été détourné la conversation. Cela n’aurait pas été fairplay quelque part. La fumée se glissait entre mes lèvres avec une douceur qu’aucun baiser ne pourrait remplacer. C’était doux, funeste, et on touchait à la vie avec ça. Mon regard se reporta sur les tombes. “Pour s’entendre, encore faut-il se parler.” C’est vrai. Pouvais-je baser ma relation avec mes parents sur une histoire qui remonte à des années? Devais-je encore leur en vouloir pour ne pas avoir cherché à me comprendre? Pour leur rigidité à mon égard? Pour ce traditionalisme qui était le propre de ceux de mon espèce? Je ne pouvais te parler de tout ça. Et puis je n’en avais pas envie. “Mais aux dernières nouvelles, non. On était en froid. Ma sœur n’a pas arrêté de me le rappeler…” Il ne faudrait surtout pas que je lui fasse de l’ombre pour l’héritage. Comme si j’en avais quelque chose à faire de tout ce fric?! C’était ça qu’ils n’avaient pas voulu comprendre. On était parti du mauvais pied, mais on aurait pu réapprendre à marcher ensemble. J’en avais été naïvement convaincu. Moi qui me targuais d’être un enfoiré de première, leur mort venait soulever trop de questionnements que chaque bouffée de clopes venaient enterrer en mon cœur plus profondément.

“Pourquoi t’es venu déposer des fleurs...s’il ne représentait rien pour toi?” Je n’avais rien de plus à dire sur les morts. Sans doute que j’aurai besoin de boire avant de me mettre à peindre, car c’est ainsi que j’exorcisais la douleur. Sans doute que ma sœur débarquerait alors pour me faire des remontrances et me rappeler que je n’avais pas ma place parmi eux. J’étais le fils indigne après tout, même si les journalistes m’adoraient car j’avais su me refaire tout seul. Peut-être que je devrais penser à ajouter une femme, ou même un homme à l’équation, histoire de choquer davantage ma sœur, faire encore plus scandale...et quoi? C’est là que le bat blesse. Et rien. Le vide. Le néant, où j’entendrais ce qui creuse en moi depuis trop longtemps maintenant. Une solitude torride. Mais je m’égarais. Et ton regard d’une clarté nébuleuse me permit de me centrer. “J’ai l’impression que chez toi aussi, ce n’est pas aussi simple que les apparences ne le laissent paraître, pas vrai?” Je balançais le mégot à même la terre fraîchement retournée. Je n’avais aucun respect. Je n’en avais pas envers les morts. Mais je savais à quel point j’en avais eu de leur vivant. Même s’ils m’avaient détestés.

Mes mains se retrouvèrent dans les poches de mes pantalons, faisant remonter ma veste. “Ça te dit qu’on marche un peu?” Je n’attendais pas ton aval. J’avais juste envie de changer d’air. Juste envie que mon garde du corps ne m’ait plus à l’oeil, chose assez difficile car je remarquais qu’il commençait à nous suivre à distance. J’aurai pu lui dire de n’en rien faire, mais au final je m’en moquais. Si tu venais à ne pas me suivre, ça ne changerait rien non plus. Quand la solitude a déjà mordillé tes pas, tu sais qu’elle s'est déjà installée. Et ce n’est pas un mal. Au contraire, elle m’a toujours inspirée mes plus belles toiles.



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