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Féestaff
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Meursault & Maxwell

«You look like a movie, you sound like a song. My God, this reminds me of when we were young»
Quelque part, tu remerciais Maxwell de ne pas poser plus de questions. Tu n’avais pas envie de parler de ce qui t’avais amené à Bray. Tu n’en parlais déjà pas avec tes proches, pas question de le faire avec quelqu’un que tu ne connaissais pas. Certains pourraient dire que c’était, en fin de compte, le mieux à faire, avoir ce genre de discussions avec une personne qui n’était pas incluse dans la situation. Mais ce n’était pas ton avis, tu voulais enterrer cette partie de ta vie, ne plus avoir à penser à Caleb, à tout ce que tu étais et qui faisait la honte de ta famille, à ce déménagement qui t’avais brisé le coeur. A l’inverse de la personne que tu avais avec toi, il était plutôt facile de voir tes sentiments, de les exprimer même quand tu n’en avais pas la moindre envie, de les ressentir en puissance maximale. Alors c’était pour le mieux, le fait que tu ne sois pas en présence d’une personne des plus compatissantes qui se demanderait où est ce que tu veux en venir. Le fait même que tu ne l’aies pas dit directement prouve que tu ne voulais de toute manière pas t’épancher sur le sujet, et sans doute que tu n’aurais rien répondu dans le cas où tu y aurais été obligé. A l’inverse, tu adores parler de la capitale française. Certes tu n’y as pas que de bons souvenirs, loin s’en fallait, mais au moins c’était une période où tu as pu toucher ton rêve du bout des doigts. Pas sûr que tu puisses le faire ici, à Bray, dans ce coin perdu où la danse n’était pas vraiment un domaine de compétences qui permettaient de mettre de la nourriture dans le frigo. Ils avaient bien une salle de spectacle, à Bray, mais c’était loin d’être l’endroit le plus visité de la ville. “ J’habitais dans le 19e, au nord de la ville.“ Pas le quartier le plus reluisant, mais tu fais pas un secret d’état de ton manque de richesse. Mais tu t’en foutais, ce qui était bien avec Paris, c’est que t’avais pas d’obligation d’y rester. C’était pas comme à Bray, où tu as du mal à te sentir à ta place quand tu vois les appartements de Golden Coast. Faut dire que les appartements luxueux de Paris, tu les voyais jamais, la ville est bien trop grande pour que tu te perdes dans ces coins de riche. Alors qu’à Bray, t’es plutôt obligé de te les farcir. Mais c’est pas quelque chose que tu diras, en vérité, parce que tu veux pas le heurter alors que lui, il a pas à se plaindre. Parce que celui qui fait le plus de différences entre le riche et le pauvre, ça reste toi, tu dois bien l’admettre. La conversation continue un moment, puis comme toute conversation, elle finit par s’épuiser, et d’un accord tacite, vous convenez de vous quitter. Un peu trop précipitamment, sans doute, mais tu sais pas trop à quoi cette soirée rime, t’es un peu perdu, tu l’admets. T’aurais peut-être dû tenter quelque chose, mais quoi en fin de compte? T’as jamais été doué pour faire les premiers pas, ni même les deuxièmes, pour ce que ça compte. Alors t’es rentré chez toi sans croiser Richard, et sans doute que c’est déjà une petite victoire. Une douche plus tard, tu t’es affalé dans ton lit et la fatigue t’a rapidement rattrapé pour te plonger dans un sommeil sans rêves. Les jours qui suivirent, tu t’es refusé à penser au brun. Parce que ce serait se faire mal pour rien, même toi tu le vois, alors que ce serait quand même une belle coïncidence qu’il soit intéressé et que pourtant, vous ayez passé une soirée ensemble sans que rien de particulier ne se passe. Tu t’es même inscrit sur des applications de rencontres, sans mettre de photo parce que t’aimes pas spécialement ta gueule, et t’as un mec avec lequel tu parles de temps à autre. Tu sais pas grand-chose de lui mais faut être honnête, c’est pas pour ça que t’es sur ce genre d’applis non plus. Même si globalement, t’es pas loin du romantique désespéré et que les coups d’un soir ça reste pas dans le top favori. Tu continues de lui parler, à ce type, même quand tu bosses. Enfin, quand t’es pas sur ton vélo, parce que ce serait l’accident con quand même. Tu finis tôt ce soir, y a pas grand-monde qui a commandé, juste un couple qui avaient la flemme de se faire à bouffer. Tu le sais parce qu’ils ont été obligés de le préciser quand ils ont ouvert la porte. Comme si t’en avais quelque chose à carrer qu’ils veuillent bouffer pizza. Mais parfois les clients veulent s’épancher, tu vas pas forcément leur en vouloir non plus. Tu gares ton vélo près du foodtruck. T’as prévu de retrouver ton date dès que t’aurais fini ton service. T’espères avoir le temps de rentrer prendre une douche avant. Maxwell se tient devant le camion alors tu réponds à son signe de tête poliment. Faut dire que cette soirée était vraiment étrange, tu sais même pas si t’aurais quelque chose à lui dire si vous vous parliez. Mais peut-être qu’en fin de compte si, tiens. Ton téléphone se met à vibrer et tu regardes le message. L’étonnement puis le rire nerveux quand tu regardes autour de toi pour être sûr que t’as bien saisi la source du sms. Tu rends la sacoche à Jimmy presque sans prendre la peine de lui dire au revoir, pour te diriger vers le seul client du foodtruck. “ ça dépend, c’est toi qui paye la bière? “ T’es pas assez entreprenant pour lui proposer autre chose directement, mais le fait de savoir que l’homme pouvait être potentiellement intéressé te donne une nouvelle perspective sur ce qui aurait pu être ta soirée. Seulement si t’avais eu l’aplomb nécessaire.   
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Humain
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Appuyé sur un comptoir mobile, l’écran aux lumières bleu posé à côté, il réfléchissait à des banalités comme la fraicheur des ingrédients pour éviter de penser au naufrage qu’était sa vie émotionnelle. Il n’avait pas d’amis, ses relations qui lui donnaient matière à réfléchir n’étaient ni à Bray ni à Dublin, sa mère mourante plaçait des espoirs trop grands sur ses épaules, il n’arrivait pas à dépasser sa rancœur envers son père et son frère et sa vie sentimentale relevait du désert polaire. Bien sûr, sous la pression de sa mère il essayait de faire des efforts. Il avait invité Sasha à diner dans un restaurant italien, invité Meursault à partager sa pizza, deux tentatives infructueuses. Par contre, avec ce type de l’autre côté de l’écran, il n’avait pas vraiment envie de faire d’efforts. Ce coup-ci, il était plus fidèle à lui-même et son objectif était clairement annoncé, un lit et salut. Mais, comme si la vie avait décidé de lui jouer un tour, les choses ne s’agencèrent pas selon ses désirs.

Alors qu’il recevait le carton chaud qu’il accueillit avec un sourire forcé par son estomac tiraillé une voix l’interpella.

“ ça dépend, c’est toi qui paye la bière ? “

Il se tourna, intrigué, vers Meursault. De quoi parlait-il ? Un regard au smartphone qu’il tenait en main lui permit de reconnaitre l’application que lui-même utilisait. Il n’en fallut pas plus pour qu’il fasse le lien, le type qu’il voulait mettre dans son lit n’était autre que le beau livreur avec lequel il avait passé un moment une semaine plus tôt. Il eut un petit rire et leva les yeux au ciel, si seulement il avait su à ce moment que son attirance pouvait être réciproque, les choses auraient sans doute été différentes. Mais peut-être que c’était mieux ainsi, que leur manque d’aplomb partagé leur avait simplement offert l’occasion d’essayer d’être quelque chose de plus qu’un coup d’un soir dont on oublierait le nom.

« Le hasard fait bien les choses, avec plaisir », répondit-il, sincèrement amusé.

La légère gêne qui s’était immiscée lors de leur premier coup d’œil quelques minutes avant était désormais dissipée. Le médecin s’approcha, son carton en main. Un sourire en coin maléfique ornait son visage et ses yeux témoignaient de tout son intérêt pour cette nouvelle facette de leur relation. Son premier réflexe était de proposer d’aller chez lui directement. Après tout, le beau français savait qu’il n’était pas un psychopathe avec lequel il risquait sa vie. Cette première idée fut rapidement en confrontation avec celle instiguée par sa génitrice. Après une bataille brève et inégale entre celui qu’il était et celui qu’il était dans les yeux de celle qui lui avait donné la vie, il proposa :

« On peut passer prendre des bières, se poser quelque part et partager la pizza, t’en dis quoi ? »

L’idée ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd. Une dizaine de minutes plus tard, ils étaient installés sur un banc en bois dans un parc pas trop éloigné à partager un chef d’œuvre italien et quelques bouteilles de bière. Le cadre avait cet air romantique décrit par les écrivains et les peintres du dix-neuvième siècle, les arbres proposaient une ombre dansante au rythme d’un vent léger. Le soleil n’allait pas tarder à se coucher et sa lumière défaillante était déjà soutenue par quelques lampadaires. Les autres bancs et tables étaient quasi tous occupés et comme à son habitude, Maxwell n’accordait pas d’importance aux gens autour de lui. Même si le soleil disparaissait, la chaleur était encore présente et le médecin avait laissé tomber la veste et ouvert légèrement sa chemise. Ils reprirent leur discussion avec un intérêt renouvelé. Les deux étaient sans doute déjà plus à l’aise que l’autre jour sur le canapé de la rue Baker Street. De plus, comme ils avaient déjà échangé les banalités nécessaires à toute première rencontre, les sujets de discussion étaient plus intéressants.

Le médecin était plutôt doué pour apprendre. Pour contourner son alexithymie assez handicapante sur le point de vue social, il fonctionnait par essai-erreur sur ce qu’il fallait dire ou ne fallait pas dire. Son récent diner avec Sasha lui avait par exemple appris à ne pas dire devant une fille que c’était tout à fait normal d’abattre les animaux pour les manger. En réalité, c’était surtout qu’il ne fallait pas prendre les gens pour des cons mais ça, c’était définitivement trop lui demander. Quoiqu’il en soit, il essayait de réfléchir avant de parler et d’éviter de passer encore pour un taré. C’était sans doute inutile vu que son rencard avait assisté à la manière assez directe avec laquelle il avait rembarré son voisin. Ce n’était sans doute qu’une ébauche de toute la misanthropie qui l’habitait mais, c’était déjà quelque chose d’assez conséquent pour un être humain socialement intégré. Etrangement, ses efforts semblaient porter leurs fruits. C’était la première fois qu’un de ses rencards était si long. Habituellement, les gens y coupaient court pour assouvir un besoin charnel ou parce qu’il était définitivement trop bizarre. Lorsqu’il se rendit compte de ce fait, il commença à se poser quelques questions et en formula une à voix haute :

« Pourquoi est-ce que tu es encore là ? »

C’était assez brut et direct, tombé de nulle part. Il décida d’expliquer, consciemment que le français ne devait pas forcément comprendre où il voulait en venir.

« Quand je passe une soirée avec une personne pour laquelle j’éprouve de l’intérêt, cette soirée tourne toujours court. Soit cette personne invente un prétexte pour s’éclipser, soit on passe directement au but de l’entretien et on ne se revoit jamais. Les gens n’aiment pas vraiment discuter avec moi. Mais toi t’es encore là alors que ça fait plus de deux heures, qu’on avait déjà discuté la fois dernière, qu’on est sur un banc dans un parc, plutôt loin d’un lit ou de tout autre endroit intime. Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »

De nouveau, c’était assez brut et direct. Mais au moins, avec ces précisions supplémentaires, Meursault comprenait très bien où il voulait en venir.


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Féestaff
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T’as beau ne pas croire au destin, des fois faut dire que la vie te rend pas la tâche facile. Même si Bray est une ville somme toute assez petite, il fallait vraiment que ça arrive, rencontrer un mec, passer une soirée avec lui sans que rien ne se passe puis lui tomber dessus par hasard sur un site de rencontres. On peut dire que ça n’arrive pas à tout le monde, et que la situation peut prêter à rire. C’est d’ailleurs la première chose que tu fais lorsque tu te rends compte que ton mystérieux interlocuteur est Maxwell. Juste devant le foodtruck. Parce qu’un seul signe du destin ne suffisait pas. Tu finis cependant par t’approcher et entamer la discussion. Tu aurais pu fuir, pas parce que l’homme te faisait peur, seulement parce que c’est ce que tu fais le mieux, selon certaines personnes. Parce qu’il est plus facile d’affronter la solitude que les autres. T’es pas bien sociable, faut le dire, tu te fais pas facilement des amis. Pas comme Maxwell qui se trahit dès qu’il ouvre la bouche, mais justement parce que toi tu ne l’ouvres pas assez. T’es terne comme garçon, t’as pas grand-chose à raconter à côté des êtres exceptionnels qui croisent ton chemin. Toi t’es juste un mec un peu perdu qui sait pas où il va dans la vie, qui a vingt-sept ans et qui bosse dans un camion de pizza, qui vit chez sa mère et chez son beau-père parce que tu ne supportes pas les confrontations et que t’as jamais eu le cran de dire non. Tu vis dans ton malheur et tu t’en satisfait. Depuis que t’es arrivé, tu t’es pas fait d’amis. C’est même étonnant de te voir sur une application de rencontres, pour dire la vérité, t’es pas assez extraverti pour savoir quoi dire, alors souvent ça tourne court et tu rencontres personne parce que la majorité de tes discussions s’arrêtent au bout de trois messages. C’est pas que t’as rien à dire, c’est seulement que ça vaudra jamais le coup, pas pour toi. T’es le genre à écrire des messages puis les effacer dans une ronde infinie. Et puis de toute manière, toi t’appréhendes les rendez-vous. T’aimes pas ça, les premiers rencards. Avec Caleb, c’était différent, naturel. Ces sites là, c’est loin d’être le cas. Tu te détestes pour y aller et pourtant t’en décroches pas. T’arrives à t’en extraire pendant des jours, des semaines, mais tu finis toujours par y revenir parce que tu sors pas beaucoup dans les bars ou les lieux publics, trop de bruit, trop d’agitation, trop de fête alors que t’as toujours été le type silencieux qui aime bien sa tranquillité, sa musique et sa danse. Les activités de groupe, très peu pour toi. Alors ouais, c’est pas évident, dans ces cas-là, quand on est toi, de rencontrer des gens. Des amis déjà. Puis le reste, autant dire que c’est encore plus complexe. Les coups d’un soir t’as jamais voulu faire, mais tu te disais que ça te permettrait de te donner un peu de répit, une illusion fugace de quelque chose que t’as perdu y a longtemps. Alors tu t’y étais contraint, faire croire aux autres et à toi-même que t’étais prêt pour ça, que c’est ce que tu voulais. Au fond tu sais que c’est pas le cas, pas tout de suite du moins, alors t’acceptes la proposition de Max. Des bières et une bonne soirée, c’est tout ce à quoi t’aspire pour le moment. T’es un angoissé avant même que source d’angoisse arrive, c’en serait presque comique à observer. Alors vous faites ce que vous aviez dit. Un pack, une pizza et un banc, la conversation se fait beaucoup plus facilement que la semaine passée. C’est sans doute comme ça lorsqu’on commence à vouloir apprendre sur les autres. Tu vois pas le temps passé, parfois t’observes les gens, autour de vous, ceux qui observent le soleil se couchant, ceux qui lisent, ceux qui jouent de la musique, ceux qui parlent. Et t’écoutes, en même temps, tu suis, tu réponds. Jusqu’à la fameuse question, qu’on a dû te poser un milliard de fois déjà. Qu’est-ce qui va pas chez toi? Alors tu ris un peu, surpris. Tu te la poses, cette fameuse question, mais sans doute pas pour la même chose que Maxwell. C’est sans doute, pour toi, ton comportement le plus normal. Parce que tu vois pas pourquoi tu partirais. Parce que t’as pas l’impression d’être en face d’un mec horrible, parce qu’il t’a pas donné l’impression que t’étais qu’une merde alors que t’as ce sentiment presque à chaque fois que tu te retrouves à côté de quelqu’un de brillant. “ Je vais pas dire que me retrouver avec toi dans un lit ne m’intéresse pas, loin de là, t’as le physique de ton côté. Mais t’es plus intéressant que mignon faut croire.“ Tu sais pas vraiment si ça explique tout, en vérité t’as pas eu l’impression de te forcer à rester alors c’est plutôt compliqué à défendre, comme position. “ En général quand j’aime bien quelqu’un, ne plus jamais le revoir rentre pas dans mes options. “ Trop pur, trop branlant, tu sais pas trop ce que t’es, de ce point de vue là. Qu’est-ce qui va pas chez toi? Tout. Les marques sur ton corps, ta vie, tes histoires amoureuses - ou plutôt ton histoire amoureuse en réalité - tes envies, tes aspirations qui rentrent en conflit avec ton éducation … Tout, mais pas ça. “ Faut croire que je suis quand même perturbé comme garçon, peut-être que c’est toi qui aurait dû partir, finalement. “ Un sourire en coin et un clin d’oeil, t’as pas vraiment pris peur alors que t’aurais pu - sérieusement, quel genre de personnes posent des questions comme ça ? - non toi t’es dans le jour où tout va bien, le jour où tu vas rire des bizarreries qui se mettront sur ton chemin. C’est ce que tu te dis, alors qu’au fond, tu sais que tu commences à te sentir à l’aise, et le fait est que tu veux pas perdre ce sentiment là, pas tout de suite, toi qui te sent à ta place nulle part.   
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Le vertige. Quand samedi soir, Dieu regardait la Terre, il ne l’expérimentait pas. Pourquoi aurait-il peur du vide, cette sensation proprement humaine liée à notre état fini dans l’infinité ? Les humains la ressentaient devant ces gouffres béants mais surtout, et principalement, quand ils prenaient conscience du rien qu’était leur existence qui se résumait à un lancer de dé. Pour oublier cette règle du jeu ils se perdaient dans un univers de symboles, de surinterprétation, créaient le bien et le mal, les dieux et les dévots, se voyaient acteur principal de leur propre scène, héro de leur Iliade moderne, se rêvaient dans le regard des autres ou meurtrissaient leur corps et leur esprit pour renaitre statue d’albâtre. Chacun avait sa propre manière d’illustrer son chemin vers la fin, d’établir des compromis avec une conscience écorchée. Maxwell ne faisait pas exception. Pourquoi serait-il différent ? Il se rêvait Darwin, Vésale. Il prenait à malin plaisir à accumuler des connaissances pour ne jamais être défait dans un débat comme si son verbe était performatif. Sa conscience lui donnait une construction presque religieuse. Jésus rendait la vue par la grâce de Dieu, Maxwell sauve des vies par la grâce de la Science. Lui, dévot de la logique, partisan de la rationalité, trempait dans un délire dont il n’avait aucunement conscience, un délire tellement humain.

Les psychologues et autres écrivains bâclés de l’âme se targueraient d’attribuer à sa question, dans un charabia lacanien, la preuve d’une fissure narcissique, témoin de sa névrose. La réalité relevait davantage de la plume du sarcasme. Voir les gens autour de lui comme des ânes parlants lui permettait de se voir singe savant. Malheureusement, cet entretien minutieux de sa personne avait un coût, celui d’être vu par les autres comme un inadapté, un de ces fous qu’on chargeait dans les frégates et dont on laissait tout le soin à la mer de les emporter. Cette fois, le reflet dans les yeux bleus fumés de Meursault ne traduisait pas ce point de vue. Son attitude et sa présence ne faisaient que renforcer cette impression. Voilà donc le secret de sa question dévoilé, la voilà qui pouvait être reformulée par l’hagiographe méticuleux : « serais-tu assez intelligent pour te rendre compte que je ne suis pas le fou qu’ils croient ? »

“ Je vais pas dire que me retrouver avec toi dans un lit ne m’intéresse pas, loin de là, t’as le physique de ton côté. Mais t’es plus intéressant que mignon faut croire.“

La réponse était un compromis agréable à ses oreilles. Un sourire étira ses lèvres. Sa question adressée dans le sous-texte n’avait pourtant pas entièrement trouvé satisfaction.

“ En général quand j’aime bien quelqu’un, ne plus jamais le revoir rentre pas dans mes options. “

Voilà un élément de surprise qui alluma un air presque éberlué dans son regard caramel. « J’aime bien ». Ce terme résonna dans son esprit, s’imprimant dans des connexions neurales pour y rester longtemps. Oh, le médecin n’était pas à plaindre, l’expression ne lui était pas entièrement nouvelle. Mais ce ton et ce contexte lui donnaient une dimension ex nihilo. Le ton pour commencer, il ne s’agissait aucunement d’un sarcasme, d’une ironie ou d’un de ces rires cachés dans la voix qui enlevaient tout le côté sérieux de la déclaration. Le contexte ensuite, au fil de leurs discussions, Maxwell avait bien entendu parlé de ce qui le passionnait mais ne s’était pas lancé dans une démonstration pointilleuse d’une hypothèse difficilement défendable ni n’avait fait preuve d’un savoir étendu sur une question. Deux cas particuliers associés à cette expression dans des salles de classe de Stanford ou dans des cafés enfumés non loin où pour finir on aimait bien son statut d’étudiant, on aimait bien sa logique et sa mémoire. Ici, ce n’était rien de tout ça. Que pouvait-il donc bien aimer alors que le médecin n’avait pas encore fait démonstration de son art qui le caractérisait tant ? Il y avait dans ce problème - que peu d’esprits étriqués considéraient comme tel, une naïveté et une innocence qu’il n’arrivait pas à appréhender.

“ Faut croire que je suis quand même perturbé comme garçon, peut-être que c’est toi qui aurait dû partir, finalement. “

Un sourire en coin et un clin d’œil complice ponctuaient cette déclaration face à l’air circonspect de Maxwell. Il ne parvenait pas à déterminer si l’ironie guidait ses mots ou s’il s’agissait d’une bonne dose de dévalorisation. Quelles que soient les raisons d’une telle attitude envers sa personne, le médecin ne s’attendait pas à une telle déclaration qu’il lui fallait comprendre. Des nombreuses hypothèses se présentèrent à son esprit, toutes à une vitesse telle que leur démonstration était infaisable. Elles étaient là, découlant de son égo, des constructions sociales, d’une analyse erronée, d’un schéma booléen défaillant, de probabilités circulaires, de désir, d’envie et de foi. Son incapacité à traiter les émotions se traduisait par un frein dans son raisonnement, ou plutôt un plafond de verre, l’empêchant de faire un choix parmi tous ces diagnostics. La solution à tout ce fatras était simple, d’autres données devaient être acquises. Voilà encore un de ses schémas qui donnaient envie aux gens de le jeter sur une nef des fous. Incapable de traiter la situation sur le plan émotionnel, il s’embarquait dans une espèce de rationalisation grossière où il réifiait les fruits de son délire.

Bien que la tentation d’enfermer Meursault dans une cage en verre jusqu’à entrer toutes les données dans son ordinateur mental était forte, ce n’était pas la solution la plus effective. Intrigué, une étincelle s’alluma dans ses iris et un sourire étira ses lèvres pendant que ses diagnostics se stockaient dans un coin de sa tête. Le désir sexuel s’était sublimé en un désir différent, plus socialement acceptable et loué dans les fictions. Avec cet air maléfique qui lui seyait si bien, ses yeux fixés dans les siens, il lui répondit d’une voix posée qui contrastait avec toute l’effervescence qui agitait ses neurones dansants.  

« Je ne sais pas pourquoi tu « m’aime bien » comme tu dis, ni ce que tu attends de moi mais tu ne me semble pas si perturbé que ça. »

Comment pourrait-il l’être alors qu’il l’aimait bien ? Un petit rire ponctua sa phrase. Au final, ce terme lui avait servi de qualificatif une large partie de sa vie et résonnera jusque dans sa tombe. Il ne pouvait qu’être content de partager un tant soit peu ce poids avec un autre être humain. Un autre être humain pour lequel le désir était fort. Lentement pour ne pas le brusquer, le médecin glissa sa main de sa joue jusqu’à sa nuque. Peau contre peau, voilà un infime aperçu de ce qui guidait les actes mortels depuis le commencement. Plus proches, les parfums et les souffles s’emmêlaient dans une orgie de phéromones. Il s’approcha encore pour poser sa bouche contre la sienne et donner un goût de réel à sa narration. Leurs lèvres ne s’étaient pas frôlé qu’une sonnerie se fit entendre accompagnée d’une forte vibration dans la poche de son jeans. Réinstaurant une distance respectable entre eux, il se saisit de son téléphone avec une certaine colère. Cette sonnerie, c’était celle de l’hôpital. Obligé, il décrocha.

« J’espère qu’il y a au moins un mort … Je ne suis pas de garde, appelez Welsh … Mais je m’en fiche qu’il a fait une intoxication alimentaire … Il n’y a pas un interne qui peut y aller ? … Je suis à Bray, j’en ai pour 40 minutes de route … Ouais ça va j’ai compris j’arrive. »

La voix dans le téléphone continuait de parler qu’il raccrochait déjà, sincèrement énervé. La seconde d’après il était debout, occupé à remettre sa veste et fermer sa chemise. Le voilà partit pour une nuit blanche, et pas celle qu’il fantasmait moins d’une minute plus tôt. Ses clés de voiture dans sa main droite, prêt à disparaitre dans la seconde, il regarda Meursault, déçu de ne pas avoir pu aller au bout de son entreprise.

« L’autre imbécile de Welsh ne peut pas assurer sa garde et je vais pouvoir passer ma nuit aux urgences à sa place. »

Pour se calmer, il se passa une main sur le visage. Son verbe n’était toujours pas performatif et son toucher n’était toujours pas guérisseur, ni anxiolytique d’ailleurs.

« Je t’invite au restaurant. Samedi, ça te va ? »

Il n’attendait pas vraiment de réponse, les formalités pouvaient se régler par messages, ses pas le guidaient déjà vers sa voiture, son attention redirigée entièrement sur son téléphone alors qu’il cherchait le numéro de son collègue malade. C’était quand même le comble pour un médecin, l’ironie continuait de ponctuer son Iliade.  

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