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SirèneTritonstaff
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Tell me I'm right and let the sun rain down on me

La routine avait commencé à s'installer. On la trouvait rapidement monotone, abrutissante, handicapante. Mais c'était un mal pour un bien, de toute manière, tous ceux qui devaient la subir l'avaient, par définition, amplement mérité. Y compris toi. Surtout toi. Une routine qui pourrait rapidement te rendre fou, c'était presque un fait certain. Tu n'avais jamais été fait pour l'enfermement, pour la mise en cage. Toujours eu ce besoin d'air, se besoin de courir pour ne pas suffoquer, de suer jusqu'à ce que la fatigue te fasse oublier tes obligations, te perdre dans les montagnes rocheuses ou dans la forêt luxuriante. Mais pas l'enfermement entre quatre murs et des barreaux. Aucune intimité, une propreté toute relative et beaucoup trop de temps pour penser à tout ce que tu avais pu faire. Tu aurais pu trouver la paix, avoir l'occasion de faire ton deuil proprement, d'assumer ta culpabilité pour arriver à l'atténuer un peu. Mais le fait est que tu n'as aucune idée de comment ça marche. Tu te haïras toujours plus que tu ne hais les autres parce que même Alexis n'a jamais su t'expliquer comment il était possible d'aimer quelqu'un comme toi. La seule conclusion qui t'es venue depuis que tu es ici, c'est bien que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Et de celles-ci, t'en as eu à la pelle, toutes ayant mené au malheur. Une vie pleine de cadavres, quelques fois de ta main, d'autres fois de celles de tes proches, il faudrait que tu te rachètes de toute ton existence pour avoir le droit ne serait-ce que de t'exprimer sur le sujet. Vingt-sept ans et seize ans à effacer. Seize ans à oublier pour reconstruire ta personnalité. Appelle ça un défi impossible, et si tant est que tu le fasses, il est plutôt rare que la prison rende les gens meilleurs... Et tu es bien placé pour savoir que le pire, dans ton cas, n'est pas vraiment souhaitable.

Tu te contentes seulement d'espérer que le temps fasse son œuvre. Que ta famille pardonne ce que tu as bien pu faire, mais pas seulement. Qu'au fond, tu finisses par te pardonner, au lieu d'éviter de regarder ton reflet dans le miroir par peur de vouloir le briser. Pour le moment, t'es là où tu dois être. Non pas que tu aimes spécialement ça, mais ce n'est pas fait pour ton plaisir. Si tu dois y rester dix ans, c'est ainsi que ça se passera, parce qu'il le faut. Tu le savais bien, que tenter de réparer ses erreurs, faire la bonne chose, ce ne serait pas une partie de plaisir, ce ne serait pas simple, ce ne serait pas gratifiant. C'est douloureux, c'est dur, mais t'es intimement convaincu que si t'arrives à passer cette épreuve, tu pourras tout affronter, y compris l'enfant qui restera dix ans sans père.

Tu t'es légèrement perdu dans tes pensées, alors que tu attends ton visiteur. Tu n'en as qu'un aujourd'hui, et tu t'attends à voir ta meilleure amie passer la porte. Elle ne manque jamais un rendez-vous, même si tu te demandes combien de temps cela mettra pour qu'ils s'espacent jusqu'à disparaître. Non pas que tu ne lui fasses pas confiance, mais tu ne te fais pas réellement confiance à toi-même et à ce que la prison pourrait changer en toi. Bien trop facilement modelable pour ton propre bien, Castiel. Mais ce n'est pas Alexis que tu vois arriver face à toi et s'installer sur la chaise la plus proche. Ni Alexis, ni Anthéa, ni Hécate. Ni même Joshua. Tu te raidis, face à l'homme qui te fixe. « Egerton.» Tu sais bien pourquoi il est là. Il faut dire que vos relations n'étaient pas assez cordiales pour qu'il ait la pulsion de venir lui tenir compagnie. C'était même tout l'inverse. « Je suppose que ce n'est pas une visite de courtoisie.» Tu serais presque heureux de le savoir enfermé, si c'était toi à sa place maintenant. Tu serres les dents. On ne peut pas dire que ce soit réellement une surprise, en vérité. Tout ce que tu as fait, avant d'être enfermé, c'était de t'assurer que tous ceux à qui tu avais fait du tort finissent par le savoir. Pour ce qui était le cas Egerton … Disons que tu ne regrettais pas le fond, mais plutôt la forme du cadeau que tu lui avais laissé. Tu lances un petit regard au garde qui se trouve à quelques pas. « Comment va Charlotte ?» Tu ne peux pas ouvertement parler du corps de Charlotte. Un élan de culpabilité, peut-être, doubler ta peine pour celle que ton père a baisé et mis en cloque, c'était déjà un peu moins dans l'objectif du jour.

Le pire dans toute cette histoire, c'est que tout te semblait logique, à cette époque. La découverte du secret le plus tabou de Gidéon, la rage, couplée au dégoût que tu ressentais envers l'espèce féerique et l'envie de l'éliminer de la surface de la Terre. Les moyens de Oaks Pharma mis à ta disposition sans que le père ne soit mis au courant et une vengeance à accomplir. La coupable s'était bien vite retrouvée avec des chaînes autour de la gorge, des poignets et des chevilles, dans un laboratoire qui serait, somme toute, sa dernière demeure, sans que tu y penses plus que ça une fois sorti du complexe. Le remède miracle contre l'espèce détestée n'avait jamais été trouvé, et tu avais abandonné les recherches en les gardant comme prétexte pour la faire souffrir, encore et encore alors que tu ne pouvais t'enlever l'image de l'impensable de l'esprit.

Puis tout était devenu plus clair. Anthéa, Margot, Nathan. T'étais sorti de ta rage et t'avais regardé autour de toi. Le corps de Charlotte déposé sur une table dans le laboratoire de Basil dans le bunker des Dux Tenebris. Comme une excuse ou une explication. Peut-être un peu des deux.


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Féestaff
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Tell me I'm right and let the sun rain down on me

On aurait difficilement pu croire que tu aurais mis un jour le pied dans l’enceinte d’une prison pour une autre raison que celle de payer tes méfaits. Combien de meurtres avais-tu sur la conscience – sept, huit ? Peut-être plus encore, et c’était sans compter la pléthore de circonstances aggravantes ; en réalité, tu avais la conscience immaculée puisque tu ne ressentais de culpabilité pour aucun de tes crimes, mais cela ne changeait rien qu’en entrant ici, tu aurais dû ne jamais plus revoir la lumière du jour. Sauf que tu allais et marchais librement, et on te souhaitait le bonjour sans jamais penser à te mettre les menottes. Pire, ou plus jubilatoire encore : tu étais hors cause et insoupçonné, là où Castiel en était rendu à croupir en cellule.

Tu n’as pas compris d’où cela venait tant ça t’a paru soudain. Vous aviez encore de belles querelles devant vous, et comme du jour au lendemain, ta Némésis s’était évaporée pour toujours. Tu aurais dû te douter sans doute que les choses allaient changer à Bray lorsque le nom de Nathan a resurgi des limbes pour habiller la stèle des Ò Murchù. Tu aurais dû te douter que ce nom allait être traîné dans la boue une fois encore, ils faisaient si peu cas d’être une famille fréquentable. Et pourtant, pourtant c’était d’abord au père que tu pensais en entendant ce mot : meurtrier. Il suffisait de lire la fermeture entre les plis figés du visage de l’homme ; tu y lisais au travers du regard de ta mère, à cela près que le tien était un peu plus flatteur. Pourtant cela aussi, tu l’avais toujours su – que son fils était de la mauvaise graine.
Tu ne t’étais pas attendu à entendre les sirènes de police jusque dans ton cimetière, ce jour fameux. Tu ne t’étais pas attendu à ce qu’il se fasse embarquer, justement quand vous aviez tant de choses à vous dire, après ta rencontre avec Emily. Mais il y avait eu plus surprenant encore : un petit cadeau immobile qui patientait sagement pour ta venue. Là, sur ton plan de travail, dans ton laboratoire, au QG des Dux Tenebris. Charlotte. Charlotte. Le nom avait écrasé toutes tes pensées, et tu étais resté planté là, trop déstabilisé pour réagir, oscillant entre la colère, la stupéfaction, et l’envie d’éclater de rire à en mourir sur place. C’était Castiel. Depuis le début, c’était lui. Une fois encore, tu aurais misé sur son père, mais ça avait toujours été Castiel.

Comme elle était abîmée, comme elle était rendue laide. Deux ans de torture, et cela faisait plus longtemps encore que tu ne l’avais pas regardée en face. Tu ne la reconnaissais même plus, ou vaguement, assez pour trouver plus répugnante encore sa carcasse, et te moquer de son sort avec le soulagement d’en avoir terminé avec ce pénible contretemps. Tu étais heureux de la voir, heureux d’avoir fini. Il était temps Castiel, il était plus que temps qu’on en finisse. Il n’y était pas allé de main morte – seigneur, ce qu’elle avait du souffrir, mais cela tu n'y pensais pas une seconde. Tu n’arrivais même plus à lui en vouloir, alors quoi s’il l’avait séquestrée, c’était son problème s’il avait voulu s’infliger une présence que tu ne supportais plus toi-même. Depuis que tu connaissais ses raisons, tu avais beaucoup de mal à lui donner tort.

Mais tu avais besoin de savoir certaines choses, et tu avais envie de cette confrontation, de ce face à face, à présent que tu avais des certitudes. On t’a ouvert la porte du parloir – la réaction ne se fit pas attendre de l’autre côté. Egerton. Tu avais souri, presque par réflexe, il faut dire qu’il ne devait pas être particulièrement ravi de te voir. De toutes les visites qu’il avait reçu, tu te doutais d’être une des pires. Les mains dans les poches de pantalon de ton impeccable costume, tu t’étais assis tranquillement en face de lui. Je suppose que ce n’est pas une visite de courtoisie. Il pouvait bien l’appeler comme il voulait, restait à savoir si vous parviendrez ou non à rester courtois. « Tu as l’air en forme. » Bien sûr que non, il suffisait de comparer son allure à la tienne – et son hygiène. Pas très frais, ce poisson.

Il lance un regard au garde – est-il nerveux de ce que tu pourrais dire ? Les tabous n’étaient pas ton fort. Il prend des nouvelles de Charlotte, mais que pourrais-tu bien lui dire d’autre. « Elle est morte. » Tu as soupiré, levant les sourcils pour imiter la peine, mais tu ne faisais pas l’effort de bien le jouer. Quelle tragédie, je suis désolé. Ça, c’était la petite voix dans ta tête, qui s’appliquait à imiter la voix de Castiel. C’était de la pure comédie. « Elle a eu ce qu’elle méritait. » Je ne sais pas ce que tu espérais, mais ce n’était certainement pas pour le décharger de sa culpabilité. Tout simplement parce que tu ne pouvais pas même envisager qu’il le regrette, et que tu ne désirais pas particulièrement que ce soit le cas. En fait, tu aurais trouvé ça décevant de sa part. Mais tu n’étais pas là pour prendre ses excuses, des excuses qui de toute façon ne la ramèneraient pas.
Tu croises les jambes, appuyant ton dos au dossier de la chaise, prenant tes aises. Vous alliez peut-être en avoir pour un moment, alors autant que tu t’installes – tu avais même commencé à détacher ta veste. « Bien sûr, j’aurais aimé un récit détaillé et imagé de ce qui lui est arrivé, mais j’imagine que c’est compromis. » Tu marques une pause, tu veux en venir au vif du sujet : ta première question. « J’ai appris tes raisons. Ce que je ne comprends pas, c’est comment tu l’as su. » Un silence encore, un froncement de sourcils, une pression du pouce sur ta bouche, une autre question. « Et pourquoi pas les enfants ? » Oui Castiel, explique-toi : pourquoi assassiner ton propre frère et torturer sa sœur, mais ne pas lever la main sur deux enfants qui n’auraient pas dû naître ? Vraiment, quelle idée de n’être un connard qu’à moitié. Tu devrais le lui expliquer, à lui qui est un connard tout à fait.


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Le souvenir le plus frappant de Charlotte était sans doute celui de ses derniers instants. En trois ans, il est sans doute possible que ce soit véritablement la seule fois où tu l'aies réellement regardée, réellement approchée. Lors de son enlèvement, bien sûr, mais tu étais bien trop obnubilé par ta vengeance, la victoire dérisoire sur l'affront qu'elle avait commis. Mais lorsque tu es entré dans la chambre qui lui servait de cellule, plus agréable que la tienne, mais pas de beaucoup, plus immaculée, seulement, tu savais ce que tu allais affronter. Trois ans à ne regarder que d'un œil, l'autre porté sur tes notes, tes estimations, tes feuilles de test. Tu as vu sa dégradation, tu as juste choisi de l'ignorer. Mais ce jour-là, alors que tu savais qu'il était tant d'y mettre fin, tu as pris le temps, silencieux, de l'observer. Elle en était réduite à ne plus pouvoir bouger, prostrée dans un coin, la tête contre le mur, blessée jusqu'au fond du corps, la peau couverte d'hématomes dus aux piqûres, d'entailles propres mais qui ne cicatrisaient pas et presque aussi blanche qu'un cadavre. Tu as eu de la pitié pour la fée. La rage atténuée, tu t'es demandé ce qui t'avais mené à oublier qu'avant tout, elle était humaine. Une mort si ce n'était douce, rapide, aurait largement suffi. C'était pour cela que tu t'étais aventuré jusqu'à cette salle, où tu n'avais jamais mis les pieds, comme le bourreau beaucoup trop en retard. Elle avait pris toute la rancoeur que tu avais contre ton père que tu n'avouais pas, elle avait pris tout ce que tu ne pouvais pas t'infliger. Tu t'étais arrêté à la porte pour l'observer sous toutes les coutures, puis tu t'étais approché. Une excuse murmurée alors qu'elle avait frissonné sans pouvoir faire autre chose que tenter de s'accrocher au mur quand son regard paniqué avait croisé le tien. Tu t'en souviendrais sans doute toute ta vie. L'acte le plus ignoble que tu aies pu accomplir, c'était bien Charlotte. Pas Nathan, pas quand on enlevait l'allure personnelle de la chose, parce que c'était bien un accident. Pas les métamorphes que tu avais sacrifié pour ta vengeance. Parce que pour aucun, tu n'as fait durer plus que nécessaire. Aucun de ces morts ne t'a plu. Mais la torturer, ça avait été un plaisir malsain que tu ressentais encore en la regardant. Tu te rappelles t'être agenouillée devant elle et d'avoir tiré avec l'arme que tu tenais dans la main, le mur blanc derrière elle virant à l'écarlate. Le souvenir de ce moment est ancré au plus profond dans ton esprit et en comparaison, la suite te semblait clairement plus floue. Tu l'avais récupérée, t'étais assuré que l'on s'occupe de fermer le laboratoire puis t'étais rendu au bunker. La veille de l'enterrement. Sans doute te doutais-tu que tu ne resterais pas longtemps en liberté. Et tu ne pouvais décemment pas laisser ce chapitre de ta vie ouvert sans savoir exactement quand tu aurais la possibilité de le refermer.

Si tu t'attendais à ce que Basil vienne te rendre visite ? Bien entendu. Tu t'attendais à le voir et paradoxalement tu étais étonné. De ce que tu imaginais de la personne, que tu rendais volontairement ignoble dans ton esprit, tu l'aurais plutôt vu tentant de se venger, pas venir te taper la discute dans le parloir, un lieu public où, clairement, il ne pouvait rien faire – et toi non plus … Surtout toi. Mais tu te doutais bien que quelque part, sa vengeance il l'avait eue, même si tu n'en avais jamais eu confirmation. Tu souris sans chaleur, sans répondre. Tu savais bien de quoi tu avais l'air, mais ce n'était pas comme si tu pouvais y faire quelque chose. Hors de question de dormir mieux, au cas où l'un de tes co-détenus décidaient de te trancher la gorge dans ton sommeil, et tu ne pouvais pas t'inventer des conditions d'hygiène plus faciles. En triton que tu étais, les douches étaient hors d'atteinte, tu faisais donc avec les moyens du bord. Toi toujours tiré à quatre épingles, tu souffrais presque plus de ce manque que de ta liberté.

Mais ce n'était pas ce sujet qui importait. C'était bien celui de Charlotte. Tu hausses les sourcils presque automatiquement lorsqu'il t'annonce sa mort. Tu dois bien donner le change à son air faussement triste. Il est sûr qu'il ne cache pas très bien ses émotions, si ce n'est le fait qu'il n'en ait pas du tout l'intention. «  Toutes mes condoléances. » Le manque de compassion était presque drôle, si on y enlevait le contexte. Tu acquiesces cependant. «  Pas à ce point, sans doute, mais oui, elle le méritait. » Sa mort n'était pas remise en doute, même encore aujourd'hui, quand tu y repenses, tu n'éprouves que du dégoût pour cette femme. Mais tu aurais pu être clément. La faire partir vite, éviter de la laisser deux ans enfermée, éviter de la faire souffrir comme tu l'as fait. C'était juste de la cruauté à l'état pur. Dangereux de voir à quel point tu en étais indifférent.

Ton visage demeure impassible face à Basil, alors que tu te questionnes vraiment sur lui. Il t'intrigue, il faut le dire. Abject et indécent, mais aussi grandement intelligent, tu le sais. A se demander ce qu'il se passe dans son esprit pour que les réactions habituelles ne sont jamais celles qu'il avait. Sans prendre de risque, tu hausses les épaules. «  Je suppose que personne n'a pensé à prendre sa mort en vidéo. » Sa mort non. Et tu espérais que tous les enregistrements des séances de torture – ou de recherches, appellation différente pour la même chose – aient été détruits comme tu en avais donné l'ordre. Tu soupires. Tu sens que ça risque d'être long, très long. «  La nouvelle a dû ébranler mon père plus que d'ordinaire puisqu'il a oublié de détruire la lettre qui le lui annonçait. Il faut croire que Charlotte n'était pas très douée pour garder un secret non plus. Enfin … Je suppose qu'elle n'aura plus ce problème maintenant.» Un froncement de sourcil alors que tu remarques la curiosité autrement plus présente que n'importe quel autre pulsion. Tu pensais que tu aurais à faire à quelqu'un en colère. Il aurait eu tous les droits de l'être. Mais non, c'était même tout l'inverse. «  Tu avais l'air de l'aimer ta sœur. » Les rôles auraient été inversés qu'il serait déjà mort pour oser toucher un cheveu de ta fratrie. «  Et toi ? Comment tu l'as su ? » Tu n'avais pas vraiment mis une étiquette avec ton nom sur le corps de sa sœur, et personne ne pouvait te relier au meurtre … Excepté ceux qui connaissaient les travers de Gidéon. Du moins celui-ci. Et peu de personnes pouvaient entrer dans cette case. «  Si vous voulez garder des bâtards dans votre famille, ça vous regarde. En ce qui me concerne, la fautive a été punie.» Sans compter que tu n'étais pas assez aveuglé, même à l'époque, pour prendre la vie d'enfants innocents par pure vendetta contre leur mère. Supprimer la mauvaise graine pouvait paraître tentant, mais ce n'était pas ta façon de procéder. Quelque part, tu te demandais même si ton père n'allait pas s'en charger lui même mais apparemment, il ne tuait que les enfants de Maryan.

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Il n’était pas surpris de te voir. Il n’avait pas de raison de l’être : cette histoire avait pris la poussière, mais cela faisait deux ans que tu n’avais pas relâché ta surveillance. Deux ans que tu lui courais après, que tu tournais autour des siens comme un vautour en quête de barbaque, que tu t’arrangeais pour te trouver présent aux moments les moins arrangeants, si tu le pouvais. Après tout le mal que tu t’étais donné, que tu leur avais donné pour apporter satisfaction à ta mère, quel genre d’être insignifiant tu aurais été si tu n’avais même pas fait l’effort de lui rendre visite ? Il n’avait pas laissé sa signature sur son acte bien sûr, une preuve aurait été trop accablante et tu te doutais qu’il ne voulait pas risquer la perpétuité. Tu ne le lui souhaitais pas, en passant – Bray sans Castiel avait un peu moins de saveur, ou que l’on te remette son corps au moins, que tu aies quelque chose à enterrer. Cela dit, il avait fait peu cas de laisser planer le mystère : trouver Charlotte le lendemain même de son incarcération suffisait amplement à te donner confirmation sur l’identité de ton homme. De toute façon, depuis le temps que tu collais les Ò Murchù, depuis le temps que tu étais déjà vengé, il n’y avait plus de doute à avoir – le cadavre alors n’avait plus de valeur que comme carton d’invitation.

L'hypocrisie plane, comme toujours entre vous, on en rirait. Il te présente ses condoléances sans la moindre conviction, et il y a de l’amusement dans ta façon de plisser les yeux, tu hésites même à le remercier comme une fausse politesse. Il était le premier responsable dans le destin tragique de ta sœur, il ne se repent même pas de son acte : elle méritait, Charlotte, elle aurait dû s’y attendre, après ce qu’elle avait fait. Pas à ce point, cependant, comme un remord qui voudrait quand même poindre et se glisser dans la conversation, mais ça ne semble pas t’intéresser beaucoup. Tu ne te soucies que des faits, de l’instant qui a modelé votre réalité – et vouloir s’en détacher après coup, c’est presque une marque de faiblesse qui ne sied pas à l’image que tu te fais de Castiel. D’ailleurs ni ses yeux ni son visage ne trahissent assez ce sentiment pour que tu sois capable de le lire : il est statique, tu pourrais aussi bien ne pas être là. Mais tu avais toute son attention pourtant : il n’était pas ailleurs, à divaguer, à faire autre chose, à te faire sortir. Il s'était résolu à t'entendre et était aussi présent qu'il aurait pu l'être.
Tu n’avais pas sincèrement espéré qu’il te raconte ces années trop longues passées avec elle. Tu en avais le désir brûlant, mais le gardien à quelques pas a une valeur dissuasive suffisante, tant pour lui que pour toi. Pas de vidéo non plus, tu t’y étais attendu aussi, mais à tes yeux ce n’était pas aussi intéressant. Tu avais ce besoin d’authenticité et d'implication : comme lorsque Sirius te montrait ses clichés uniques, ceux-là qui te laissaient de marbre parce qu’ils étaient en deux dimensions, alors que tu l’écoutais parler de la séance qui s’y rapportait avec une attention toute décuplée. Tu voulais la voir et la sentir, cette passion - d’ailleurs à choisir, tu aurais presque préféré y assister, mais tu pouvais comprendre que Castiel n’en ait pas forcément eu l’idée. Toi-même, tu n’étais pas certain de la façon dont tu aurais réagi devant le spectacle, tu sous-estimais beaucoup les émotions que tu étais en mesure d'éprouver dans un cas si particulier.

Et puis le sujet change, il répond à ta question et t’explique de quelle façon il a appris la paternité de tes neveux. Une histoire bête comme chou, un concours de circonstances : Charlotte avait voulu le dire à Gideon, et lui était tombé par hasard sur la correspondance. A quoi pensait-elle, annoncer à cette famille qu’elle avait une descendance féerique ? Tu t’es mis à rire, brièvement mais fort : « Mais quelle conne ! », et c’était un peu désinhibé de ta part ma foi. Charlotte avait sans doute trop de bonté, une tendance à voir le bien chez les autres et à vouloir pardonner – quelque chose que vous aviez du mal à comprendre par chez toi, et qui ne collait pas très bien au monde dans lequel vous viviez. Tu avais l’air de l’aimer, ta sœur. Pour une fois que tu comprends le second degré. Tu as encore le sourire sur les lèvres lorsque tu te mets à hocher la tête avec quelque chose comme de la désapprobation : « Ce n’était pas vraiment ma préférée. » Et tu n’étais pas le seul puisque sinon peut-être à son mari, cela faisait un moment qu'elle ne manquait plus à personne.
Mais plus intéressant (tout est relatif), il te retourne la question. A l'évidence, tu n'avais appris la chose que récemment, mais tu n'aurais pu le deviner tout seul. Charlotte aurait pu t'en parler, après tout elle était ta sœur - mais là où elle était rendue, c'était peu plausible, et c'était oublier la force des tensions familiales qui l'avaient repoussée jusqu'à Bray. « J’ai reçu une visite il y a de cela quelques jours. Elle avait… vu quelques petites choses intéressantes, j’ai démêlé le reste. J’aurais aimé qu’elle n’ait pas tant tardé à venir à ma rencontre. » C’est une question qui resterait sans réponse : que se serait-il passé si tu l’avais su à temps, si tu avais réagi plus tôt ? Mais il était bien trop tard pour mener l’expérience.
A ta seconde question, la réponse apportée est plus que satisfaisante. La fautive a été punie, les enfants étaient hors cause. Et cela te retirait au moins une préoccupation de la conscience, puisque tu t’étais donné pour règle, entre autre, d’assurer leur protection. A présent, plus rien ne t’attachait à Bray – et comme tout le monde, tu te plaisais bien mieux dans une activité lorsque tu n’avais plus ce sentiment d’obligation. Plus d’attache : te voilà un homme libre, avec les dérives qui l'accompagnent. Faites ce que vous voulez de vos bâtards, mais les leurs alors, qu’en font-ils ? Puisqu’entre vos deux familles, il fallait en compter trois, et si Charlotte était fautive de deux d’entre eux, le dernier vous le deviez autant à Phoebe qu’à toi. « Et le vôtre, de bâtard, qu’est-ce que tu en fais ? » Tu l’avais demandé avec désinvolture et trop naturellement. Ce n’était pas ton fils, tu le leur laissais volontiers – et tu te souciais peu de l’appeler bâtard, puisqu’après tout, c’est justement ce qu’il était. Comment s’appelait-il déjà ?

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SirèneTritonstaff
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Tu aurais pu tourner les talons dès la vue de la tête rousse qui t’attendait. Dire que tu n’avais aucun désir de t’entretenir avec l’homme, que la conversation n’était de toute manière pas de celles que tu avais forcément envie d’avoir, et retourner dans ta cellule fixer le plafond. Mais tu n’as jamais vraiment été de ceux qui fuient leurs engagements. Tu aurais bien aimé, parfois, ça t’aurait évité un mariage casse-gueule et probablement ce qui t’as mené en prison en premier lieu. Mais non, tu n’as pas feint le malaise pour t’épargner la gêne de se retrouver face au frère de celle que tu as tué, de plein gré cette fois, sans que l’on t’y aies forcé de n’importe quelle façon, même indirecte. Charlotte, ça avait toujours été ta décision, sans doute est-ce pour ça que c’est encore plus complexe à avaler. Tu ne t’es jamais catégorisé comme une mauvaise personne. Le temps a fini par te prouver que tu étais loin d’en être une bonne, c’était un fait, mais si tu avais cru en la vie après la mort, sans doute te serais-tu vu du côté du paradis plutôt que celui de l’enfer. Puis il y avait eu Charlotte. La haine, véritable, implacable à la lecture de cette lettre. Contre ton père, c’était avéré, mais tu avais voulu le cacher, à défaut de pouvoir, ou bien vouloir s'élever contre lui, chose que tu n’avais jamais été capable de faire en vingt-six ans d’existence, c’était contre la pute qu’il avait engrossée que tu t’étais déchargé. Non pas parce que tu considères la femme comme le problème, la tentation et la perte, bien que cela n’aurait pas été choquant vu l’historique maternel, mais plutôt parce que depuis toujours, c’est ta famille puis les autres autour, qu’ils brûlent sans que tu n’en tienne compte. Ton concept de “famille” avait beau avoir évolué à la rencontre de ta meilleure amie, il n’en restait pas moins que le reste de l’univers pouvait bien mourir devant tes yeux tant que tu réussissais à la garder debout. C’était là tout le changement opéré lors de ta prise de conscience. Tu l’aurais découvert maintenant, sans doute que c’est Gidéon qui se serait pris le plus gros du revers de la médaille. Comme le signalait si bien Basil, Charlotte, elle, n’était qu’une conne. Juste bonne à enfanter, et encore pas vraiment avec la bonne personne. En un sens tu avais presque rendu service à l’humanité en évitant qu’elle n’en fasse plus encore que ce qu’elle avait déjà.

Alors tu te retrouvais face à Basil, pour le moment sans intention de te lever ni de partir. La vie dans le centre pénitentiaire pouvait, de toute manière, bien t’attendre, c’était presque comme si tu avais la possibilité de te reposer les yeux sans avoir peur que l’un de tes compatriotes ne t’attaque au milieu de la cour, ou même de la salle. Ton père s’était fait des ennemis, et toi aussi, il fallait bien l’admettre. Alors le Egerton était sans doute, aussi étrange que cela puisse paraître, le visage le plus sympathique et inoffensif que tu verrais aujourd’hui. Tu ris presque mais tu ne réponds rien à l’annonce de l’évidence. Charlotte était bien loin d’être aimée même au sein de sa propre fratrie, c’en était presque triste. Toi-même, tu avais une petite soeur plus inconsciente qu’intelligente et moins mature que ce que l’on aurait crû. Quand bien même, ce n’était pas pour ça que tu hausserais bonnement les épaules à l’annonce de sa mort.

Ce n’était pourtant pas ce qui t’intéressait. Basil savait qu’il était responsable, il n’avait pas seulement des doutes, ou alors il n’aurait pas fait l’effort de se déplacer jusqu’ici, dans des locaux sans propreté aucune et où la misère des visiteurs était presque plus insupportable que la gueule des prisonniers. Mais la réponse ne se fit pas attendre. La signification des mots du Egerton ne laissaient pas vraiment place à l’interprétation, l’accentuation sur le mot “ vu” encore moins. Soit il avait reçu l’aide d’une oracle, soit l’un de tes employés était une vilaine petite taupe. Vu le peu de personnes au courant du projet et toujours en vie, il était plutôt clair qu’il s’agissait de la première option. “ Tu sais t’entourer à ce que je vois. Mais fais attention, trop bavarde avec toi ne veut pas dire silencieuse avec les autres. Je suis comme persuadé ne pas être le seul à avoir des cadavres dans mon placard. “ Et quelque part ça t’intéresserait comme une simple curiosité de savoir de quoi sont faits les siens. Tu en as trop vu comme Conseiller mais encore pas assez pour tout comprendre, et c’est presque dommage que tu ne puisses pas y remédier avant la fin de ta peine. “ Mais soit dit en passant, je la plains. J’ai comme l’intuition que ce qui est arrivé à Charlotte depuis sa disparition n’a pas été très beau à observer pour un oeil extérieur. “ Tu te demandes brièvement si l’oracle en question a su démêler la torture de la recherche, parce que si les résultats n’ont pas été assez probants pour que tu en sois fier, le fait même que tu aies clairement drogué son cousin aurait pu l’alerter. Ou alors était-il beaucoup trop occupé, à l’époque, à te vouloir en dehors de sa maison pour remarquer l’état d’Alix, ce qui te conviendrait bien.

Mais c’était le début de la joute qui confirmait tes doutes et te faisait serrer les dents. Il n’était pas dur de savoir à qui Basil faisait référence. La plus naïve et en manque d’attention de tes soeurs revenue en cloque comme la plus irresponsable des gamines du peuple. Tu te doutais depuis longtemps de l’identité du père, depuis la naissance, peut être même avant, le refus de donner le nom de l’homme, même à toi, prouvait que tu devais forcément le connaître. Et puis la tête plus rousse que brune et les tâches de rousseur, on s’étonnait que tu ne sois pas l’oncle de l’année avec Ambrose. “ Pourquoi?” La question qui regroupait tout, pourquoi s’approcher de Phoebe? Pourquoi lui faire un enfant ? Pourquoi t’en parler maintenant alors que tu t’étais bien contenté longtemps de l’ignorance partielle et que taire tes doutes avait été si facile? Pour te prouver que ta famille était aussi pourrie que la sienne? “ T’approches pas de ma famille. “ Mais honnêtement, qu’est ce que tu pouvais bien faire contre, de là où tu étais ? Lui promettre que s’il cherchait à contacter son fils, ta soeur, ou même encore ta femme, savait-on jamais, tu finirais par te venger? Une menace avec dix ans de délai, c’est pas vraiment effrayant, Cas’. Pourtant le calme avait du mal à revenir, et ta voix, que tu contrôlais avec beaucoup trop d’efforts, finit par se taire, te laissant fermer les yeux pour tenter d’oublier l’évidence. Basil Egerton et toi, c’était loin d’être terminé, tant est que tu te demandes pas si c’est pas seulement le début.

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Féestaff
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Tell me I'm right and let the sun rain down on me

A bien des égards, Charlotte était la preuve vivante ou presque que la normalité d’un être dépendait tout à fait de son entourage. Vous, les Egerton, vous remplissiez presque des conditions de laboratoire. Tous des fortes têtes, tous d’inclination pathologique. Tu en étais peut-être le cas le plus exceptionnel, mais l’empathie n’était pas ce qu’il y avait de plus répandu dans ta lignée sanguine. L’amour et les bons sentiments n’avaient jamais trop attiré personne, et tu pensais – vous le pensiez tous – que les Ò Murchù avaient quelque part les même penchants. Des penchants dégénérés, mais à force d’y baigner, vous y voyiez la norme. Alors Charlotte, dans ce décor vicié, passait pour une écervelée naïve, niaise et mièvre, incapable du moindre bon sens. Elle était celle à se faire rejeter, à porter la faute, à vivre en reclus jusqu’à ce que sa mort tragique ne lui tombe au coin du nez. Dans un monde meilleur, elle aurait été une sainte, dénotant par sa miséricorde, sa douceur et sa générosité. Autant de mots qui par chez vous n’avaient pas le moindre sens. Facile alors de la faire passer pour moins que ce qu’elle était. Et il était fort à parier qu’elle manquerait davantage au reste du monde qu’à aucun d’entre vous.

Elle n’avait de valeur que comme objet à recouvrir. Tu avais de la chance d’ailleurs que Emily t’ait dévoilé toute sa vision avant de s’attarder sur le détail de ton manque de considération. Consternante, ta façon d’en parler avec surprise, passion, colère ou dégoût, mais sans jamais marquer la moindre tristesse ou inquiétude. Mais tu n’avais pas l’impression de l’avoir laissée partir avec des soupçons – à quel point tu avais tort. Tu avais même prévu de la recontacter au plus vite pour lui partager la bonne nouvelle. Mais tu avais tenu à visiter Castiel d’abord, tu voulais les réponses à tes questions, peut-être les lui partager. Tu ne te méfiais pas d’elle, tu la trouvais d’ailleurs très sympathique. Castiel semble plutôt t’inciter à la prudence, il te soupçonne d’avoir quelques crimes toi-même dans un revers de pantalon. Pour être honnête, ses soupçons t’étonnent bien moins que son conseil. Vous êtes hypocrites d’accord, mais au point d’être bienveillants ? Cela te tire une belle risette. « Le placard s’appelle un cercueil, et c’est un peu mon métier. » Un trait d’humour, un trait d’esprit, tout à la fois une manière de lui dire que tu as un alibi formidable voire peut-être plusieurs pour te tirer d’une affaire compliquée. Insouciant d’accord, mais non pas sans ressource, il aurait été dangereux de te sous-estimer.

Après le bon conseil, le trait de compassion. Voyons, Castiel, tu peux faire mieux que cela. Il la plaint pour ce qu’elle a pu voir, et tu n’as pas la moindre idée pourquoi. Tout à fait objectivement, tu trouvais enrichissant de constater à quel point les limites du corps humain pouvaient être repoussées. Et en toute honnêteté, tu trouvais presque surprenant que Charlotte ait su l’endurer si longtemps. Tu avais une tendance naturelle à la rabaisser en tout point, et cette prouesse avait de quoi te couper la langue. Tu n’avais pas de compassion pour Emily : tu l’enviais. Tu l’enviais comme tu aurais pu envier Charlotte, parce que l’idée d’être poussé aux portes de la mort et ramené à la vie t’excitait hors de toute mesure. Tu aurais aimé le voir, l’observer, l’écrire. Et pour ce passionnant apport, tu aurais appris à la trouver magnifique. D’ailleurs, force est de constater que tu n’as jamais trouvé Charlotte plus belle que couchée sur ta table d’autopsie. « Je pourrais lui poser la question. » Vraiment Basil ? Tu avais été capable d’interpréter si mal ce qu’il venait de dire ? Et l’on ose dire de Charlotte qu’elle était l’imbécile de ta famille ?

Et puis vous aviez parlé de bâtard, et d’Ambrose puisque c’était de bon ton. Tu avais été tout à fait franc et sans mauvaise intention, quand tu lui avais demandé ce qu’il en ferait. Tu étais même plutôt très curieux de savoir. Il était à eux, qu’ils en fassent ce qu’ils veulent : tu n’avais désiré que sa naissance, il ne revêtait pas beaucoup plus d’importance à tes yeux. Pourquoi ? te demande Castiel. Pourquoi quoi ? Pourquoi tu lui demandes ce qu’il veut en faire ? Tu hausses les sourcils d’un peu d’incompréhension, pris au dépourvu – après tout, tu étais celui qui posait la question. « Je ne comprends pas » réponds-tu honnêtement, massant machinalement ta mâchoire, cherchant à lire l’expression de son visage. Tu prends sa menace plutôt comme une demande. Tu crois qu’il y a malentendu, que le problème vient de lui, de votre échange, alors tu entreprends d’en démêler les ficelles, d’une façon ou d’une autre. « Je croyais que tu n’en voudrais pas. » L'idée que n'importe quel Ò Murchù accepte Ambrose dans ses rangs tout en sachant que tu étais le père te dépassait totalement. Mais peut-être qu'il avait cette - comment dit-on - "bienséance", la même qui avait épargné tes neveux.

Tu ne savais plus trop quoi penser, pour une fois que cela t’arrivait. Tu avais joint les mains, cherchant de quel côté crocher la conversation, ce que tu pouvais bien lui dire. Et puis ça t’a frappé, et tu as eu un autre de tes sourires, tu t’amusais un peu de la scène, tu te rendais à peine compte à quel point tu l’avais rendu hostile. « C’est assez drôle. Je veux dire, depuis le temps que le face-à-face nous guette, j’aurais tout de même pu prendre le temps de préparer mon texte. Je ne sais plus quoi dire, tu me déstabilises. » Et tu avais l’air de trouver ce point extrêmement positif, presque jubilatoire. « Je n’en veux pas à ta famille Castiel, si tu parles de Phoebe elle m’est tombée dans les bras. Et pour ne rien te cacher, ça aurait dû être pire. » Tu te réinstalles sur ton siège, comme un homme d’affaire de bonne humeur et tout prêt à négocier. « Ecoute, je devais récupérer Charlotte, je n’espérais rien de plus. Je me suis peut-être emporté, tu sais au fond je ne suis pas bien méchant. Je n'avais pas prévu que tu finirais incarcéré, je comprends que ça complique les choses, je ne sais pas comment ton père gère cette information. Mais je peux te rendre ce service, je peux t'en débarrasser, et cette fois nous serons quittes. Comme s'il ne s'était rien passé. » Est-ce que tu lui proposais d’assassiner son neveu avant même qu’il ait appris à dire maman ? Peut-être. Est-ce que tu le faisais avec décontraction comme si tu lui en accordais la faveur ? Tout à fait. Est-ce que tu faisais preuve d’une sorte d’embarras déplacé en cherchant éperdument une solution à vos problèmes relationnels ? C’était un peu loin dans l’interprétation, mais il y avait bien quelques signaux discrets qui le laissaient penser.

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SirèneTritonstaff
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La sincérité t’étouffes rarement, et cet échange est loin d’en être une exception. Si tu es persuadé que Basil a plus à cacher que n’importe quel membre de ta famille? Peut-être pas à ce point mais au moins autant. Si l’on peut retrouver de trop nombreuses différences entre les Egerton et les Ò Murchù, on peut aussi y voir des similitudes que tu préférerais passer sous silence. Mais personne n’atteint des sommets sans quelques sacrifices, concessions ou choix plus tactiques que émotionnels. Le fait est que par simple curiosité, tu visiterais bien quelques uns des squelettes nommés. On ne choisit jamais ce genre de métier par pur hasard, et c’est une question qui mériterait peut-être ton attention, si seulement tu en avais le temps et l’énergie. Non pas que le temps te manque, là où tu es, mais tu l’emploies surtout à tenter de survivre, dormir un minimum et ma foi pourquoi pas voir ce que tu as comme option pour espérer voir ton fils - ou ta fille même si cette option a du mal à te traverser l’esprit - grandir. Alors tu te contentes de sourire distraitement, toi qui pensait que Basil n’était aucunement capable d’humour. T’es loin de te dire que ça en finit là, tout simplement car tu ne vois pas le rouquin dire quoique ce soit sans but précis. Si tu peux parler trop pour en dire peu, il semble, quant à lui, mesurer exactement ses phrases pour en donner le plus utile. Ne pas parler pour ne rien dire et toujours peser ses mots. Mais tu n’insistes pas, te contentant de hausser les épaules. Tu sais bien que quelque part, peu importe la nature des cadavres, ils ne te concernent pas plus que la mort de ton frère ne le concerne lui. Sans doute était-ce pour ça que le sujet ne semblait pas vouloir être abordé, un manque d’intérêt certain. Tant mieux pour toi qui semble épuisé de devoir raconter encore et toujours la même histoire.

Mais Charlotte … Le sujet semblait le fasciner beaucoup plus qu’il ne l’attristait. Pas étonnant, en réalité, tu n’aurais jamais imaginé Basil Egerton proche de l’état de deuil réel. L’imaginer accablé par la perte semble presque faux dans ton esprit, et ce que tu vois en face de toi a, en quelque sorte, le mérite de te donner raison. Mais tu serais peut-être mal placé pour critiquer alors que tu as enterré beaucoup trop profond la mort de ton propre frère et que celle de ta mère ne t’a fait ni chaud ni froid. Seuls restent les survivants, mais sans doute que peu importe qui sera le prochain, tu en souffriras plus que n’importe quel autre venu avant. Mais le sujet s’était tari, à ton plus grand soulagement. Ou du moin une partie du sujet. Le moment où tu lui racontais avec détails ce que tu lui avais fait subir n’était pas encore arrivé, et sans doute que le garde y était pour beaucoup. Mais quelque part, tu en étais satisfait, revivre cette expérience est loin d’être ce que tu veux. Peur d’en faire des cauchemars ou d’avouer que ton manque d’empathie était loin d’être feint? Peut-être que tu auras à en dire le jour où tu sortiras, mais d’après ton avocat, tu avais le temps de voir venir, quelques années au minimum.

Mais tu aurais aimé que la mention d’Ambrose n’arrive jamais. Après avoir eu confirmation de l’identité réelle du père de l’enfant, tu te demandes brièvement si c’est pour cela que tu n’as jamais vraiment pu approcher ton neveu sans grimacer. Est-ce que ta part de pureté pouvait reconnaître un bâtard fée? Ou juste le pressentiment qui t’avait fait connaître bien avant aujourd’hui qui avait engrossé ta soeur? Parce que tu le savais, au fond. Et tu étais bien d’accord pour admettre que l’enfant n’avait rien à y voir, tant que tu ne devais rien avoir à voir avec l’enfant. “ C’est ta vision de la vengeance? Une vie pour une morte? C’est pour ça que t’es allé voir ma soeur?” Mais c’était un dialogue de sourd, quelque part, lui qui ne comprenait pas ta question, toi qui savait mieux que de le lui expliquer. Mais tu parlais plus pour toi-même que pour lui, perdu dans tes pensées. Je croyais que tu n’en voudrais pas. C’était triste à affirmer, mais bien entendu que tu n’en veux pas. Personne dans la famille n’en veut et sans doute que le fait qu’il soit élevé par une femme qui demeure encore beaucoup trop enfant n’y est pas étranger. Mais c’était la seule solution, n’est-ce pas? Hécate mariée et Niamh beaucoup trop caractérielle et méfiante vis à vis des Egerton, il ne restait que la version sirène de Charlotte à séduire. Un choix intelligent mais qui te laissait tout de même un goût amer dans la bouche.

T’as un espèce de dégoût qui pointe quand tu comprends avant qu’il ne le formule où il veut vraiment en venir, mais tu caches ça avec un petit rire, peut-être trop mal placé dans le contexte de la prison, mais nécessaire pour que ton cerveau ne vrille pas. Tu serais capable de lui cracher dessus juste pour qu’il se casse, mais à la place tu te décides de prendre sur toi. Je te déstabilise? Qu’est-ce que je devrais dire... “ Tu avais étrangement beaucoup de facilité à le croire, quand il disait que Phoebe lui était tombée dans les bras. C’est sans aucun doute la seule de la famille que tu protégerais surtout contre elle-même, notamment car même avec un enfant elle ne semble pas avoir grandi. Toujours bloquée dans une espèce de crise d’adolescence qui ne lui sied plus, elle aurait tout fait pour rendre son père colérique. Coucher avec un Egerton, c’était, somme toute, quelque chose qui aurait garanti le succès. Si seulement elle n’était pas tombée enceinte et avait dû le cacher, t’es presque sûr qu’elle en aurait été fière. “ C’est une enfant, bien sûr qu’elle t’es tombée dans les bras… Pire? Tu l’invites à partager ce qu’il entend par là, quand bien même tu sais que ça ne pourra pas t’apporter réellement d’apaisement. Qu’est ce qui pourrait bien être pire que de foutre son gosse dans ta famille? Puis là ça te frappe. T’as jamais été obligé d’aimer ce gamin, il est mal éduqué et finira certainement comme son grand père à force de vivre dans la même baraque, mais toi t’as aucun lien avec lui. Basil par contre … “ Ambrose est ton fils. Tu es vraiment en train de me dire que tu pourrais t’en occuper juste pour faire amende honorable? “ T’as cet éclat de curiosité, comme de te dire que t’aurais bien aimé savoir comment cerner l’homme que t’as devant toi. “ T’as jamais voulu le connaître, ton fils? Je ne dis pas que je ne comprends pas, je pense qu’il ne sera pas aussi brillant qu’une bonne partie de son arbre généalogique. Probablement autant de jugeote que sa mère, mais si elle en avait eu plus, il ne serait pas là. Mais malgré ça … Même pas curieux de savoir comment peut grandir un Egerton avec les pouvoirs Ò Murchù?’


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Votre conversation se cristallise autour d’un nœud, d’un mot - Ambrose, cette aberration qui reliait ton sang à celui du meurtrier qui te faisait face. Tu t’y intéresses en premier lieu aux questions pratiques : que faire de l’enfant, à qui de s’en charger et dans quel but, tout le nécessaire pour mettre un terme définitif à votre mésentente. Mais Castiel n’est pas aussi pragmatique, et tu te laisses toi-même gagner par une curieuse tension. S’il n’y parait pas vraiment, le sujet te touche ; non pas parce que tu as de l’empathie pour Ambrose tout au contraire, mais parce que ta propre paternité te rend malade autant que tu la refoules. Preuve en était d’ailleurs ton incapacité à retenir le nom de ton propre fils, en dépit d’une mémoire et d’une intelligence plus que correctes. Au fond, Basil, tu lui proposais le crime pour corriger votre relation, mais n’était-ce pas plutôt toi qui serait arrangé de sa mort ? Pour Castiel, la problématique est toute autre. La question qui lui brûle les lèvres, c’est de savoir si tu es cruel au point de donner la vie pour le seul plaisir de provoquer de la souffrance.
Vengeance, le mot te fait réagir et te déplaît. Toutes ses questions semblent t’éveiller une frustration pénible, de par l’inexactitude torturant ton esprit cartésien. « Non, lui souffles-tu. Ce n’est pas tout à fait ça. » Tu n’as pas le temps de t’attarder, mais tu aimerais qu’il te comprenne mieux. Tu aimerais lui dire que la vengeance n’était pas dans tes principes, que l’acte ne venait pas réellement de toi et avait moins cet objectif que celui d’apaiser une colère dont aucun d’eux n’était directement responsable. Quant à ton fils, il n’était pas à considérer comme un être conscient ; tu n’avais pas de considération pour un être incapable de parole et de raisonnement, incapable de maîtrise sur ses actions les plus simples. Un débile, une machine en construction, le résultat d’une expérience génétique qui n’avait certainement pas la valeur d’une mort. Parce qu’Ambrose, en réalité, n'avait aucune valeur.

Tu peines à trouver les mots, à savoir par où commencer. Tu l’accuses de te déstabiliser, et tu t’étonnes sincèrement d’apprendre que c’est lui le plus démuni de vous deux. Après tout, tu venais presque lui parler à cœur ouvert, avide d’informations et d’échange, avide de régler toutes les incertitudes qui planaient entre vos familles depuis trop longtemps pour te plaire. Lorsque tu lui dis que Phoebe t’est tombée dans les bras, il l’admet aussitôt, et tu te demandes quelle estime il peut en avoir. Il la traite comme une enfant, et tu trouves le terme assez bien choisi. Phoebe n’était pas stupide mais immature, quoi qu'à l'évidence ça ne t'ait pas freiné pour la jeter dans ton lit. Il te demande ce que tu entends par pire. Tu ne t’attendais pas à devoir lui faire un dessin pour lui faire comprendre. Petit à petit, tu réalises que tu as beaucoup à lui dire, comme si jusqu’ici, tu en étais venu à croire qu’il savait déjà tout ce que tu pouvais penser, comme si c’était une évidence. Mais la seule évidence, c’était le mur d’incompréhension qu’il vous fallait détruire.
Ambrose est ton fils, ces mots aussi te font réagir. Jusqu’ici, tu n’avais pas su te rappeler de son nom, et tu sourcilles à l’entendre - tu réponds froidement : « Ce n’est pas mon fils ». Tu sais pourtant pertinemment qu’il l’est, et cela t’irrite d’adresser à ta conscience ton propre mensonge. Tu n’en veux pas. Il n’y avait pas de mot assez fort pour exprimer à quel point tu n’en voulais pas. Il continue, il continue à dire : ton fils, il te demande si tu ne veux pas le connaître ou savoir ce que le temps en fera, et lorsqu’il te demande ça, tu as l’impression qu’il cherche à te convaincre, à te pousser à le vouloir au moins un peu pour l’épargner. Lui qui tantôt gagnait des points, à présent c’est ton regard qui se met à noircir et la mauvaise humeur qui te gagne. « Je n’en veux pas » claques-tu d’une manière qui n’envisage pas de remise en question. C’est une entrave, une entrave à ta liberté, une pince sur tes ailes, et si tu peux envisager de le laisser vivre là où tu n’en entendras plus jamais parler, l’idée de l’intégrer à ta vie te laisse plus froid qu’une stèle.

Tu ne le laisses pas prononcer un mot de plus, tu le couperais s’il tentait de le faire. Tu as bien l’intention de lui expliquer. De mettre un terme à cette pénible incompréhension qui te pousse vers les mauvaises émotions. Tu aurais dû t’arrêter à Charlotte. Tu aurais dû te contenter de Charlotte, plutôt que de t’aventurer sur ce terrain-là. « Ce n’était pas par vengeance. Ce n’était pas ma vengeance. Je détestais Charlotte, je t’aurais laissé la tuer dix fois. La seule chose que j’avais en horreur, c’était de ne pas avoir de corps, de ne pas savoir ce qu’il en était vraiment. » Tu serres tes mains l'une dans l'autre, comme si tu n’aimais pas le mot que tu t’apprêtais à dire. « Catherine voulait que je la venge. C’était moins pour venger Charlotte de toi que pour se venger elle-même de ton père en profitant de l'occasion. Elle m’a mise en colère. Alors j’ai voulu tuer Hecate pour la faire taire, mais Phoebe a croisé ma route sans que je m’y attende, et je l’ai désirée. C’est tout. » C’est tout ? C’est tout ? Il y avait tellement à en dire, rien que pour ton choix d’appeler ta mère par son prénom. Pourquoi avoir détourné sur une autre la colère que tu avais en réalité envers ta génitrice ? Pourquoi, lorsque tu as transposé sur Phoebe ce désir ardent de tuer qui était dirigé vers ta propre mère, tu t’étais soudain mis à la désirer ? Pourquoi tu avais eu cette envie de la bafouer en lui mettant de la vie dans le ventre ? Tu étais un impuissant devant la mère castratrice que tu haïssais par refoulement de ta convoitise. Mais de cela, tu n’en étais pas conscient toi-même, alors c’était une interprétation dont Castiel n’aurait vraisemblablement jamais connaissance. Tu poursuis. « Je ne suis pas votre ennemi, Castiel. J’admets avoir pris plaisir à me mêler de vos affaires, mais je n’ai contre vous rien de viscéral ou de profondément motivé. En fait, j’ai même quelques fois de l'estime pour vous, bien que j'admette aussi t'avoir trouvé parfaitement insupportable. Mais je suis reconnaissant que tu m’aies rendu Charlotte. C’est pourquoi je veux que nous soyons quittes. Je veux pouvoir y mettre un point final. » Elle a dicté ta vie de ces deux dernières années, Charlotte, et tu n’en peux plus. Tu n’en peux plus de ce manque dans ta liberté, de cette pression inconsciente que tu te mets à force de désirer savoir ce qui t’échappe. Mais peut-être une part de toi était-elle consciente aussi qu'il n'y aurait jamais vraiment de point final. Si tu te voulais résolument neutre, tu avais finalement trahi tout le monde et tu étais plutôt un antagoniste pour chacune de vos deux familles en lutte. Le caillou dans la chaussure dont on ne parvient pas à se débarrasser, mais c'était bien cette menace qui pesait sur tes épaules dans la situation où tu te trouvais.

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