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SirèneTriton
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La saison des festivals donnait un certain charme à la ville de Bray. La musique emportait les cœurs et la chaleur donnait aux gens l’impression que le problème le plus grave de leur vie résidait dans l’absence d’air conditionné. Comme beaucoup d’autres filles, Billie avait sorti de son armoire les mini-shorts et les tops échancrés. Ses cheveux blonds coiffés dans une longe tresse, des lunettes de soleil vintage et des bijoux dorés, elle avait le look de l’instagrameuse type. Un concert en plein air était organisé au parc et la foule était au rendez-vous. Entre les odeurs de cigarettes et d’alcool, des gens dansaient et beaucoup filmaient comme s’ils allaient un jour regarder la vidéo. Pendant le concert, elle uploada une série de photos et de vidéos sur ses réseaux sociaux préférés. Son lien à internet avait changé désormais. Elle ne s’intéressait plus aux autres et se contentait de poster de jolis selfies pour que les gens arrêtent de lui demander si elle allait bien et pourquoi avoir choisi de partir de l’autre côté de l’Atlantique.

La vérité n’était pas difficile à comprendre, Billie Jean n’allait pas bien. La culpabilité de la mort de son père et d’Holden était toujours aussi forte, presque autant que la haine envers son petit frère pour l’avoir affichée et contre sa mère pour être à l’origine de tous ses problèmes. Au final, elle n’était qu’une autre de ces filles malheureuses qui en voulaient à la Terre entière pour la merde dont elles étaient en partie responsable. Fuir n’était qu’une façon clichée de résoudre son problème, et même la source de nouvelles intrigues qui allaient s’ajouter au tas déjà fumant. L’une d’elle débuta alors qu’elle quittait le parc, un sourire sur les lèvres, le pas dansant. Elle grimpa dans le bus qui commençait doucement à se remplir. Assise côté fenêtre, en moins d’une minute un homme qui devait avoir l’âge de son père accompagné de son fumet de bière bon marché s’assis à côté d’elle. Un large sourire lui appris qu’avoir une dentition complète était en vérité un luxe. Son instinct lui disait que les choses allaient mal finir, ce n’était pas la première fois qu’elle attirait l’attention d’un vieux pervers de ce genre. Les politiques de prévention du harcèlement ne portaient pas leurs fruits.

Elle se contenta de l’ignorer dans un premier temps, fixant son regard à travers la vitre, fredonnant la chanson qui passait dans ses écouteurs. Lorsqu’elle sentit une main intrusive dans ses cheveux elle expliqua clairement qu’elle n’était pas intéressée. La paix revint plusieurs minutes jusqu’à ce qu’elle sente une main sur sa cuisse. Dégoûtée, elle se leva pour changer de place. Le bus avait dépassé l’arrêt où la majorité des gens descendaient et n’était plus aussi rempli qu’au départ. Véritablement stressée et craignant sincèrement pour son intégrité, elle décida d’appeler son faux petit copain imaginaire. Constatant que le regard insistant ne la quittait pas, elle décida de prendre son courage à deux mains et de descendre à cet arrêt, dans ce quartier qu’elle ne connaissait pas, et d’attendre le bus suivant. Histoire d’être certaine de ne pas être suivie, Billie quitta le bus à la dernière seconde, juste avant que les portes ne se ferment. Persuadée d’être un génie des temps modernes, l’ascenseur émotionnel lui fit rater un battement cardiaque. Son harceleur du jour avait décidé de la suivre et s’était retrouvé coincé dans les portes avant de finalement sortir du bus. La fuite fut de nouveau le plan de Billie qui se mit à marcher très vite, craignant de plus en plus de finir violée dans une ruelle sombre d’un quartier qu’elle ne connaissait pas. Plus elle marchait sans oser se retourner, plus les idées s’embrouillaient dans sa tête, les noms de rues lui étaient complètement inconnus, elle était perdue.

« Arrête de courir, on peut juste discuter non ? »

Inutile de se retourner pour se rendre compte que la voix était beaucoup trop proche à son goût. Qu’est-ce qu’elle ne donnerait pas pour être une de ses meufs badass capable de se défendre face à un mec qui faisait deux fois leur poids. La boxe deux fois par semaine en salle c’était bien, la bagarre de rue c’était une autre question. Ce fut à coin d’une rue que son espoir apparu en la personne d’un étranger complet. Drôle d’espoir mais, c’était mieux que rien. Les probabilités de tomber sur deux psychopathes la même après-midi étaient plutôt faibles non ? Malheureusement pour elle, à Bray, les choses étaient bien différentes de celles en Californie.

Son espoir consistait en la personne d’un homme plus grand qu’elle qui semblait assez costaud. Ou du moins, beaucoup plus épais qu’elle ne l’était. Désespérée, elle accéléra son pas jusqu’à courir et littéralement sauter dans les bras de cet inconnu comme une adolescente retrouverait sa meilleure amie après l’été. Accrochée à lui comme à une bouée, elle lui expliqua rapidement la situation à l’oreille :

« S’il-vous plait ne me laissez pas seule ! »

Ce n’était pas vraiment l’explication la plus complète à offrir mais, l’idée centrale était là. Pas besoin d’être un géni pour comprendre qu’une fille en panique dont le cœur battait à cent à l’heure avait sans doute peur du mec qui marchait derrière elle en lui répétant qu’elle devait revenir vers lui. Toujours accrochée à sa bouée de sauvetage, elle décida de faire bonne figure en espérant que le mec bourré s’en irait en croyant que sa victime était en sécurité avec quelqu’un qu’elle connaissait. Très peu crédible tant elle avait peur, elle lança à l’inconnu d’une voix aussi forte que tremblotante un :

« Ah tu es enfin là… »

Pas vraiment crédible mais, elle n’avait pas mieux en réserve dans l’état actuel des choses.
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Il faisait tellement putain de chaud que t’en étais rendu à passer la moitié de tes journées en PLS dans ta chambre, et quand t’étais pas couché, ventilo rivé sur ta gueule à faire voler tes cheveux de princesse pour te ressusciter la nuque, c’était pour te laisser crever sous la douche et bénir l’invention de l’eau courante. Autant t’étais plutôt attaché à cette ville et à ce pays, un des seuls pays où on pouvait s’appeler Trevor sans se faire caillasser d’ailleurs, autant ces derniers temps t’étais plutôt tenté de l’insulter de tous les noms. C’était quoi ce climat, cette météo, elle était où ta flotte hebdomadaire ? Elle était partie en vacances pour vous laisser une sécheresse de désert et un soleil de plomb. Les trois premiers jours c’était sympa, tous les suivants tu t’en serais allègrement passé. La chaleur te rendait amorphe mais elle avait visiblement pas tué l’engouement de ces blaireaux dehors qui jouaient la fanfare à chaque heure que Dieu faisait, exprès pour te casser les couilles. Comme si le temps meurtrier avait au contraire réveillé toute la putain d’île pour que vous soyez encore plus nombreux à vous entasser les uns sur les autres. Autant dire que le plein après-midi, très peu pour toi, tu mettais pas le nez dehors avant 17 heures, et là d’accord, l’ambiance était assez sympa. Si l’on omettait que tu n’aimais ni le boucan, ni la foule, ni par extension les gens. Mais bon, c’était ton premier été depuis la taule, et rien que pour ça tu lui pardonnais d’être à ce point à chier.
T’avais l’air de quoi là, t’avais l’air au bout de ta vie. Un vieux t-shirt de ton adolescence collé à la peau, le dos mouillé de sueur, les lunettes de soleil accrochées au nez pour avoir passé le principal de la journée volets fermés, même si t’en avais plus vraiment besoin. Je sais même pas si tu faisais tant que ça attention aux rues que tu prenais, tu allais au plus rapide et au moins fréquenté en rêvant à une bière fraîche et une douche de plus. Tu revenais de ton boulot, et quelle chance ça pouvait être de bosser le soir dans des conditions pareilles, qu’on pouvait se dire. Mais c’était oublier le costume noir en trois épaisseurs et les projos. Et tu te mettais à pleurnicher et à envisager de tout foutre en l’air en y pensant, avec ton sac plastique TESCO où t’avais foutu à la va-vite quelques affaires et des bouteilles d’eau que tu tenais à la main et qui te cognait dans le genou par flemme de faire l’effort de le relever un peu. C’est probablement un peu tout ça qui permettait d’enjoliver le tableau, parce que tomber sur ta tronche d’assassin au tournant, c’était pas forcément hyper rassurant d’habitude. Mais là, patatra, y’a un ange qui t’est tombé du ciel dans les bras.

Bon en fait c’était plutôt une furie qui s’est jetée sur toi avec désespoir pour t’écraser ses ongles dans les bras. T’as pas pigé tout de suite ce qu’elle te voulait, mais il t’a pas fallu plus de deux secondes pour voir qu’elle était sincèrement paniquée. S’il vous plait ne me laissez pas seule, mais comme si tu pouvais planter une demoiselle en détresse très clairement en train de te supplier. T’as relevé les yeux sur ce qui traînait derrière elle, et t’as vu le pochetron aux dents gâtées qui la collait d’un peu trop près. Tu t’es senti l’âme d’un super justicier, et ça t’a surtout foutu en rogne d’imaginer ce type faire ses trucs répugnants à des jeunes femmes sous prétexte qu’elles avaient pas ta masse de muscles pour s’en défendre. Oh le fils de pute. Oh le gros fils de pute que t’allais envoyer lécher la chaussée. T’as décalé la demoiselle un peu sur le côté, et tu t’as fait un bruit d’aspirateur un peu parce qu’elle serrait fort putain. « Aïe-aïe tu pinces ! Ouais ça va j’arrive, tranquille, j’vais pas courir t’as vu comme il fait chaud ? Tiens moi ça. » Tu lui as filé ton sac plastique dans les bras, t’as retiré tes lunettes que tu lui as posé sur le front, et t’as commencé à fouiller dedans. « J’suis sûr qu'il est là... » T’as tiré un tube de dentifrice que t’as coincé entre tes dents avant de lui mâcher à travers un « J’reviens ».
Parce que le temps de ta petite scène de merde, t’avais l’autre clochard qui avait dû se demander un moment s’il avait encore des chances de se farcir ta nana, et puis qui avait commencé à rebrousser chemin comme t’avais pas l’air de vouloir lâcher prise – en revenant sur ses pas, ce qui achevait de trahir son intention. Bah tu l’as clairement pas laissé faire son affaire et tu l’as rattrapé par l’épaule, pris par le t-shirt et brusqué contre le mur. Là-dessus tu lui as foutu le poing dans le nez et le tube dans le poing, et tu l’as regardé dans les yeux méchant. « J’te reprends à suivre une meuf de trop près et tu pourras ramasser les dents qui te restent à la p’tite cuillère sur le pavé, t’as compris ? T’as compris ? » Pas sûr qu’il ait compris l’ivrogne vu qu’il est soûl comme cochon et qu’il tient à peine debout, mais écoute tant pis, tu l’envoies au sol avec un croche-patte des familles et tu te retournes vers la demoiselle pour vérifier qu’elle s’est pas fait la malle avec tes affaires. Mais c’est pas le cas alors tu souris et tu viens les lui récupérer. « Il a compris. Quelle sous-merde, j’devrais peut-être le laisser dans une poubelle, j’hésite. » Tu le regardes un peu pensif, et puis tu lui demandes plus doucement, pour pas trop la brusquer. Comment ça c’est un peu tard pour essayer de faire bonne figure ? D’accord, t’aurais sans doute dû commencer par là. « Ça va ? C’est bon, tu risques plus rien. J'peux te ramener quelque part ? C'est pas sécure dans le coin. » Mais quel grand prince que t’es, quel gentleman, quel homme. Nan je déconne, mais au moins, l’intention est bonne.

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Le désir des hommes, Billie Jean y était habituée. Depuis que son corps était celui d’une femme, des regards déplacés tailladaient sa peau de manière assez régulière. Cet homme qui la suivait n’était pas le premier et ne sera pas le dernier. Sa réaction était inhabituelle, sans doute n’avait-elle pas encore retrouvé complètement l’usage de ses forces. Après tout, quelques notes enchantées auraient pu le conduire sous les roues d’un camion et régler la situation. Pourtant elle était là, agrippant un inconnu comme si sa vie en dépendait, réduite à ces basses techniques d’évitement utilisées par les filles effrayées. Depuis quand était-elle peureuse ? Peut-être depuis qu’elle errait en des terres inconnues pour fuir sa culpabilité et que les deux personnes qui voyaient en elle un véritable trésor à protéger n’étaient plus de ce monde par sa faute. Toutes les raisons possibles étaient tissées les unes dans les autres dans un canevas bien serré qu’il n’était sans doute pas malin de vouloir défaire. Quoi qu’il en soit, elle était parfaite dans son personnage de princesse en détresse à la recherche d’un preux chevalier.

« Aïe-aïe tu pinces ! Ouais ça va j’arrive, tranquille, j’vais pas courir t’as vu comme il fait chaud ? Tiens moi ça. »

La pression des ongles de Billie dans sa peau allait laisser des marques rouges, il n’y avait aucun doute là-dessus. Visiblement peu enclin à participer au jeu de rôle qu’elle avait initiée, il se contenta de lui confier son sac avec un calme certain. Ses lunettes de soleil sur le front, elle le regarda avec de grands yeux, à la fois curieuse et mécontente. Mais qu’est-ce qu’il faisait ? Il pourrait simplement se contenter de dire qu’il la connaissait et faire quelques pas avec elle. Un tube de dentifrice fut sorti du sac comme un lapin du chapeau d’un magicien. Si à chaque seconde qui passait, Billie était de plus en plus intriguée, le doute était prenant. Avait-elle choisi le bon inconnu dans sa course paniquée ?

En quelques gestes, son héros de fortune chassa ses doutes et elle resta là, figée. La bouche légèrement ouverte et ses yeux céruléens ouverts dans une grande surprise. La violence ne la choqua pas un seul instant, c’était même le contraire. Impressionnée par une telle démonstration de force, son visage se mua. L’expression effrayée le quitta pour un air lumineux lorsqu’elle vit le sang couler de son nez et son visage s’écraser sur le sol.

« J’te reprends à suivre une meuf de trop près et tu pourras ramasser les dents qui te restent à la p’tite cuillère sur le pavé, t’as compris ? T’as compris ? »

La leçon allait être entendue et respectée, même par ce déchet alcoolisé. La violence avait force de raison quand la raison n’avait pas de prise sur un esprit. Désormais, elle ne regrettait pas du tout que son héros du jour n’ait pas marché dans son jeu et ait choisit sa propre façon de faire, c’était beaucoup plus efficace. Comme s’il ne venait pas de frapper et d’envoyer un autre être humain au sol, il revint reprendre ses affaires.

« Il a compris. Quelle sous-merde, j’devrais peut-être le laisser dans une poubelle, j’hésite. »

Le sourire de Billie s’élargit à cette brillante idée, lui donnant cet air de poupée Barbie qui lui allait si bien. Pas vraiment pacifiste, adepte des vengeances bien menées, cette idée resta dans un coin de sa tête.

« Ça va ? C’est bon, tu risques plus rien. J'peux te ramener quelque part ? C'est pas sécure dans le coin. »

La suite de question était adressée d’une voix plus douce, comme si elle était une petite chose fragile. Sans doute en donnait-elle l’impression dans l’état des choses. Un regard de côté lui apprit que son harceleur ne se relèverai pas de si tôt. La tension quitta son corps d’un coup et un soupir de soulagement quitta ses lèvres. Dans un élan peut-être déplacé, elle prit son sauveur dans ses bras, se serrant contre lui une dizaine de secondes en répétant plusieurs merci sincères. Si en temps normal, la sirène disposait de toutes les capacités nécessaires pour se défendre face à ce genre d’agression, la situation de faiblesse dans laquelle elle était la rendait dépendante d’autrui. Et cet autrui méritait des remerciements. Lorsqu’elle se recula, elle répondit à sa question, gardant sa main sur son épaule.

« Merci, de tout cœur. Je suis descendue du bus pour lui échapper mais il m’a suivie, je n’ai aucune idée d’où je suis. J’ai eu tellement de chance de tomber sur toi mon dieu ! Je loue un appartement à côté du centre sportif de Coconut Grove, est-ce que c’est loin d’ici ? »

Un regard autour d’elle donna confirmation à son sauveur, les immeubles n’étaient pas en très bon état, les voitures non plus. Juste derrière son interlocuteur s’offrait une plus petite rue, presque une ruelle. Et comme si sa vie se déroulait dans une pièce de théâtre, un élément du décor se révéla important. Une large benne à ordures était disposée, le couvercle ouvert, attendant qu’on y dépose des déchets. D’un geste de la tête, elle indiqua la présence de cette large poubelle à son interlocuteur, faisant échos à ses propres propos. Aucun mot ne quitta ses lèvres, l’intention était claire. Son large sourire donnait une forme de cœur à son visage éclairé par ses grands yeux clairs, le genre d’air de poupée qui faisait fondre les cœurs les plus froids. Cette tête d’ange au regard malicieux qui portait toujours sur le front les lunettes de soleil de son héros perdues entre des mèches blondes contrastait avec l’envie affichée d’humilier cet homme. Billie aurait pu se contenter de remercier le hasard d’avoir mis sur son chemin un homme qui avait su régler son problème aussi efficacement mais, ce n’était pas suffisant. Ce type l’avait véritablement effrayé, il méritait de payer, d’être mis plus bas que terre après l’avoir fait se sentir aussi mal. Ou du moins, c’était sa vision des choses.  

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Ton petit bout de femme plein de terreur et de doute ne mit pas longtemps à se remettre de ses émotions, laissant de côté la demoiselle en détresse au profit d’un large sourire ravi. D’ailleurs, tant qu’à faire, un sourire aux dents superbement alignées et éclatant de blancheur qui était d’un franc réconfort après l’horreur du type que tu venais de foutre au sol – sa bouche était le genre de saloperie que tu voyais en cauchemar et qui te foutait dans l’angoisse. Mais ton obsession pour l’hygiène buccodentaire mise à part, ça t’arrangeait pas mal qu’elle se remette si vite de sa mésaventure. T’étais le genre brusque et maladroit, plutôt mauvais pour ce qui était de réconforter les gens, et tu aurais eu bien du mal à aller au-delà du simple « ça va ? ». La violence ne l’avait pas secouée plus que ça, pas plus que ta proposition bénigne de jeter l’ordure à sa juste place – le tout avait même eu l’air de lui faire plaisir, contrastant pas mal avec son apparence délicate. Tu aurais eu le bon sens de réfléchir un peu, tu te serais peut-être posé deux ou trois questions ; mais ça t’est passé au-dessus de la tête et tu as préféré n’y voir que du positif. Tu préférais de loin qu’on te comprenne et t’approuve plutôt que d’avoir à appeler les urgences pour un crétin s’évanouissant à la vue de trois gouttes de sang ; et tu parlais en connaissance de cause.

En fait, elle était tellement reconnaissante qu’elle se jeta sur toi une seconde fois, et tu serras les dents par réflexe, au cas où ses ongles reviendraient te lacérer les bras. Tu ne t’y étais pas franchement attendu, il faut dire, il n’y avait pas des masses de femmes qui te sautaient au cou, toi l’ours mal léché, et tu cognais les hommes qui essayaient – ton frère en était le principal témoin. Elle t’accabla de remerciements en prime, histoire que tu sois encore plus mal à l’aise, et le tout parut durer une éternité de trop. D’un côté, tu te sentais comme un Superman au rabais, gonflé d’une fierté débile qui te donnait l’envie de bomber le torse. Et de l’autre côté, t’étais au sommet de l’embarras parce que tu savais pas quoi foutre de tes mains, ne sachant trop si tu devais lui rendre l’étreinte au risque de la toucher – alors tu gardais les bras le long du corps et tu t’employais à te sentir bête. Tu t’es mis à lui tapoter le dos et à grogner avec irritation un « ouais-ouais-c’est-bon-ça-va », histoire de rassurer ton orgueil masculin mal placé qui souffrait de sentir tes joues chauffer. Et puis elle te libéra, cette espèce de vierge de fer, et tu te dépêchas de retirer sa main de là pour te dépêtrer de ses familiarités. Pas question qu’elle vienne t’amadouer avec cette espèce d’affection, au plus vite elle serait de retour au bercail et au plus vite tu serais de retour chez toi et peinard. Même si amadoué, au fond, bah tu l’étais déjà.

Elle te raconte un peu, et te confirme qu’avec tout ça, elle est complètement perdue – et en effet, elle est pas du tout là où elle voudrait aller. Ceci dit, dans l’absolu, elle avait qu’à retourner à son arrêt de bus et attendre le suivant, la ligne allait pas changer d’itinéraire en cinq minutes. Mais tu t’étais déjà proposé de la raccompagner, et de toute façon il n’était pas question de la laisser rentrer seule après toute cette histoire. « T’es pas à côté Miss, t’es à Dragon Alley là. Mais je peux te raccompagner au gymnase, j’allais aussi à Coconut de toute façon. » Et puis bon, c’était trop flatteur pour que tu passes à côté. Pour une fois que quelqu’un se sentait chanceux d’être tombé sur toi. T’avais presque commencé à partir quand elle a commencé à te faire des genres de mimiques dont t’as pas trop compris le sens au début. T’as regardé ses mouvements de tête en haussant le sourcil, « Qu’est-ce qu’il y a, t’as des spasmes ? » tu lui as demandé, avant de finalement bien vouloir suivre son regard. Y’avait qu’une ruelle toute conne, avec une benne d’accord, mais qu’est-ce qu’elle espérait que vous y foutiez. Tu voulais bien qu’elle soit reconnaissante, mais elle avait pas besoin de pousser la faveur jusque-là. Ou alors ? Ah, ça y est, l’ampoule est allumée, t’as finalement compris ce qu’elle attendait de toi. « Aaah. T’es du genre rancunière alors, tu me prends au mot. » T’as jeté un coup d’œil à l’ivrogne qui passait de la baleine échouée au primate essayant de se redresser sur ses jambes, t’étais un peu hésitant, parce que t’étais pas méchant ni cruel dans le fond, t’avais fini ta part. Mais ce sourire impeccable et ces yeux bleus, d’un autre côté, ça avait tout pour te faire céder à la pression. Oh allez, tu pouvais bien lui faire ce plaisir, après tout ce type aurait pu la violer dans cette même ruelle dans une réalité alternative, et t’allais devoir te taper un bout de chemin avec alors autant ne pas la contrarier. « C’est trop gros comme coïncidence pas vrai ? ‘Puis ça lui évitera de se faire marcher dessus. » Haha, cette excuse pour te retirer toute culpabilité pour ta prochaine action. T’es retourné le chercher et tu l’as soulevé comme un sac à patate, et vu ta gueule la crasse et l’odeur avaient l’air d’une véritable épreuve – au point que t’as pris le pas de course pour aller le ranger avec les autres déchets. Pire, tu t’es frotté vigoureusement sur le retour partout où il t’avait touché avec une grimace de franc dégoût. « J’regrette un peu, là, tout de suite. Bon, bref, tirons-nous, parait que c’est pas forcément légal de jeter des gens à la poubelle. » T’as repris ton chemin, ton sac et tes lunettes, en jetant un ou deux derniers regards de remord vers la ruelle. Et puis t’as changé de sujet, histoire d’oublier cette sale affaire. « Du coup, t’es pas du coin ? Je suppose que t’es là pour le festival. Je sais pas trop ce qu’on pourrait vouloir venir foutre à Bray alors qu’il y a Dublin à côté. » Alors ça, c’était de la conversation bateau de compétition.

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SirèneTriton
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C’était assez perturbant de voir cet air angélique et ce si grand sourire servir des intérêts aussi mesquins. Son ennemi du jour était déjà au sol, battu, partiellement humilié et surtout hors d’état de nuire, tout ça sans qu’elle n’ait à lever la main. Une autre fille en serait satisfaite mais Billie Jean n’était pas une autre fille. Elle voulait l’écraser comme un insecte ridicule et qu’il vive avec le poids d’être un déchet sur cette terre. Quelle symbolique pouvait être plus forte que la benne à ordure ? t quel meilleur moyen d’assouvir cette envie mauvaise que de réasseoir son pouvoir en faisait exécuter sa volonté par un autre ? Son regard pétillait alors qu’elle regardait la carcasse être soulevée de terre comme un sac poubelle plein et admira la facilité déconcertante du geste. Peut-être avait-elle affaire à un sportif, quoiqu’il en soit elle appréciait cette carrure et cette aisance dans l’effort. Son dégoût affiché pour celui qui avait subit la punition cruelle de Billie Jean était partagée par sa protégée par si innocente.

« J’regrette un peu, là, tout de suite. Bon, bref, tirons-nous, parait que c’est pas forcément légal de jeter des gens à la poubelle. »

Elle acquiesça et le laissa récupérer ses affaires dans de lui emboiter le pas. Son chevalier en armure blanche du jour avait d’ailleurs de grandes jambes et un pas rapide. Il la dépassait d’une dizaine de centimètres, ce qui n’était pas si fréquent pour une fille d’1m80, une autre qualité qu’elle appréciait chez son sauveur.

« Du coup, t’es pas du coin ? Je suppose que t’es là pour le festival. Je sais pas trop ce qu’on pourrait vouloir venir foutre à Bray alors qu’il y a Dublin à côté. »

En écartant une mèche blonde de son visage elle lui répondit avec une étincelle d’enthousiasme dans la voix, le genre qui accompagnait un pas sautillant.

« Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Le fait que je sois totalement perdue ou mon accent ? », elle ponctua sa réponse d’un petit rire, du genre concours de beauté. « Je viens de Los Angeles et je suis venue pour le festival et aussi pour m’inscrire à l’université de Bray, j’aime bien cette … cette … »

Le mot qu’elle cherchait lui restait sur le bout de la langue. C’était fréquent chez elle depuis l’accident. Elle avait beau retourner la phrase dans tous les sens, ça ne venait pas. Gênée, elle décida de rapidement embrayer sur autre chose.

« Je m’appelle Billie Jean au fait, oui, comme la chanson de Michael Jackson. Et tu peux essayer toutes les blagues que tu veux sur mon prénom, on me les a déjà toutes faites. »

Les irlandais semblaient beaucoup moins ouverts d’esprit que les hipsters de son quartier américain. Quelquefois, elle ne remerciait vraiment pas sa mère pour son imagination d’il y a 24 ans. Surtout que les américains n’avaient pas forcément une excellente réputation à travers le monde, et encore moins sur le vieux continent. Quoiqu’il en soit, assez parlé d’elle, ce n’était pas poli et la manipulatrice qu’elle était savait bien que les hommes adoraient parler d’eux-mêmes. Depuis toujours, elle se plaçait volontairement dans ce personnage de la femme parfaite, la muse, la séductrice qui inspirait à l’autre sexe l’or et l’art. Derrière ses baisers sucrés se cachait une morsure amère dont aucun homme n’en sortait indemne. Elle ne s’était jamais connue autrement et espérait pouvoir profiter de l’air outre-Atlantique pour s’émanciper de ce rôle qui lui collait à la peau. En tout cas, c’était mal parti.

« Et toi c’est quoi ton nom ? T’as pas mal de force dans les bras en tous cas, tu vas à la salle ? »

Dans son monde hollywoodien, la force et la musculature venait forcément de programmes fitness pointilleux et de smoothies à base d’épinards.
 

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Le remord avait montré le bout de son nez sitôt que tu avais soulevé de terre l’amphore édentée, te plongeant dans l’hésitation et dans l’angoisse de ne pas parvenir à te décider. Tu t’en étais débarrassé vite fait, pris dans le ventre par cette impression d’avoir poussé le bouchon un peu loin, et même si tu te répétais dans un coin du crâne que c’était mérité et justifié, tu pouvais pas t’empêcher de formuler par la pensée les excuses que tu sortirais aux flics si le tout te conduisait au poste. Et puis t’avais croisé ce regard pétillant, reconnaissant et plein de charme, et t’avais vraisemblablement oublié ta connerie, pris d’une envie de l’assumer voire de la faire valoir. Le tout n’était pas très cohérent, mais ça devait en dire long sur ton côté impulsif et influençable, et ton désir de passer pour un héros. Vous vous étiez pas attardés plus, reprenant vos vies comme si de rien n’était. Tu t’étais appliqué à changer le sujet un peu hasardeusement, sans trop savoir où allait ta phrase quand tu l’as commencée, brusque et titubant.

Elle est pas du coin, y’avait des trucs comme ça qui mettaient la puce à l’oreille. Son côté franchement perdu jouait pas mal, t’avais pas tellement fait gaffe à son accent, mais elle te laissait tout de même une petite impression de… d’exotisme ou d’étrangeté. C’était peut-être le soin qu’elle accordait à son apparence, un côté starlette ou tu sais pas trop quoi, qui jure à ton sens sur cette ville de merde et pleine de brouillard. Et puis quand même, il fallait y mettre du sien, pour se perdre dans une ville comme Bray. C’était à échelle de l’Irlande en somme, et déjà que Dublin c’était pas bien grand à côté de « vraies » capitales, à côté de Los Angeles, Bray ressemblait plutôt à un pâté de maison. Ce qui t’étonne plus, c’est qu’elle exprime l’intention d’y rester. Elle venait des US, d’une ville comme Los Angeles, et elle voulait faire ses études à Bray ? Ça n’avait juste aucun putain de sens, pour ce que ton humble opinion pouvait représenter.

Elle bute sur sa phrase, tu la finis pour elle en exprimant franchement ton étonnement, parce que tu sais vraiment pas ce qui peut lui plaire autour de toi. « Y’en a qui appellent encore ça une ville, c’est bizarre comme idée de vouloir s’y poser. » Il flottait tous les jours, et quand il flottait pas, il faisait humide et gris. Tu pouvais reconnaître que la nature autour était sympa – très verdoyante, pleine de bestioles aussi, du genre des lapins, des hérissons. Et puis y’avait la mer à côté, le port, les bateaux. Mais Bray en elle-même, bah c’était Bray, quoi. T’y étais né, alors t’avais jamais vraiment pensé à la quitter, mais vouloir y venir, ça te dépassait pas mal. Mais dans l’absolu, derrière la surprise, y’avait de l’amusement. T’avais clairement pas pensé « bizarre » comme quelque chose de péjoratif, ça avait plutôt tendance à te faire sourire d’incompréhension.

Elle se présente aussi. Billie Jean, là aussi t’as envie de sourire, de rigoler même, mais tu te retiens parce que tu sais que ça peut être vexant. Faut dire que tu sais ce que c’est, toi et ton « prénom de crapaud ». Au fond, son nom était aussi excentrique que son envie de s’installer à Bray, mais il n’en était pas moins joli à porter. Michael Jackson, c’était quand même une référence classe, on pouvait pas lui retirer ça. « C’est original, ça se retient bien au moins. » Et puis t’as craqué, t’as rigolé un peu en remettant tes lunettes de soleil sur ton nez. Même si ça servait plus à rien. « Excuse, c’est juste… J’ai pensé aux jeans Levis. » Et puis t’as rigolé encore un peu, en tournant la tête sur le côté pour pas lui rire dessus. Putain ce que t’étais con, mais ce que ça t’a paru drôle sur le coup. Côté première impression, t’étais quand même un champion.

T’as arrêté vite de rigoler quand elle t’a demandé ton nom, ça t’a rappelé que t’étais mal placé pour commenter et qu’elle allait potentiellement rire aussi. « Euh. Trevor. Oui bon bref. » Et elle te parle de ta force, bon probablement de tes muscles aussi tant qu’à faire, et de tes pecs-coussins qui justifieraient un soutien-gorge. Allez Trevor, c’est ton moment de briller, c’est là que tu peux bomber le torse, contracter ce que t’as, balancer un sourire et ronronner un viril « Ouais j’vais à la salle, mate ça bébé ». Allez on y croit. « Qu’est-ce que tu veux, j’suis entouré de lourdingues, faut les encaisser. » Ah yes, la classe. « Non mais si, ça m’arrive, mais c’est pas trop mon truc leurs machines. » Ah ça, tu l’as visité le gymnase. Comme cette fois où t’as testé la boxe contre le Joshua de chez ton psy, et que t’as grignoté le ring à force de rien piger aux règles. En vrai, t’es plus du genre routine de chambre pour calmer tes nerfs, quitte à trouer quelques murs, mais le royaume du jugement et du regard de travers, c’est pas trop ce qui te botte. Et t’as plus jamais été aussi intensif qu’en taule, ça aussi faut bien l’admettre – là-bas, gonfler les muscles, c’était moins un plaisir qu’une question de survie.

« …Mais t’as des gens à Bray ? Non mais attends, parce que j’en reviens pas encore de ton histoire. T’es jeune encore t’as quoi, j’sais pas dix-huit ans. Tu viens d’une ville blindée d’opportunités, viens pas pourrir ton avenir ici c’est débile. Pour du camping encore, mais c’est à peine si t’as un MacDo avec trois tables calées dans un coin. Et puis paie ton karma de merde, y’a un peu plus d’un an elle s’est pris un tsunami. Un tsunami, en Irlande. Quand j'suis revenu et qu'on m'a raconté ça, j’ai halluciné. C’est n’importe quoi! » Loin de toi l’idée de contrarier ses projets et ses certitudes, mais tu devais te sentir comme dans l’obligation de jouer l’aîné bienveillant et l’autochtone honnête, parce que t’étais convaincu que si elle attendait de tout découvrir toute seule, elle allait tomber de haut – se vautrer tout en longueur, et ça serait douloureux.

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Trevor … Le prénom lui évoquait le nom du crapaud de Neville dans Harry Potter mais elle se mordit la langue pour ne pas faire de remarque. Il ne manquerait plus que son héro du jour ne se vexe et décide de l’abandonner dans des rues malfamées. Ainsi donc il était entouré de lourdingues qu’il fallait encaisser. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que l’acte en question n’avait rien avoir avec de l’argent et concernait plutôt l’idée de mettre des gens dans une poubelle. Son cerveau avait décidé de tourner au ralenti ces derniers temps et ce n’était pas aujourd’hui qu’il allait reprendre son rythme de vie normal. Dans le monde de Billie Jean, les hommes ne se battaient pas, ou alors par snap interposés. Un petit sourire espiègle alluma son visage lorsqu’elle se dit que sa mère n’apprécierait pas du tout que sa petite poupée Barbie enfermée dans sa boite fréquente un type qui avait l’habitude de se battre et trainait dans des quartiers qu’il considérait lui-même comme mal famés. Par contre, elle ne se fit pas la réflexion que ça pourrait lui attirer des ennuis à elle, chaque chose en son temps.

Sérieusement, il lui donnait dix-huit ans ? Même si on pouvait facilement débattre sur le look des 2000, c’était presque vexant d’être prise pour une gamine. Même si ça se voyait de loin qu’il avait bien dix ans de plus qu’elle, ce n’était pas une raison pour la traiter d’enfant. Presque vexée, elle répondit sans réfléchir :

« T’inquiètes, j’ai dépassé les dix-huit ans, t’ira pas en taule si on couche ensemble »

Ce fut au moment où elle prononça le dernier mot qu’elle se rendit compte que ce n’était peut-être pas tout à fait approprié. Le rouge lui monta aux joues et elle prit cet air pincé aux yeux écarquillés en mode « oh merde j’ai dit une connerie ». Bon, il fallait rattraper la situation, sans lui laisser le temps de répondre, elle enchaina directement sur un autre sujet, parlant plus vite qu’elle le devrait.

« De toute façon je n’aime pas les McDonald, je n’y vais jamais. Ça ne sent pas bon et c’est souvent beaucoup trop rempli de gens. Et en plus je suis vegan »

Ça, c’était le genre d’informations qui ne lui attirait pas que des amis. Les blagues lourdes à base du cri de la carottes, elle les avait toutes essuyées au moins une dizaine de fois. De toute façon, en voyant Billie Jean, on pouvait se douter que les hamburgers bien gras ne constituaient pas le cœur de ses repas. Et puis, pourquoi il lui parlait de McDo ? Il fallait être vraiment décérébré pour apprécier une ville selon le nombre de fast-food au kilomètre carré.

« Il y a vraiment assez d’eau dans le coin pour qu’il y ait un tsunami ? »

Pas assez douée en géographie pour savoir si c’était possible, l’idée la surprenait quand même. Quoi qu’il en soit, elle était amusée par le manque total d’intérêt de Trevor pour cette ville. C’était tout le contraire d’elle qui y trouvait toutes les merveilles du monde grâce à la simple idée de rester loin de sa génitrice, de sa famille et de son deuil.

« Mais non, je n’ai personne. Je suis une pure touriste »

Son regard se voila avec cette dernière phrase et sa gorge se serra. Son dernier voyage elle l’avait fait avec Holden. Maintenant, elle était livrée à elle-même, perdue dans un quartier qu’elle ne connaissait pas avec un illustre inconnu qu’elle venait de placer sur un piédestal dans le seul but de pouvoir s’y raccrocher au moins un instant. En pensant à Holden, sa bonne humeur s'envola et elle arrêta de marcher, fixant le sol.


« Je devrais arrêter de t'embêter, tu dois avoir autre chose à faire... »

C'était assez hypocrite de sa part de proposer ainsi de mettre fin à leur début de discussion alors qu'elle ne voulait absolument pas rester toute seule. Pourtant, c'était assez courant chez la gente féminine ce besoin sournois de vouloir se faire rassurer. D'où venait-il ? La culpabilité pointait le bout de son nez dans son coeur, sautiller aux côtés d'un parfait inconnu en lui faisant son air de poupée n'était pas très moral quand son copain reposait six pieds sous Terre.
 

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T’as déjà eu l’impression d’être un immense cassos sans pouvoir rien y faire, et de systématiquement dire ce qu’il fallait pas ? Comme l’impression pesante que tu ferais mieux d’irrémédiablement fermer ta gueule ? Dans l’ensemble, plus ou moins tous les jours, et t’avais la sensation de redoubler de maladresse quand tu te retrouvais à côté d’un machin de moins de 50 kg, comme si c’était la circonférence qui allait déterminer sa capacité à encaisser ta connerie. Ce qui te réconforte, au moins un tout petit peu, c’est que t’es visiblement pas le seul à être une quiche. Putain ok, t’as jaugé vite fait les dix-huit ans, t’as franchement pas réfléchi - et visiblement ça la vexe vu qu’elle réagit au quart de tour. Mais quand elle fait de nulle part allusion au fait de coucher avec toi, à part t’étrangler sur ta propre salive et tousser pour survivre, t’es pas foutu de faire grand chose. Merde, t’es censé répondre quoi à ça, qu’est-ce que tu peux foutre à part être embarrassé jusqu’au dessus du nez ? Probablement rien, vu qu’elle enchaîne comme elle peut, aussi maladroitement, et ça te réconforte au moins un peu de voir que t’es pas le seul à trouver ça gênant. Et puis il va clairement te falloir plus d’une minute pour pouvoir la regarder de nouveau dans les yeux. C’est vrai qu’elle fait majeure, en plus d’être super craquante putain, mais carrément trop jeune pour que tu puisses envisager quoi que ce soit, c'est quand même ballot.

Cela dit au moins, la suite a le bénéfice de te changer les idées. Parce que, d’accord le MacDo c’était pas de la gastronomie, mais ça dépannait bien ; et ton amour féroce pour les plats à base de viande se faisait méchamment castrer chaque fois que le mot “vegan” venait écorcher tes oreilles. Sur le fond, ils avaient pas tort hein, et probablement que si tu devais tuer tes propres vaches avant de les mettre dans ton assiette tu ferais pas non plus long feu, mais quand même. Quand même, rien que pour un steak au poivre ou un filet mignon, tu tirais une sacrée tronche. « Vegan ? Ah ouais mais tu viens des US aussi, tu m’étonnes que tu sais pas ce que tu rates. » Tu pousserais pas jusqu’à lui cracher au visage instantanément, ni jusqu’à lui dire qu’elle torturait les végétaux en les mangeant, mais quand même. Quand même, c’était au dessus de tes forces de pas passer pour un con, et avec des stéréotypes de con.

Puis c’est après qu’elle te demande si la flotte autour de l’Irlande permet un tsunami, mais là elle te pose une colle. T’es pas météorologue, t’es pas géographe, t’es pas… Tu sais même pas comment ça s’appelle, y’a un métier pour les gens qui bossent sur les masses d’eau et les catastrophes naturelles ? « Oulah, attends je t’arrête. Fais gaffe un peu, t’as failli me prendre pour quelqu’un d’intelligent. » Bah, faute d’être malin et tolérant, t’as au moins le bon goût d’avoir de l’humour. Un humour nul, oui, bon, d’accord. « Mais bon, apparemment c’était pas censé être possible. Bray, c’est quand même un truc à part. » Et elle n’imaginait sans doute pas à quel point, c’est ce que tu pensais très sérieusement. Y’avait ce petit côté mise en garde, parce qu’elle te donnait cette impression de vulnérabilité, et c’est pire encore quand tu apprends qu’elle y est totalement seule - et qu'elle le balance à un parfait inconnu. Tu n’aimes pas cette idée ; imaginez un peu, qu’elle se retrouve à fréquenter des sales types capables d'abuser d'elle. Du genre quelqu’un qui aurait fait brûler quinze personnes, par exemple.

Elle s’arrête, tu as senti le changement d’attitude chez elle. Tu le vois bien, sur son visage, que quelque chose ne va pas, et tu t’arrêtes à ton tour, un peu contrarié. Elle cherche à te fausser compagnie, et tu te demandes - tu te demandes simplement si elle n’a pas réalisé à son tour à quel point elle était une cible facile, et c’est peut-être de toi qu’elle se méfie désormais. Tu ne ressembles pas vraiment à une garantie de sécurité, tu l’as certainement mise mal à l’aise. C’est ta faute, voilà ce que tu te dis, et tu ne vas pas l’obliger à te suivre, ce serait un coup à te ranger dans la catégorie menace. D’un autre côté, la laisser à nouveau déambuler seule dans ce quartier est bien au dessus de tes forces, t'es pas prêt à t'imaginer le pire. « J’ai dit un truc qu’il fallait pas ? Je déconnais pour les vegans hein, ça me dérange pas, les gens font ce qu'ils veulent tant qu'ils touchent pas ma viande. Et puis pour ton âge, j’suis franchement con, j’ai dit ça comme ça sans réfléchir, c'était pas fait pour être vexant. » Tu bredouilles un peu, désignant le chemin devant vous du pouce, légèrement à côté de tes pompes. « J’t’assure que ça me gêne pas, j’allais aussi par là. » Ou alors, peut-être qu’elle préférerait juste marcher en silence. C’est vrai que t’es pète-couille, même toi t’en es conscient. En même temps c’est plus fort que toi Trevor, tu l’aurais fait causer rien que pour regarder ses jolies dents.

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