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Féestaff
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 Do you come here often ? | ft. Nemesis

Do you
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often ?
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Lorsque l’on te voyait ainsi, assis sur un muret de pierre, à siffloter un morceau de Mozart en affûtant ta pelle, à quelques pas à peine des premières pierres tombales, il y avait un monde de questions à se poser sur les prédispositions qu’un homme pouvait avoir à se plaire dans un métier pareil. Jamais de peine ni de malaise, tout au plus une rare mélancolie, un élan lyrique, une bouffée de plaisir - tu n’avais jamais autant de joie de vivre qu’entouré de la mort en définitive. C’était devenu évident que tu prenais les lieux comme ton propre territoire, tu ne te privais jamais de saluer les visiteurs endeuillés qui passaient le grillage, assénant risettes et regards bienveillants, suivant des yeux leur pèlerinage entre les stèles. Tu les dévisageais quelques fois trop longtemps sans même t'en rendre compte, tu ne réagissais pas à leur mal-être. D’aucuns te trouvaient particulièrement étrange, mais il n’y avait rien de soupçonnable derrière cet écrin de politesse. Tu étais heureux d’être là, c’était tout ce qu’il y avait à savoir - on ne pouvait pas condamner un homme pour son sourire.

Depuis le temps que tu étais posé à Bray, tu t’étais mis à les retenir, ces visages qui venaient trop souvent. Tu illustrais ces tombes, ou ces corps que tu déterrais, des portraits de leur entourage, et tu les apprenais et les faisais renaître au relief de ceux qui étaient encore vivants. Celle-ci, par exemple - qui se tient un peu plus loin, et sur lequel ton regard aiguisé se pose. Ce port altier, cette grande silhouette, cette peau brune si remarquable dans un pays comme l’Irlande. Simmons, son nom de famille, si tu le sais, c’est parce que tu connais la tombe devant laquelle elle se recueille. Tu t’en souviens comme si c’était hier : cette femme fière, isolée de la masse, portant son deuil. L’épouse tenue à l’écart qui ne voyait personne sinon le défunt ; le tracé des larmes sur ses pommettes, ce genre de détails qui avaient monopolisé ton attention plus que tout le reste. Lorsque tu la vois ainsi entretenir la tombe de son époux, tu jurerais qu’elle se penche sur lui quelques fois et qu’elle lui parle - un détail que tu as l'audace de trouver charmant.

Tu te lèves finalement, laissant derrière toi ton outillage, et tu avances silencieusement dans sa direction pour ne pas interrompre ses confessions. Le pas tranquille, le sourire aux lèvres, la main glissée dans la poche d’un pantalon trop cher pour son usage. Respecter le deuil, respecter le recueillement - tu fais toujours de ton mieux, mais ta curiosité déborde. Tu l’as laissée tranquille aux funérailles et c’était déjà beaucoup, d'autres n’avaient pas eu cette chance. Tu te tiens à côté d’elle, et laisse passer quelques secondes de silence pour lui laisser remarquer ta présence et ne pas la surprendre. « C’était un homme chanceux, votre mari. » Vraiment ? Vraiment ? Quel tact, Basil, tout à fait la chose à dire d’un homme tué dans un accident de voiture. Il n’y a pourtant pas de moquerie dans ta voix trop basse, tout juste une constatation. « Vous le visitez souvent, vous deviez l’aimer beaucoup. » Eh bien, c'est son mari, pas vrai ? Toi et l'amour, c'est une drôle de vieille incompréhension. Pas besoin d’un bonjour, le sourire en fait office. Et pas de main tendue, car qui voudrait serrer la main d’un fossoyeur ? Dans ta propre famille, il y en a plus d'un qui ne veulent même plus te regarder.
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Basil & Némésis

   
“Tears shed for another person are not a sign of weakness. They are a sign of a pure heart.”    

   Comme souvent j'étais venue refleurir la tombe d'Allister. C'était une habitude quotidienne qui, sans doute, s'estomperait au fil du temps. C'est du moins ce que l'on me disait quand on me croisait, bouquet en main, sur le chemin du cimetière. Sa famille me regardait passer en murmurant que je prolongeais trop la comédie mais leur avis m'importait peu, si je n'avais pas su à quel point ils avaient déçus Allister je leur aurais laissé l'héritage qu'ils convoitaient tant. Mais le tribunal avait fini par trancher, Allister savait ce qu'il faisait en me léguant l'essentiel de sa fortune, le testament ne serait pas annulé. Leur haine était palpable dans le bureau du notaire et le reste encore quand j'ai le malheur de les croiser. Nul doute qu'ils me tueraient, s'ils osaient, pouvaient, s'ils avaient une chance d'en retirer quelque chose. Par précaution j'avais fait mon propre testament, tout l'argent d'Allister partirait dans des œuvres caritatives. Albrecht en avait été malade.

J'arrive au cimetière, me penche sur la tombe pour enlever le bouquet fané et le remplacer par le nouveau. J'essuie la pierre tombale récemment posée et souris tristement. C'est une belle tombe, pour autant que ces mots aient du sens, pour autant qu'Allister puisse la voir. J'espère que non, qu'il n'a pas du voir la bataille contre sa famille, ma douleur, leur laideur. J'espère qu'il est dans cet ailleurs dont je garde une image si apaisante.


Albrecht, toujours terre à terre, me rappelle à la réalité :
   

" T'es toujours prisonnière ici, dans cette peau de négresse en plus, et avec nous ! Alors tu arrête de faire ta mijaurée et tu nous trouve une solution !   ".

   

" Je sais que tu n'as aucun sentiments Albrecht mais tu pourrais avoir le bon sens de te taire. ".

Normalement Sheldon est un timide, je l'entends très peu et déjà le magicien que j'ai connu était discret et peu habitué aux contacts humains. Mais Albrecht lui tape sur les nerfs et réveille le super-héros qui sommeille en lui. Enfin c'est comme ça qu'il le voit.

Je les écoute se disputer et dépose ma main gauche sur la pierre tombale, caressant le marbre froid, murmurant :

     

▬ "Peu importe la douleur de ce monde, ton souvenir me le rend précieux.".

J'aimerais retourner dans le plan astral, je sais que cela ne me fera pas oublier Allister, mais je crains que cela n'atténue mes sentiments pour lui, ou le souvenir que j'en aurais... Je ne sais pas comment l'expliquer, même à moi-même, c'est dire si c'est clair. Mais tuer mon magicien m'est impossible, d'abord parce que je suis sous son joug mais aussi et surtout parce que je suis moi. Donc je suis coincée ici jusqu'à ce qu'il meure de cause naturelle, ce qui, semble-t-il, pourrait prendre des années. Ou jusqu'à ce qu'il se réveille, ce qui reste possible quoiqu'improbable. J'ai beau être globalement fort gentille, j'avoue préférer largement la première solution. J'ignore ce qu'il pourrait me faire faire s'il se réveillait.

J'entends le fossoyeur s'approcher, sa première phrase fait réagir Albrecht, je ne dis rien quant à moi :

   

" Te trouver belle..... Ben voyons ! Et le dire comme ça ! Un romanichel !   ".

Le fossoyeur développe sa pensée de façon bien plus cohérente et agréable, je me tourne vers lui tandis que Pénélope répond à Albrecht :

   

" Mais non c'est un romantique, il est trop mignon ! ".

Je me retiens de hausser les épaules, Basil n'ayant pas entendu les voix de mes anciens magiciens il trouverait cela étrange sans doute, je hoche la tête par contre.

     

▬ "Nous n'avons pas eu assez de temps ensemble, mais en effet je l'aimais plus que tout.".

C'est un peu bateau comme phrase, un truc que Pénélope aurait pu dire, ou lire dans un de ces romans à l'eau de rose qu'elle dévore. Mais c'est vrai pourtant. J'observe la tombe une seconde et ajoute à l'attention de Basil :

     

▬ " Je suis Nemesis Simmons, je voulais vous remercier pour....La pierre tombale et l'entretien du cimetière. Il est très beau, vous devez être fier de votre métier.".

C'est peut être ridicule de dire cela mais j'ai toujours pensé qu'il était important de dire les compliments que l'on a en tête, parce qu'on dit les critiques trop facilement. Et puis il vient de m'aborder en me disant que mon mari était chanceux, donc je crois que coté maladresse je ne risque pas grand chose.
   


(Les pensées d'Albrecht de de Pénélope et de Sheldon ne sont audibles que de Nemésis, d'où l'italique)
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Elle ne laisse paraître aucun signe apparent de dérangement, tout du moins aucun suffisamment grossier pour que ton esprit bancal ne le perçoive. Tu as de la chance qu’elle ne soit pas susceptible, qu’elle ait pris le temps de voir où menait ta pensée avant de mésinterpréter quoi que ce soit. On dirait que tu es tombé sur une romantique ; je dirais bien que vous êtes deux, mais il est vrai que tu as ta propre définition. Les litanies amoureuses, les romans à l’eau de rose, c’était d’une telle insipidité, et il fallait que l’on y mouille un peu de deuil pour que tu y trouves un tant soit peu de saveur. Elle ne pleure pas, mais tu cherches dans son visage cette autre chose, une peine silencieuse, l’empreinte délicate du tourment.
Elle se présente, Nemesis Simmons, tu te retiens de lui répondre : je sais, pour t’arrêter une seconde sur ce choix de prénom. Avec le recul, il ne t’avait pas semblé l’avoir entendu auparavant, tu en aurais été marqué un peu plus. Ce n’était pas fréquent, en fait ça sous-entendait presque toute une histoire, que tu mourais d’envie de connaître. Tu la dévisages avec intérêt, et ne peut t’empêcher un sourire amusé devant ses compliments. Apporter une maladresse et se faire remercier. Au moins, cela en faisait une qui s’en souciait. « Vous êtes bien aimable, mais je suis payé pour ça. » On ne te le disait pas souvent, pas un kopek de reconnaissance, les visiteurs avaient mieux à penser, mais il fallait les comprendre. En revanche si rien n’était entretenu, ils étaient tous les premiers à se plaindre. C’était un de ces métiers où tout était acquis au point de ne valoir que de l’ingratitude, mais peu importait puisque tu ne courais pas après les compliments. De toute façon, pour remettre en cause l’état de ton cimetière, il fallait le vouloir. Tu étais ici sur ton territoire, tout y était ordonné avec la même rigueur que dans ta propre maison, bien que laissant l’âge y prendre sa juste place.
Tu te fais pensif, avec un soupçon d'ironie dans la voix, dilué dans un peu de douceur. « N’est-ce pas cocasse… Vouloir faire d’un cimetière un lieu où il fait bon vivre. Je ne sais pas si je suis fier de mon métier, mais je l’aime. Je n’en changerais pas pour tout l’or du monde. » C’était plus qu’une expression. Un homme de ton rang, un homme de si bonne famille, qui avait réussi ses études aussi brillamment, aurait pu espérer tellement plus qu’un maigre revenu de fossoyeur. Tu étais déjà très aisé, tu aurais pu être beaucoup plus riche si tu l’avais voulu, mais l’argent n’avait pas de réelle valeur à tes yeux. Pas de valeur à côté de la passion, or c’était pour celle-ci que tu vivais.

C’était ses yeux que tu regardais, autant que possible. Essentiellement car cela te rendait la tâche beaucoup plus facile pour interpréter ses émotions. Quelque chose qui avait tendance à rendre mal à l’aise, et qui te donnait aussi cette drôle de présence. Il fallait que tu pèses tes mots, que tu te ravises à la première grimace. « Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer votre isolement aux funérailles de monsieur. » Une façon un peu moins directe de dire : je vous ai observé longuement. « Ce n’est sans doute pas à moi de le proposer, mais il n’est pas toujours facile de savoir à qui s’adresser dans ce genre de situation. Si vous souhaitez parler de quoi que ce soit… Il n’est pas rare que l’on se tourne vers moi en quête d'un bon conseil, et je sais faire preuve de beaucoup de discrétion. » Tu te prêtais au moins de bonnes intentions. Evidemment, tout ce qui t’intéressait au fond, c’était de savoir plutôt que d’aider. Savoir quelles drôles de circonstances avaient pu entourer l’accident de son époux, quelles complications devaient le faire se retourner six fois dans sa tombe, et avoir un sujet de conversation à soulever lorsque tu lui rendrais visite. Dans quel état avait-il fini, en charpie peut-être, une vision insoutenable que tu te serais fait un plaisir d’endurer. Ceci dit, tu étais indéniablement un menteur, mais tu avais des manies d’homme de parole. Tu n'aurais pas fait demi-tour après t'être si généreusement proposé.
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Basil & Némésis

“Tears shed for another person are not a sign of weakness. They are a sign of a pure heart.”

Je me tourne vers lui et souris légèrement. Il est vrai qu'il est payé pour cela, mais nombre de gens ne font pas bien ce pour quoi ils sont payés. Et je n'ai pas une grande habitude des cimetières mais il me semble qu'il fait un peu plus que ce pour quoi il est payé. Enfin c'est l'impression qu'il me donne lorsque je viens ici, je le vois rarement rêvasser appuyé sur une pelle. Il semble toujours occupé.


▬ " Ce n'est pas une raison pour ne pas remarquer la qualité du travail. Cela ne va pas toujours de soi."


Il enchaine et un nouveau sourire m'échappe, il a même réussi à faire taire Albrecht, temporairement, il a cherché quelque chose à critiquer dans le cimetière mais n'a pas du réussir, vexé comme un pou il boude. S'il savait à quel point nous adorons ses bouderies sans doute qu'il ne le ferait plus.... Mais c'est reposant il faut bien l'admettre.


▬ " Cocasse je ne saurais dire, ironique certainement mais apprécié, n'en doutez pas. Après tout le cimetière n'est pas vraiment pour nos défunts, je les espère loin d'ici, mais pour les vivants qui viennent leur rendre visite à la recherche d'un peu d'apaisement."

Il mentionne mon isolement, je baisse la tête, dérobant mes yeux à son regard inquisiteur. Il est vrai que sa famille me détestait. Je n'ai jamais pu leur en tenir rigueur, ils voyaient en moi une opportuniste venue le voler et..... Et bien ce n'était pas si loin de la vérité. Certes c'était contre mon gré mais tel était mon but, la raison de ma présence dans sa vie, dans ce monde même. Je n'aurais jamais pu lui expliquer mes raisons, il ne savait rien de ma nature, rien des liens qui m'emprisonnaient. Je soupire légèrement et réalise que le fossoyeur est encore là, et que je n'ai pas répondu à son aimable proposition, ou à sa question déguisée en tout cas. Quant à sa famille.... Ils n'étaient pas très proches, entre eux ou avec lui. Ils ne craignaient pas tant que je lui brise le coeur que la perte de leur héritage. Il en était conscient et me le disait souvent quand la tristesse se lisait sur mon visage et qu'il les en croyait responsables. S'il avait su....Si j'avais pu lui dire.



▬ " Sa famille se méfiait de moi, une femme jeune, belle, pauvre tombant ainsi amoureuse d'un homme bien plus âgé et fortuné qu'elle.... Ils étaient suspicieux. Ils craignaient que je ne cherche à prendre leur héritage. "

Le temps leur a donné raison, la fortune de mon époux m'est revenue à sa mort. A mon grand désarroi. Mis à part la maison où j'avais tant de souvenir j'avoue n'avoir aucun gout pour l'argent, le luxe ou le style de vie qu'il permet. Ce n'est pas ce que je cherchais avec lui. Je crois que ce qui me manque le plus c'est son rire, si chaleureux, sincère, entier. Il riait comme si les lendemains n'existaient pas. Comme un jeune homme insouciant. Mais sa famille ne le savait pas, comment aurait-elle pu ?


▬ " Au final ils avaient raison, je suppose, je suis la principale héritière. Mais je donnerais tout pour lui dire au revoir, avoir une dernière journée avec lui, l'entendre rire une dernière fois."

Est-ce plus facile de perdre un être aimé quand on as le temps de s'y préparer ? De lui dire adieu ? Comment le saurais-je moi qui n'ai jamais aimé qu'un homme ? Je relève la tête vers le fossoyeur, un sourire contrit sur le visage.


▬ " Je suppose que c'est un peu théâtral et sans doute très cliché, mais c'est ce que je ressens. "


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Tu te souciais de moins en moins de prendre des pincettes en la voyant si réceptive, et ses sourires te semblaient naturels malgré le deuil encore présent. Elle semblait sereine, en confiance - elle te rendait en tout cas la conversation plaisante, et le cimetière autour de vous te mettait d’autant plus à l’aise. Tu sais pourtant que tu as tout intérêt à conserver un filtre, et tu la tiens strictement au centre de la conversation. Quand elle s’obstine d’ailleurs à complimenter ton travail d’entretien, tu l’acceptes d’un « merci » presque timide – d'accord, tu n'aimais pas les compliments, c’était plutôt pour te débarrasser d’un échange inutile, et tu avais dévié le sujet sur ta piteuse plaisanterie. Tu aurais laissé couler, si toutefois elle n’avait pas dit quelque chose d’étonnant. En fait, peut-être pas si étonnant, mais sur le coup, ses mots t’ont laissé comme insatisfait. A l’entendre, le cimetière ne serait pas pour les morts - et ce n'était pas totalement idiot. Il était sans doute pour les familles désirant faire leur deuil ou porter hommage à leurs défunts. Quand on te connait un peu, on peut presque voir combien cette idée te contrarie. De te confronter au fait que les morts ne sont plus vraiment là, que tu ne travailles pas tant pour eux que pour les frères, les conjoints, les enfants – les parents, pour les plus malchanceux, qu’ils viennent chaque jour ou, plus vraisemblablement, un maigre quart d’heure tous les quelques mois.
Tu restes une seconde en suspens, amorces un rire qui retombe aussitôt, une ombre de contrariété et un sourire gêné ensuite te passent sur le visage. « Vous êtes croyante ? » tu lui demandes poliment, en cachant plutôt bien tout le mépris que tu avais pour la religion. Pour toi, pas de Paradis ni d’Enfer et pas plus d’Au-delà – un discours de lunatique que tu refusais d'envisager. Tu as essayé de te retenir mais ça semble être trop douloureux : tu ne peux t’empêcher de la contredire, les mots sortent tout seul, et pas très adroitement. « Pourquoi venir sur sa tombe puisqu’il est loin d’ici ? Non, vous venez et vous lui parlez, je vous ai vue faire. C’est la preuve que vous savez aussi bien que moi que votre mari est là-dessous. » Tu ne travaillais pas pour les vivants. D’ailleurs, en fait, cette seule idée avait de quoi t’irriter beaucoup. Si tu n’étais ici que pour faire plaisir aux vivants, il y avait une douzaine de tombes au moins et sans doute beaucoup plus que tu n’aurais pas besoin d’entretenir, puisqu'elles ne recevaient plus de visite du tout, et personne ne semblait s’en soucier plus que cela. Tu les voyais, ces morts, tu leur parlais, et il n’y a jamais qu’à eux que tu voulais bien rendre des comptes. Mais peut-être que tu ferais mieux de ne pas insister, et tu as reporté ton attention ailleurs, comme pour mettre fin à cette conversation.

Une chance peut-être pour toi, elle avait comme l’esprit ailleurs. Tu es sans doute une contrariété mineure à côté de ce que sa belle-famille lui fait endurer. Tu devrais être compatissant sans doute, tu devrais, tu n’auras qu’à faire semblant. A défaut, tu es au moins à l’écoute, étant un peu l’esclave de ta curiosité. Elle dresse son portrait, la belle jeune femme, un peu trop parfaite en somme, qui viendrait profiter de la naïveté d’un riche propriétaire, une histoire qui sonne malheureusement quelques clochettes désagréables. Au final, ils n’avaient sans doute pas tort de s’en méfier, tu t’en serais méfié toi-même, après une expérience semblable – l’argent ôtait aux hommes tout principe, et tu en connaissais, des femmes cupides. Contradictoirement, de ce que tu voyais, ce n’était pas les plus pauvres qui étaient le plus sans scrupule. « Ne leur donnez pas raison si vous n’en aviez pas après l’argent. Ou si vous leur donnez raison, attendez-vous au pire. En fait... attendez-vous au pire, de toute façon. » Si tu pouvais lui donner un conseil, c’était bien celui-là. Tu les connaissais ces petits jeux de pouvoir, ces guerres intestines – mais à l'entendre se décrire, elle n'était pas de ce milieu, et sans doute pas préparée à tout ça.
Sur une note moins inquiétante ou presque, tu accueillis sa dernière volonté d’un vague acquiescement qui se voulait compréhensif. Tu es resté un temps en suspens, et tu lui as dit, comme une messe basse : « Vous pourriez ». D’accord, c’était peut-être tout à fait inquiétant en fin de compte – et tu t’efforces à présent de développer ta pensée. « Hypothétiquement. Vous pourriez le revoir, le temps d’une journée. L’entendre rire, sans doute pas, mais lui faire vos adieux autrement qu’au travers d’une stèle. » Tu te tournes tout à fait vers elle, les traits de ton visage on ne peut plus sérieux. « Je pourrais vous le laisser une journée, ou davantage si vous le souhaitiez. Si vous étiez prête à me faire confiance. Je pourrais vous le sortir de là, vous le confier en toute discrétion. » Confiance ? Elle aurait mieux fait de te gifler tout de suite, tant ce que tu lui proposais était immonde et impensable. Et le pire dans l’affaire était qu’il n’était pas si facile de t’en vouloir, puisque tu étais tout à fait convaincu de lui faire plaisir. Et après tout, pourquoi pas ? Peut-être qu'au fond elle était aussi bizarre que toi.
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  Croyante.... Quand on a vu l'Au Delà de ses propres yeux (enfin façon de parler), ce n'est plus vraiment être croyante ou avoir la foi, techniquement cela devient presque de la science. Encore que certains ne croient pas en la science mais c'est un tout autre sujet... Plus ou moins. Je secoue donc la tête en réponse à sa question.

   

▬ " Spirituelle, à ma façon mais pas croyante. Je ne crois pas en Dieu, mais je crois que nos actions ont des conséquences, pas sur la vie après la mort, mais sur le monde qui nous entoure et dans lequel on vit."

Je l'écoute argumenter, je comprends son raisonnement sans être d'accord avec lui. Peut être a-t-il raison à sa façon ou peut être est-ce important pour lui de penser cela. Comme il est important pour moi de le croire ailleurs, loin de ce cercueil, de ce cimetière si bien entretenu soit-il.

   

▬ " Je viens lui parler ici car l'endroit est apaisant. Mais je lui parle aussi chez nous. Je crois que je me parle à moi-même plus qu'à lui, au fond. C'est comme un journal intime, l'écriture en moins. Mais ce n'est que mon avis, pas forcément la vérité, je ne souhaitais pas me montrer désagréable, je vous prie de m'excuser."

Cela semble important pour lui, cela ne l'est pas pour moi. J'espère le retrouver dans l'Au delà sans vraiment y croire. De toute façon pour l'instant je suis coincée ici, jusqu'à ce que mon Maitre décède ou me révoque. Ce qui sera difficile dans son état végétatif actuel.

Il reprend le sujet des héritiers et je souris, hochant la tête à son conseil final. C'est un peu ce qui m'effraie, d'autant que même quand je m'attendais au pire ils ont déjà réussi à me surprendre. Je n'ai pas une grande imagination en terme de plans machiavéliques et de méchanceté pure. Eux par contre..... Je soupire légèrement et me reprends, arborant à nouveau mon sourire de façade devenu habituel depuis mon veuvage prématuré.

Je fronce toutefois les sourcils à sa proposition. Je ne comprends pas ce qu'il veut me dire. Pénélope quant à elle s'enflamme déjà, il faut dire que plus que tous les autres elle adorait mon époux, lui qui avait si bien accepté l'idée que je sois totalement folle à lier, même s'il ignorait tout de ma véritable nature.

 

" Tu imagines ?!  Le revoir, l'embrasser une dernière fois, te perdre dans son regard.... ".


Mais comme toujours Albrecht vient gâcher ses espoirs, ceux que je n'avais même pas encore osé caresser moi-même.

   

" Mouais...La nécromancie ça rafraichit pas les corps hein, il est là dessous depuis combien de temps déjà ? Son regard sera pas si frais quant à l'embrasser....Faut aimer le gout de pourriture quoi... Chacun son truc.  ".

Je tressaille, dégoutée par l'image qu'Albrecht envoie obligeamment dans mon esprit. Celle du visage tant aimé rongé par la pourriture et les vers, se penchant vers moi, bouche ouverte, sa langue tombant à mes pieds, remplacée par un cafard immonde. Merci Albrecht, vraiment.....

   

▬ " Je.... Je suis désolée.... Je ne comprends pas."

Ou peut être que je comprends, trop bien. Peut être qu'Albrecht a raison, d'autant que le sujet l'avait intéressé. Je regarde le fossoyeur, intriguée, me retenant d'espérer quoi que ce soit, d'autant que les visions d'Albrecht continuent de m'envahir même si Pénélope et Sheldon font de leur mieux pour faire tampon. Mon esprit est un champ de bataille et mon cœur ne vaut guère mieux à cet instant. Le revoir, lui dire au revoir.... Cela rendra-t-il sa perte moins douloureuse ? N'est-ce pas horriblement égoïste ? Ou juste terriblement naïf ? Voire les deux ?

 


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C’est vrai, elle t’avait contrarié. Quand cela touchait à tes raisons d'être, tu ne pouvais te permettre de laisser le monde remettre tes certitudes en question. L'impression que plus rien n'avait de sens était trop affreuse, mais c’était pour tout le monde pareil au fond - à ceci près que tout le monde ne consacrait pas sa vie aux morts. Pourtant, tu sembles assez satisfait de sa réponse, tu te réjouirais presque d'apprendre qu'elle n'est pas croyante. Mieux encore, tu te reconnaissais assez dans ses convictions, encore que sa façon de les exprimer te laissait sur ta faim. Parce que toi, tu ne voyais rien de spirituel dans le fait de croire à la causalité. D’ailleurs, que ce soit le rapport de cause à effets, l’enchevêtrement des phénomènes ou leurs interactions, l’ensemble avait tout de scientifique dans ses fondements, et aucun de ces principes ne supposait une existence post-mortem. De ta part bien sûr, c’est l’hôpital qui se fout de la charité, considérant que tu parlais aux morts autant sinon plus qu'elle. Mais tu ne dissociais pas le corps de la personne, et tu ne supposais jamais que tes mots soient entendus, ce qui expliquait aussi ce timbre de voix trop doux, trop inaudible, qui n'attendait pas de réponse. Tu pouvais même presque te reconnaître dans cette expression de journal intime, ce cimetière à lui seul était un peu le journal de tes méfaits, quoi qu'il n'y avait que toi qui soit en mesure de le lire. Malgré tout, elle s’excuse, sans doute ne voulait-elle pas te faire de tort – et tu t’empresses de la rassurer sur ce point. « Non, je vous en prie » lui as-tu répondu poliment, un peu confus en apparence, « il n’y a pas de mal ». Tu ne pouvais rien reprocher face à une telle considération, et vous aviez donc passé le sujet.

Peut-être aurait-il mieux valu que vous ne le passiez pas. Tu aurais dû te douter que cette proposition avait tout d’inacceptable dans le vrai monde, qu’il n’y avait que toi et quelques rares illuminés historiques pour envisager de se coucher le soir à côté d’un défunt. Il en existait, de ces veufs qui vivaient si mal de perdre leur compagne qu’ils en gardaient le corps des semaines sans vouloir le déclarer, et leur parlait comme si la vie n’avait jamais quitté leur sein. Tu étais presque l’un d’eux, pour détenir dans ta chambre des années plus tard la tête évidée de la seule femme qui t'ait évoqué l'amour. Et tu n’y voyais rien d'absurde, tout en sachant pertinemment qu’au regard de la société cela n’avait rien de sain ni même d’enviable. La réponse de Nemesis aurait dû te ramener à la prudence – elle est hésitante, les émotions se succèdent sur son visage plus intensément qu'un instant plus tôt, te permettant de les lire un peu mieux. Tu devais savoir qu’il était temps de faire machine arrière, de prendre congé, d’éviter les complications. Mais tu ne voulais pas.
Tu as tout de même marqué un silence. Pesant le pour et le contre, observant cette femme en deuil que ta proposition aurait pû ravager de long en large. Tu la dévisages avec cette étincelle dans le regard, fouillant ses yeux dans l’espoir d’y trouver un écho. Elle disait ne pas comprendre, peut-être avait-elle peur de comprendre plutôt, et il est vrai qu’à te regarder et t’entendre, on pouvait douter que tu proposes une horreur de cette envergure. Puisque tu jurais respecter les tombes plus que personne, d’où pouvait-il te venir te les profaner toi-même ? Tu as entrouvert les lèvres, cherchant le mot juste, envisageant à peine une issue de secours. Et tu t’es lancé à l’eau. « Voudriez-vous que je vous rende le corps de votre mari ? » Ce choix de mots trahissait ton sentiment d'appropriation, comme si ces piles de cadavres, passées sous ta protection, devaient subir le joug de tes envies les plus spontanées - mais tu pouvais tolérer de lui prêter celui-là. Tu t’es empressé d’ajouter, avec de l’embarras, les mots se cognant les uns aux autres, tu faisais preuve d’émotions sincères, puisque le sujet te touchait beaucoup. « Je sais ce que vous pensez, non je vous jure que je ne le fais que dans votre intérêt. Il n'y a rien de honteux à vouloir tenter l'expérience. C'est peut-être difficile à envisager, et je sais que c'est une opinion peu répandue... Excusez-moi, tout ceci restera entre nous, mais rien ne vous oblige à vous conformer à une société qui refuse de se confronter aux réalités les plus fondamentales. » C'était faux, tu ne savais rien de ce qu'elle pensait, et comment aurais-tu pu, tu n'étais pas fait comme tout le monde. Comment aurais-tu pu comprendre ce qu'elle ressentait, quand la première chose que tu fis de Meredith après l'avoir tuée fut de disloquer sa tête pour ne l'embrasser qu'ensuite. Tu ne pouvais pas savoir - tu ne pouvais pas savoir, et tu étais à court d'excuse.
BY CΔLΙGULΔ ☾

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