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 I guess that means you trust me - ft. Rod

I guess that means you trust meRod S. Wilde & Yukon Z. WrightLes joues rouge à cause de l’air si frais du matin, le front pourtant trempé de transpiration, comme à peu près le reste de mon corps, je fis encore deux petits tours du pâté de maison avant de m’engager sur le petit sentier qui me ramènerait chez moi, suivit par ma troupe à quatre pattes. Évidemment, les plus petits et les plus traînards étaient en fin de cortège, alors que les plus fous et les plus rapides m’avaient déjà dépassé. Les plus jeunes et les nouveaux étaient en laisse, que j’attachais à une ceinture-sangle autour de moi pour pouvoir courir sans être trop gêné. Depuis quelques années maintenant que j’avais toute cette ménagerie chez moi, j’avais fini par trouver les bonnes méthodes pour concilier les balades et mes habitudes. Le problème résidait surtout dans le fait que cette même ménagerie ne diminuait pas, elle avait même tendance à grossir, et tout particulièrement depuis le tsunami qui a ravagé tout Golden Coast. Le refuge était envahit par les pauvres bêtes qu’on avait pût rescapé des eaux, que ce soit les animaux domestiques des familles vivants dans le quartier, des errants ou de ceux que la mer avait amené là. Et forcément, personne pour venir les récupérer ou leur donner un foyer. Du coup, j’en avais ramené quelques uns chez moi… grosse erreur de ma part.  Mais c’était plus fort que moi, surtout après avoir rassurer ces pauvres bêtes, les avoir serrer dans mes bras alors qu’elles étaient encore tremblantes, impossible de les laisser derrière moi. Quand la ville se sera remise de la catastrophe, peut-être que quelques uns trouveront une nouvelle famille pour eux.

Le gravier crissant sous mes baskets, je m’arrêtais juste devant le porche, reprenant mon souffle tranquillement et jetant un œil derrière moi, attendant que mes quatre petits touristes se décident à se hâter un peu. Parmi eux, il y a avait une chienne de cinq ans, une Chow-Chow qui attendait des petits. Bientôt de nouveaux membres, mais qui ceux-là pourraient plus facilement trouver des propriétaires, les gens préfèrent toujours des chiots à des chiens adultes, hélas. Elle marchait dignement, en grande princesse qu’elle était, avec son air canaille. Bien sûr, contrairement aux autres qui avaient rappliqué bien plus vite quand j’avais commencé la distribution de croquettes sous le porche, elle prit tout son temps pour venir à mon niveau et me demander des papouilles avant de se pencher sur sa gamelle, toujours en princesse, parfaitement digne de son patronyme Princesse justement. Je profitais de leur temps de dégustation pour m’étirer longuement et filer en direction de la salle de bain, une bonne douche était nécessaire avant tout. Je n’avais pas tellement besoin de me presser pour aller bosser, déjà parce que The Fairy Road n’est pas très loin de chez moi et ensuite parce qu’en hiver, il y avait tout de suite beaucoup moins de monde qu’à la belle saison. Surtout qu’en dehors des Fées, il y avait peu de courageux sans ailes pour venir grimper les arbres et faire les parcours en plein froid. On en profité alors pour faire un peu de nettoyage, d’améliorer les terrains, de tester de nouvelles choses et de faire l’inventaire du matos. Rien de bien épique, mais ce calme loin de l’influence de la ville, loin de la réalité du drame récent, ça ne nous faisait pas de mal.

Tasse-thermos de thé en main, trois madeleines en bouche, je m’assurais que tout mon petit monde était dans le salon et au chaud devant le faux aquarium (parce que je ne me sens pas capable de garder des poissons chez moi, ce qui en soit est absurde), sur leur grand tapis duveteux avant de quitter mon foyer, verrouillant la porte mais laissant la trappe ouverte pour les chiens. Matin normal pour une journée normale, rien de plus. Sauf que la journée avait prit un aspect bien différent alors que sur mon lieu de travail, et devant le froid qu’il faisait, et l’approche des fêtes de fin d’année, les responsables, après à peine quelques heures, nous accorda le reste de la journée. En réalité, le temps qu’on nous livre de quoi éviter le gèle des parcours. Si la plupart, si ce n’est la totalité, de mes collègues étaient fort ravi de cette nouvelle, de mon côté j’étais déjà en train de soupirer et d’établir des plans afin d’occuper ma journée. Je détestais ne rien faire. Rester sans activité ne faisait pas parti de mes attributions, j’avais toujours ce besoin de faire quelque chose, de bouger, de pouvoir me servir de mes mains. Quelles étaient mes options ? Passer à l’entreprise familial voir s’ils n’avaient pas besoin de bras en plus. Passer au Refuge. Faire mes achats de Noël, parce que forcément, je n’avais toujours pas commencé à le faire. Ceci dit, en centre-ville, je pouvais toujours prospecter aussi auprès des familles qui voudraient un chien. Ouais, c’était peut-être bien le bon plan.

Mais en rentrant chez moi, cette nouvelle perspective de journée se cassa royalement la gueule en bas des escaliers. Déjà, devant la porte, je constatais qu’il y avait des traces de rayures autour de la serrure, des traces qui n’y étaient de toute évidence pas à mon départ. Fronçant les sourcils, je constatais que pourtant la dite-porte était fermée correctement, pas grande ouverte comme pour un cambriolage. J’allais vérifié que la clé de secours, celle que ma famille utilisait pour venir chez moi quand je n’étais pas là était toujours bien dans sa cachette (c’est-à-dire collé sous la gamelle de Foulkan, oui, c’est bien ce qu’il y a écrit dessus), ce qui était le cas. D’autant plus intrigué, je finis par entrer tout doucement, mais mon regard se posa immédiatement sur le tapis de ma ménagerie. Ils étaient toujours tous là, avec une silhouette en plus qui n’avait rien de canin ceci dit. Il me fallut quelques secondes avant de reconnaître qui était allongé là en plein milieu des chiens et de sourire, particulièrement attendrit. Estimant qu’il n’était pas nécessaire de le réveiller tout de suite, j’allais prendre la polaire sur le canapé pour l’en recouvrir tout doucement, lui épargnant ainsi de se chopper la crève. Le connaissant, et sachant sa situation, si c’était le cas, il n’allait pas se soigner de sitôt, ni même tout court.

Le laissant ainsi dormir, je préparais en cuisine du chocolat chaud avec de la chantilly, deux tasses avant de revenir dans le salon et de poser le tout sur la table basse. J’aurais aimé lui faire du café, mais depuis mon choc et en sachant que même le contact sur la peau pouvait provoquer mon allergie, je n’ai plus une seule trace de caféine chez moi. Au grand dam d’Alaska d’ailleurs. Accroupi à présent à côté de lui et de la meute, je le regardais dormir avec un léger sourire sur les lèvres, hésitant encore à le sortir des bras de Morphée. Finalement, et poussant un peu Brutus, je parvins à me faire une place dans ce sac de nœud, passant mes bras autour de lui et commençant à caresser son dos pour le faire émerger.

« Je vois que tu as enfin utilisé la clé que je t’avais donné. Ça me fait plaisir de te voir, Rod. »
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T’avais pas la moindre foutue idée de quelle heure il était. Matin, après-midi, soir, de toute façon il faisait toujours trop sombre à cette période de l’année. Même la date du jour, tu l’avais un peu zappée, pour dire. Tout ce que tu savais, c’est que tu te les pelais. Roulé en boule dans trois couvertures différentes, dans une semi-pénombre qui crevait par l’entrebâillement des volets. T’avais dans l’idée que si tu les gardais un peu fermés, le froid entrerait moins. C’était stupide mais après tout, t’étais pas docteur en physique, quantique ou classique d’ailleurs. Vitrage et volet, ça devait isoler mieux que vitrage tout seul, pas vrai ? Alors tu restais planqué dans cette pièce close, lumière éteinte aussi, t’avais comme l’impression de moins capter le froid comme ça. C’était de la superstition à ce stade - mais faut dire que t’avais toujours du mal à encaisser le froid. Pas étonnant pour un type aussi maigre et noueux, tu le sentais dans tes membres, dans la crispation de tes mains, dans tes articulations. Ton souffle, qui rebondissait contre tes cuisses repliées, c’était un peu le seul chauffage efficace que t’avais. Tu me diras, il faisait toujours plus chaud que dehors, y’avait quand même un peu de tiédeur dans ce bâtiment de merde - mais t’avais l’impression qu’elle t’atteignait pas une fois sur deux.
Tu reniflais. Bon, rien qui rompe tout à fait avec tes habitudes, après tout tu passes rarement 24 heures sans pleurer, ça fait bien sept ans que tu rates pas une occasion, et peut-être vingt de plus d’ailleurs. On croirait même que t’as les yeux explosés de naissance, parce que c’est rare qu’ils soient pas rouges, irrités et gonflés. Tu pleures plus que tu ne bois, t’es un peu un desséché de nature, et tout à la fois une source intarissable. Si les larmes étaient pas salées, tu serais peut-être la solution contre la sécheresse en Afrique et on t’aurait enfin trouvé une utilité. Manque de chance, elles sont salées. D’un autre côté, c’est pas plus mal que tu pleures, pas vrai ? Tu pleures quand t’es triste, quand t’as peur, quand t’es en colère, quand t’es fatigué, quand t’es heureux, quand t’es ému. Tu pleures tout le temps, mais c’est quand tu pleures pas, en somme, qu’il vaut mieux s’inquiéter : parce que ça veut dire que la dépression grignote de l’espace sur toi, que t’es mal barré parce que même pour pleurer, la force n’est plus là. Et là, tu pleurais pas. En fait, tu reniflais parce que le froid t’avait chopé, il avait percé sans mal ta piteuse défense immunitaire pour te mettre la goutte au nez. Du coup t’avais encore les yeux pétés, les joues, le nez et les oreilles flamboyants, un peu trop pale, un peu flou et beaucoup trop lent. Pourtant pour un mec carrément faible, t’étais sacrément increvable.

Tu commençais à grelotter, à en avoir sacrément marre. Ta productivité chutait dans ces eaux-là, et elle était déjà pas bien glorieuse de base. C’que ça serait bien, une bouillotte, tu t’es dit. Un truc chaud, doux. Puis un peu de vie, parce que t’en étais à douter qu’il en restait encore en toi. Puis de fil en aiguille, à force de penser à ce que t’aimerais et à ce que t’avais pas, ton cerveau a dessiné un chien. Quand je dis qu’il l’a dessiné, c’est probablement avec le talent d’un enfant de 4 ans, mais t’as au moins reconnu c’que c’était. Et puis, t’as pensé aux gens chanceux, avec du chauffage, avec des chiens - forcément t’as pensé à Yukon Wright. Quelle chance il avait ce type, dans la vie. Si t’étais pas certain de pas la mériter, t’aurais rêvé d’avoir la même. T’as pensé à sa maison, à ses chiens - c’était bizarre d’y penser, parce que t’arrivais pas à mettre des images dessus. Mais tu te repassais la chaleur, la douceur, les bruits, l’odeur de chien, les museaux mouillés. Tu sais, cette ambiance familiale, chaleureuse, pire qu’accueillante, et la voix de Yukon comme une berceuse en arrière-plan. Même quand t’écoutais pas ce qu’il te disait. Enfin, j’abrège, mais forcément, de fil en aiguille, t’as eu envie d’y aller. En plus, il t’encourageait pas à renoncer le bougre, il t’avait carrément laissé une clé pour t’enjoindre à passer le voir. C’que t’avais été embarrassé ce jour-là, t’avais essayé de refuser mais tu sais jamais dire non très longtemps. Tu t’es senti honteux, flatté, t’as eu l’impression de lui faire pitié et d’être apprécié en même temps - un sentiment bizarre, faut le dire, t’avais eu le rouge aux joues et tu t’étais mis à balbutier. Jamais de la vie t’oserais t’y rendre par toi-même, comme ça, sans demander, sans être invité, sans...
T’as regardé l’heure sur ton téléphone. La date aussi, et t’as réalisé que t’étais en semaine, qu’il était probablement en train de bosser. Si t’y allais maintenant, que tu y restais une petite heure tout au plus, tu pourrais être au chaud, voir ses chiens, et il en saurait jamais rien. Mais c’était mal, de s’introduire comme ça, sans prévenir, de profiter de la réussite d’un autre - c’était pas de son fait, après tout, si t’étais un raté. Ouais, mais dans le froid, là, l’idée se faisait de plus en plus tentante. T’avais envie, t’avais besoin de voir ses chiens. Même pour quelques petites minutes - ça t’aurait fait tellement plaisir. Et t’as débattu dans ton crâne - presque deux heures en fait, et plus le temps passait, moins t’aurais de temps sur place, plus la pression grimpait. C’était pas la première fois que cette hésitation te venait, en général tu hésitais jusqu’à ce qu’il soit trop tard et tu finissais seul et déprimé. Mais là, pour une fois, t’as cédé à la tentation. Et t’y es allé.

T’avais mis tous les vêtements que t’avais pu enfiler, les uns par dessus les autres - trois pulls au moins, deux écharpes, et les paires de chaussette n’étaient plus à compter. T’étais ridicule, on aurait dit le bonhomme michelin, et t’avais des manches multicolores qui te sortaient d’en dessous d’autres manches - ce que tu réalisais à peine, vu que t’étais daltonien. Juste de te tenir debout, t’avais mal aux jambes, les dents qui claquaient. C’est un miracle que tu sois allé jusqu’à West End sans crever. A l’arrivée t’avais le visage plus froid qu’un mort, tu sentais plus tes paupières et tu t’étais vautré à peu près quatre fois. T’as paniqué un siècle, t’as lu six fois la boîte aux lettres, pour être sûr de pas te tromper d’endroit, même si tu le connaissais - comme t’étais bigleux, t’étais jamais totalement certain. Même à toucher ton but, t’as hésité devant la porte, t’avais envie de vomir et le coeur qui battait la chamade de dessous ton milliard de vêtements, t’étais devenu à toi tout seul comme une batterie vivante. C’est que t’avais l’impression d’agir mal, de faire une effraction, t’avais peur de juste ouvrir cette putain de porte, même si Yukon, ça faisait un bail que tu le connaissais. T’es resté planté là si longtemps qu’à la fin tu sentais plus tes mains, tu tremblais de froid et t’étais fatigué - t’as eu un mal fou à glisser la clé dans la serrure finalement, tu l’as raclé bien trois ou quatre fois avant d’y arriver. T’as passé la porte, tellement nerveux et coupable que t’avais la poitrine en explosion. Mais c’était trop tard pour les regrets : voilà, tu l’avais fait.
A peine rentré, t’avais été envahi et engourdi par la différence de température. Plus de nuage devant ta bouche, t’avais le visage en train de soudainement cuire. Choc thermique, t’arrivais même plus à bouger - mais on t’avait pas attendu. Des chiens - va savoir combien, t’avais toujours vu trop mal pour faire l’effort de les compter - alertés par la porte s’étaient fait une joie de te sauter dessus pour te souhaiter la bienvenue. Y’en a un qui t’as bouffé un gant, t’as senti que tes doigts se faisaient lécher, et ça chatouillait tellement que tu t’es mis à rigoler. Là, t’étais bien, t’étais heureux, t’avais presque envie de pleurer. T’as fait quelques pas, t’es allé dans la pièce que tu savais la plus chauffée, et puis tu t’es laissé t’écrouler au milieu de cette mare de chiens. Tu les as tous pris dans tes bras, un par un - y’en a certains qui repassaient plusieurs fois mais tu le remarquais même pas. Tu mettais ton nez et tes doigts dans leur fourrure, t’avais enfin repris dix degrés. T’as retiré ce qui te servait de manteau, d’ailleurs il a fini comme coussin pour l’une de ces bienveillantes créatures - t’étais toujours sacrément enrobé cela dit, mais après cette ère glaciaire, ça te faisait sacrément du bien, de cuire à l’étouffée. Tout est retombé d’un coup, tous ces efforts, toutes cette nervosité, t’étais plongé dans un bain tiède, et t’étais au Paradis avec tous ses chiens. Franchement, t’as pas dû lutter bien longtemps, après tout ça on comprendra très bien que tu te sois endormi tout bêtement.

Vu comme t’étais bien, c’était sacrément cruel de te réveiller. Et quand ce fut le cas… Pour être honnête, t’as pas compris ce qu’il se passait. Quand t’as repris possession de ton cerveau, encore empêtré dans le sommeil, t’avais complètement oublié où t’étais. Résultat, t’avais pour seule information une odeur de chenil qui te remplissait le nez (un miracle considérant qu’il était pas loin d’être bouché) et une paire de bras qui t’avait chopé et qui avait tout d’humain. Forcément, t’as eu un joli pic de stress à ce moment-là, tu t’es tendu autant que t’as pu le temps de comprendre que tu le connaissais. Le temps qu’il t’a fallu en fait pour reconnaître sa voix. T’étais pas loin de la crise cardiaque, et à côté de ça t’avait la bouche pâteuse et t’étais désséché - il t’avait rajouté une couverture en plus, comme si le chauffage chez lui ne s’apparentait pas déjà pour toi à l’Afrique. T’as balbutié, bouffant tes mots, tout en te débattant avec le court-circuit de ton cerveau. Un réveil en douceur, avec des caresses en guise de bonjour ? Clairement, t’y étais pas habitué. Avec un mot gentil en prime ? Et t’étais censé réagir comment à ça, au juste ? En plus de ça, t’avais beau savoir que Yukon était une crème d’adorabilité, tu pouvais pas t’empêcher d’y lire un reproche, un écho à ta propre culpabilité. « Désolé, j’aurais dû prévenir » tu lui as lancé, de ta voix pétée et endormie, que t’as râclé juste après pour avoir l’air moins ridicule la fois d’après.
Tu savais pas où crocher, et t’as essayé tant bien que mal de te redresser. T’avais envie de le repousser aussi, même si tu savais pas trop comment t’y prendre pour pas le vexer. Et puis t’avais toujours trois pulls et une couverture qui te maintenaient à 45 degrés dans une maison chauffée, ça te faisait des picotements dans le nez, et t’avais le cerveau sacrément lent. Tu l’as attrapé par les manches, tu l’as repoussé un peu, levant ton visage - t’avais l’air de chercher de l’oxygène et… T’as éternué, un éternuement ridicule et trop féminin d’ailleurs, suivi par deux ou trois autres, avant que tu ne le relâches pour t’essuyer le visage, un peu honteux et clairement embarrassé. « Pardon… Il est tard ? » t’as demandé, sans le regarder (de toute façon tu pouvais plus vraiment), essuyant tes yeux pour tenter de les sortir de la purée.
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 I guess that means you trust me - ft. Rod

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I guess that means you trust meRod S. Wilde & Yukon Z. WrightRod, c’était une longue histoire. Il avait l’âge, comme la plupart des gens que je connaissais à Bray, l’âge de mon petit frère, Utah. Je le connaissais depuis un moment déjà maintenant, ça avait commencé pour ma part au port, où il était là, assis à nous observer, sans qu’il y ait quelque chose de vicieux, de malveillant. Un regard innocent et rempli d’étoile sur notre tribu et sur le voilier familial, ce qu’aucun de nous ne puisse savoir ce à quoi il pouvait bien penser. J’avais été le premier à le remarquer, sans rien dire aux autres, comme pour le protéger, lui laisser cette tranquille, ce point d’observation sans que personne ne vienne le déranger. Après tout, il ne faisait rien de mal, il n’y avait rien de dérangeant de savoir son regard sur nous. Jusqu’à ce que Dallas le voit aussi et en parle aux parents. Non pas pour leur demander de faire quelque chose, mais juste pour le dire. Leur coupant tous l’herbe sous le pied, j’étais allé le voir pour lui proposer de nous rejoindre s’il le voulait, ou de boire un thé sur le voilier, de venir de plus près le voir, mais non. Il avait toujours refusé. Comme il l’avait fait bien des années plus tard quand je lui avais proposé de venir chez moi.

Ce qui expliquait mon agréable surpris de le voir là. De l’avoir là, dans mes bras. Pour le coup, c’était de mon fait ça. Mais rien qu’il ait franchit le cap et qu’il soit venu jusqu’ici, ça me faisait vraiment plaisir. J’avais eu cette envie, ce besoin de le prendre dans mes bras, de le sentir contre moi. Je ne m’expliquais pas cette nécessité, si ce n’est que lui-même avait besoin de recevoir un peu d’affection et de bienveillance. Loin d’avoir suivit toute sa vie, j’avais appris par un tiers ce qui était en train de lui arriver, sa vue baissait de plus en plus, et il la perdrait sans doute totalement. Je ne m’expliquais pas non plus pourquoi cette nouvelle me serrait autant le cœur. Il y avait sans doute une partie de moi qui se sentait bien trop chanceux par rapport à lui. J’avais eu de la chance que le couple Wright me prenne sous son aile, qu’ils me gardent, qui sait où j’en serais maintenant, dans quel état, ni même si je serais toujours là pour en parler ? J’aurais très bien pu avoir le même destin que lui et inversement.

A quoi ça tenait réellement la vie, hein… Ce qui me conforta d’ailleurs d’autant plus dans ma décision sur ma propre paternité. Il n’était pas question que je laisse la chair de ma chair avec cette roue du hasard de la vie pour une erreur de ma part et de mon incapacité à prendre mes responsabilités. Il n’était plus question de fuir. Il n’était pas question de rajouter un ou une malheureuse dans une souffrance inutile. C’était pour ça aussi que je voulais aider autant que possible Rod. Si on pouvait appeler ça de l’aide. Je tentais de lui apporter autant que possible ce dont il avait besoin, de le maintenir à flot. Ce qui n’était pas forcément évident avec sa confiance en lui quasi inexistante et qui estimait ne pas mériter quoi que ce soit. Il avait besoin de tout ça. Dans un sens, il avait de l’égoïsme dans mon comportement, je m’occupais de lui pour ne pas penser à ce qu’il y avait autour de moi, de ce que je devais faire pour me démêler de mes propres problèmes. De ce que je ne parlais à personne, de ce que je gardais pour moi et que je voulais réglais tout seul, mais plus tard, pour n’apporter de tort à personne. L’indépendance n’avait pas que du bon.

Quand Rod émergea, bafouilla, sursauta, ça oui, je l’avais bien senti aussi, je souris d’autant plus, ne parvenant pas plus que cela à me décrocher de lui, ne l’enfermant pas non plus contre moi. Je lui laissais la possibilité de s’échapper de mon étreinte comme d’y rester, sachant bien que ce n’était une chose facile pour lui. Je chassais ses excuses d’une moue. Cette clé était là pour qu’il puisse venir en mon absence, pas besoin de me prévenir. Elle était faite pour ces moments là. Que ce soit parce qu’il avait envie de me voir, de se mettre au chaud, de voir les chiens, ou n’importe quoi, il pouvait faire ce qu’il voulait. Et ce n’était pas faute de le lui avoir répéter. Je le regardais essayer de se redresser, j’étais prêt à l’aider quand il m’attrapa par les manches, ce qui me surpris un peu, ne sachant pas vraiment ce qu’il cherchait à faire par ce geste avant qu’il ne se mette à éternuer. Plusieurs fois. Bientôt imité par le plus petit de ma meute de poilu, Snoopy, à peu près le même que la bande dessiné. Ce qui me fit légèrement rire étant donné que leurs éternuements étaient quasi les mêmes. C’était adorable. Ayant profité qu’il m’ait relâché, je fit de même pour me lever, repoussant encore une fois Brutus qui en avait profitait pour s’affaler sur moi et allais lui chercher un mouchoir.

« Il n’est pas encore tout à fait midi. Enfin, il est pas encore onze heure et demi, pour être exact. Je t’ai fais un chocolat chaud. »

Je retournais près de lui pour lui tendre le dit mouchoir, ramassant au passage Snoopy qui était en train d’essayer de lui grimper dessus et de lui lécher le visage. En même temps, je remarquais les quelques gouttes de transpiration sur son front et son visage qui paraissait bien rouge. Ce à quoi je n’avais pas fait attention jusque là. Est-ce que c’était à cause de moi ? Je n’avais pas réfléchis en le couvrant, c’était un réflexe pour moi que de couvrir quelqu’un quand ce quelqu’un dormait, je n’avais pas réfléchis plus. Avec les chiens, le chauffage centrale et la couverture, ça avait fait un peu trop sans doute.

« Tu veux que je t’apporte un verre d’eau ? Si tu préfères quelque chose de frais plutôt que le chocolat, y a pas de problème tu sais. »

Le petit chien dans mes bras couina dans ma direction, me faisant comprendre sa folle envie de retrouver le sol et de sauter sur Rod de nouveau. C’était quelque chose qui me réchauffait le cœur ça aussi. Ils sentaient tous, mes amis à quatre pattes combien il était gentil et ne pouvaient s’empêcher de jouer avec lui, de venir lui réclamer des caresses et des câlins. Ce n’était pas vraiment le cas avec tout le monde, ils sentaient quand ils étaient en présence d’une personne qui les appréciait. Doucement, je déposais le petit fou avec ses compagnons et sans surprise, je le vis sauter sur mon ami, tirant sur les mailles du pull qu’il portait. Et là je vis qu’il n’en avait d’ailleurs pas qu’un. Plusieurs manches étaient visibles, différentes en tout point. Combien de couches est-ce qu’il avait là-dessous ?
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T’avais même pas encore fini d’émerger que tu te sentais déjà bien. C’était vraiment quelque chose de propre à Yukon, dans ta tête - cette ambiance de confort, de chaleur humaine, d’accueil et les chiens y étaient pour beaucoup. Il y en avait quelques autres pourtant, qui se souciaient de toi, dont tu appréciais la compagnie. Il y avait Alix, il y avait Alaska, il y avait Neve. Mais les chiens, les chiens - ça, c’était un entourage que tu adorais. De les voir, de les sentir tout autour de toi, leurs couinements, le tic-tic de leurs pattes sur le parquet, leur respiration lourde et joyeuse, leur queue fouettant l’air et tes mollets : t’étais ému, t’étais heureux. Leurs fourrures, leurs bisous mouillés. T’en avais des bouffées de bonheur, parfois même l’envie de pleurer, le coeur qui tapait de joie, tes mains qui se tendaient pour en attraper un ou deux, pour les réclamer. Quand l’un d’eux a fait écho à ton éternuement, t’avais pas pu t’empêcher de sourire, de rire même un petit peu. T’as laissé Yukon repartir, obnubilé par son armée de chiens, profitant qu’il prête moins attention à toi pour t’y replonger davantage - t’avais un peu peur qu’il te reproche de te les accaparer trop quand tu le sentais à côté de toi. Une crainte stupide bien sûr, comme toutes les autres - mais t’avais toujours tellement peur d’être un poids.

T’as acquiescé quand il t’a appris l’heure. Pour être honnête, il aurait pu te répondre n’importe quoi que tu t’en serais moqué. A ce stade de ta vie, tu différenciais plus les moments de la journée, sinon dans les rares moments où tu te rendais à la superette en bas de chez toi. La suite t’a fait relever la tête vivement. On va pas se mentir, pour du chocolat, t’avais du mal à dire non. Dire que tu adorais ça, c’était un euphémisme - t’étais tellement peu habitué à gober des trucs bons que quand c’était le cas, c’est simple, t’avais l’impression d’être heureux. Quelque chose de chaud, de sucré - même si tu cuisais littéralement dans tes vêtements, peu t’importait. T’avais juste beaucoup trop envie de ce chocolat chaud. Alors t’as continué de sourire, avec anticipation, t’avais hâte en fait de l’avoir dans les mains, comme si t’avais craint que si tu attendais trop, on allait finalement te le refuser. « Merci » - y’avait quelque chose d’enjoué dans ta voix. Parce que désespéré comme tu l’étais, t’en étais rendu à rayonner pour un truc aussi pitoyable que ça.
Encore un, t’as répété ce « merci » quand il t’a tendu son mouchoir. Dans ta tête, ça t’a mis un peu mal à l’aise de le répéter d’affilée une deuxième fois. Toujours des angoisses stupides - et une supplémentaire, quand tu t’es mouché avec un petit bruit de trompette et que t’as eu l’impression de déranger. Tu t’es frotté le bout du nez avec, tu l’as fourré au fond de la poche de ton pantalon un peu trop large, et puis t’as saisi ton premier pull avant d’hésiter une première fois. On va pas se mentir, t’étais littéralement en train de décéder. Le teint rouge, la sueur, le souffle court, et un peu le sentiment d’être oppressé. En même temps, t’avais pas envie de te débarrasser de tes pulls maintenant, parce que ça te donnerait l’impression de t’installer, de faire comme chez toi, alors que t’envisageais de repartir bientôt - dès que t’aurais fini de boire en fait, pour ne surtout pas t’imposer. Tu l’avais déjà squatté bien trop, pas vrai ? C’est pas parce qu’il était content de te voir que ça voulait dire que tu devais rester.

Il t’a proposé un verre d’eau plutôt, ou quelque chose de frais. Est-ce que tu donnais à ce point l’impression d’agoniser dans tes épaisseurs ? Peut-être bien, t’étais complètement en train de prendre sur toi pour essayer d’avoir l’air serein. T’aurais pas été contre que l’on te colle une glace à l’eau contre le visage, surtout que t’étais probablement fiévreux - comme tous les hivers depuis que t'es né. Mais remplacer le chocolat chaud par un verre d’eau ? T’aurais été capable de dire oui juste pour ne pas le contrarier, mais ça t’aurais probablement déprimé si fort que tu te serais mis à pleurer dedans, et t’aurais jamais osé lui expliquer pourquoi. T’avais la gorge nouée juste à cette pensée, t’as hésité quoi répondre. Un peu paniqué tout à coup, le coeur battant la chamade. T’aimais pas qu’on te demande un avis, c’était tellement plus simple quand on t’imposait les choses. « Je veux bien du chocolat chaud. Il est déjà fait, tu ne vas pas le jeter pas vrai ? » Tu disais ça pour cacher que t’en crevais d’envie. T’as commencé à avoir du mal à respirer, t’étais rendu bien rouge - c’est à ce moment-là que Snoopy s’est de nouveau précipité vers toi pour te lécher la bouille - ou tout du moins les mains, vu sa taille et la tienne. Les pattes sur tes genoux, et t’as forcé un sourire, malgré toi attendri. T’as frotté ses poils vivement pour l'amuser, il essayait de grimper sur toi, et toi t’étais prêt à te laisser écraser.
T’as fini par céder, probablement parce que ta tête commençait à tourner. T’as repoussé un peu Snoopy pour t’arracher un premier pull à mailles épaisses - en dessous, t’avais un sous-pull qui semblait plus petit que le vêtement qu’on devinait en dessous, et ça te donnait un air ridicule. Celui-là aussi, tu l’as retiré, et t’as respiré enfin, tu t’es senti infiniment mieux. T’avais plus qu’un pull avec un t-shirt dessous, t’étais enfin rendu plutôt normal. T’as défait l’écharpe qui t’avait pas encore quitté (l’autre s’était faite embarquer Dieu sait où), et t’as regardé Snoopy qui comprenait pas ce que tu faisais. Tu l’as regardé, l’air carrément embarrassé, et tu t’es mis à rire avant de le serrer contre toi. Tu faisais semblant d’avoir oublié que Yukon était là, juste parce que tu savais qu’il allait te trouver ridicule - et tu voulais surtout pas qu’il se moque de toi.
Et puis tu t’es levé finalement, vacillant un peu sur tes guibolles comme toujours. T’étais de nouveau à hauteur de ton ami, pour ne pas dire que tu le surplombais de plus de dix centimètres - une grande asperge sans un gramme de graisse. Pourtant de vous deux, c’était toujours toi dans le rôle de l’intimidé, qui regardait la carpette pour pas prendre le risque de croiser ses yeux. Là encore, tu l’as regardé en baissant la tête, toutou dans un bras et tes trop nombreux vêtements dans l’autre main, t’avais l’air ridicule mais pas trop mal à l’aise, c’était déjà ça. T’essayais de humer l'air, t’avais beau être un peu malade, ton flair était encore de plutôt bonne qualité. Dès que t’as pu sentir l’odeur du chocolat, tu t’es senti tellement joyeux au fond de toi, t’avais du champagne entre les côtes, t’avais envie de t’y précipiter comme un junkie en manque. Tes yeux pétillaient au moins autant, tu jetais un coup d’oeil dans la direction d’où ça venait, même si tu voyais pas grand chose. « Ça sent bon », tu lui as dit, à ton ami, avec un sourire maladroit. C’est seulement après que tu t’es dit que ça te donnait l’impression de réclamer - mais bon, pour du chocolat, t’étais prêt à faire une exception.
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 I guess that means you trust me - ft. Rod

I guess that means you trust meRod S. Wilde & Yukon Z. WrightAssis sur l’accoudoir du canapé, surveillant du coin de l’œil les tasses sur la table basse, les coups de queue trop enthousiastes étaient si vite arrivés, je n’avais pas spécialement envie de devoir nettoyer le tapis de la meute, le reste de mon attention était posée sur Rod, toujours assis au milieu des chiens, toujours aussi rouge. Jamais il ne m’avait été permis de le voir autant sourire, aussi bien que quand il était avec eux. Une toute petite partie de moi leur enviait ça. Pouvoir le faire sourire, le faire rire. Peut-être même avoir ses câlins. Ce serait me mentir à moi-même que de nier vouloir son affection, même si jamais, ô grand jamais je ne lui en demanderais, parce que j’avais bien trop remarqué qu’il n’était pas comme ça avec les humains, mais aussi parce que si lui-même n’en demandais pas pourquoi est-ce que je lui imposerai ? Je n’avais pas été élevé comme ça. L’affection venait naturellement, j’en avais toujours eu naturellement, avec mes frères, avec ma petite sœur, mes parents, mes partenaires nocturnes. Rod, c’était ironique, mais parce que je savais que je ne pouvais pas en avoir de sa part, je n’en voulais que plus en crétin que je suis.

Perdu dans mes pensées, j’en sursautais presque quand il répondit à ma proposition de verre d’eau, tellement perdu dans ma contemplation, qui n’allait d’ailleurs pas finir. Il attendait sans doute une réponse de ma part aussi, que je dise quelque chose, sauf que honteusement, je n’avais pas du tout écouter. Heureusement, pour me sauver la mise, ma très vielle mémère, Pénélope (et ne me demandait pas d’où vient son nom, il est sortit comme ça dès que je l’ai vu), une labrador couleur crème de plus de dix ans, vint me réclamer des câlins en posant ses deux grosses patounes avant sur mes épaules. J’échappais un rire en la faisant simplement descendre sur mes cuisses pour gratter l’arrière de sa tête, les yeux de nouveau sur Rod qui se faisait pour sa part sauter dessus par Snoopy. D’accord, leur éducation n’était pas vraiment parfaite, ils avaient tendance à être sauvage, c’est vrai, et les plus petits même étaient nettement plus bourrins que les plus gros. J’avais la mauvaise habitude de penser que les futurs propriétaires pourraient ne pas être aussi sportifs et joueurs que moi avec eux. Enfin, il n’y avait pas de mal, et le plus jeune joua même avec le petit nerveux. Enfin, avant ça, Rod avait commencé à retirer son gros pull, et puis quelques autres qui étaient en dessous. D’une part, j’étais étonné de compter tout ce qu’il avait, tout en connaissant sa situation, je me mettais difficilement à sa place, et imaginer devoir porter autant de truc sur le dos pour avoir chaud me dépasser vraiment. Peut-être parce que j’avais grandis sur un bateau, là où on n’a pas particulièrement chaud, et parce que mon élément est lié à quelque chose qui peut être froid (ou très chaud), je n’étais pas du genre frileux. Un tee-shirt et un pull me suffisait, voir pas de pull du tout, en intérieur. Dehors, j’étais quand même plus raisonnable. Mais en même temps, savoir qu’il était aussi couvert à cause du froid serrer un peu plus mon cœur. Si je le pouvais, je serais prêt à aller installer du chauffage chez lui. D’autre part, et même si c’était sans doute idiot de le voir de cette façon, alors qu’il avait juste chaud selon toutes probabilités, voir qu’il n’était pas prêt à tourner les talons, à se mettre suffisamment à l’aise, au moins pour boire son chocolat me rassurait.  

Continuant les papouilles pour Pénélope qui elle aussi avait le regard sur eux, du moins il me semblait, je continuais d’observer Rod et Snoopy en train de jouer, se faire des mamours et le tout avec une bonne humeur contagieuse. C’était adorable. Même si encore une fois, une toute petite partie de moi était jalouse. Pour rien au monde je ne l’aurais arrêté ou empêcher de passer un moment comme ça. Tout ce que je voulais pour lui, c’était justement qu’il ne puisse qu’avoir des moments de joie comme ceux-ci, le plus souvent possible. Même si je ne savais pas exactement ce qui se passait dans sa vie, déjà parce qu’il m’en parlait pas et qu’il ne le ferait sans doute jamais, il était facile de se rendre compte que rien n’allait comme il le faudrait. Il y avait un énorme pas en avant qu’il soit venu jusqu’ici et qu’il soit même encore là. Peut-être que petit à petit, il allait s’ouvrir un peu plus à moi, qu’il allait se sentir un peu plus en confiance, qu’il n’aurait plus peur de venir vers moi. Le chemin était sans doute bien plus long que ce que je pensais, mais j’aimais à croire que ma meute n’était pas la seule responsable.

Quand il se mit debout, le petite pile électrique à poil dans un bras, ses vêtements dans l’autre, je ne pus m’empêcher de sourire. Sourire de cette vision encore plus adorable. Sourire de notre différence de taille, et par la même occasion de personnalité, lui à baisser les yeux et la tête, recroquevillé sur lui-même, alors que j’étais beaucoup plus décontracté, les épaules dégagées, le dos bien droit. Même si au fond, j’avais un peu de peine pour ce que ça révélait de lui. Repoussant un peu ma vieille mémère câline, je me relevais pour prendre doucement ses vêtements.

« Je vais poser ça là, t’en fais pas. Que tu puisses te servir de tes deux bras, avec la terreur, et ton chocolat. »

Y allait doucement. Après nos retrouvailles un peu… virulente malgré moi, où j’avais débarqué chez lui avec les chiens, l’effrayant plus que le rassurant, j’avais appris à faire doucement, à ne pas avoir trop de gestes vifs. Et évidemment, ne pas trop le toucher. Ses pulls et son écharpe posés sur l’accoudoir que je venais de quitter, ils ne manquèrent pas de se faire renifler par ailleurs, j’allais attraper les tasses pour revenir près de lui et lui en tendre une. Entre le moment où je les avais fait et maintenant, la chantilly avait fondu et perdu de son gonflant. Dommage. Je ne doutais cela dit pas que Rod apprécierait quand même la boisson chaude. Et ce, même si je continuais de penser qu’un verre d’eau lui ferait aussi du bien après ça.

« Tiens. Tu peux t’asseoir où tu veux tu sais, ne te gêne pas. La seule chose que je te demande, c’est de ne rien renverser sur le tapis des chiens. Sur le canapé, sur la table, ça met totalement égal, mais pas sur leur tapis. Ça prend un temps fou à laver, et quand ils ne l’ont pas, ils s’accaparent mon lit. »

Pour ma part, je retournais m’installer sur le canapé, suivit de près par la mémère qui ne me quittait pas et qui envisageait très sérieusement de venir monopoliser à nouveau mes genoux, à défaut de toute ma personne. Sitôt assis, ses grosses pattes et sa tête étaient installées sur mes cuisses, m’empêchant à présent de remuer tout ce qui était sous le nombril. Pour la peine, je posais ma tasse sur le sommet de sa tête, ce qui ne fit que la faire souffler pour me faire comprendre son mécontentement. Soupirant, je regardais à nouveau Rod, incapable de me défaire de mon sourire. En sa présence, je ne pouvais que sourire. J’avais envie de lui transmettre ça, de le faire se sentir bien. Et puis… je voulais qu’il se souvienne de mon visage de cette façon. Avec le sourire. Que lorsqu’il songe à moi, ce serait avec le sourire.

« Je ne travaille pas aujourd’hui, alors si tu veux rester, tu peux. On pourra aller promener les chiens, si tu es prêt à les avoir tous autour de toi bien sûr. »

Autrement dit, ‘si tu veux rester avec moi’. Je me doutais bien de ce qu’il allait me dire, difficile de croire qu’il allait accepter de rester plus longtemps, mais on ne sait jamais, ça valait le coup de tenter.  
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De quoi t’avais l’air, debout, les bras chargés, à regarder alternativement un tapis flou et une silhouette vague, sans rien faire, sans oser bouger, exposé à ses regards. Tu te sentais clairement ridicule, c’était pas avec un chien et des vêtements dans les mains que t’allais pouvoir boire ton chocolat. Fallait que tu te décides à relâcher l’un ou l’autre mais tu voulais pas. T’avais pas envie de déposer tes affaires alors que t’étais pas chez toi, et t’avais pas envie de relâcher Snoopy alors que sa présence chaude et quelque peu agitée contre ta poitrine te faisait tant de bien. Fallait pas sous-estimer les bienfaits d’une pareille étreinte chez un mec dépressif comme toi - s’il existe des chiens de thérapie, c’est clairement pour une bonne raison. Ça stimule les hormones du bonheur, au point même de te mouiller les yeux. Alors le relâcher ? Tu pourrais pas. La perspective du chocolat chaud te faisait toujours envie, ceci dit, tu crevais d’envie d’y plonger tes lèvres, de profiter du goût et plus seulement de l’odeur qui te montait au nez. Heureusement, ton cas désespéré a su apitoyer Yukon - et il est venu te débarrasser des épaisseurs honteuses dont tu venais de te défaire. T’as hésité un peu d’abord, t’avais pas envie de le déranger, tu voulais lui dire « ne t’en fais pas, c’est bon », mais ça t’arrangeait assez. En fait, ce qui t’a retenu, c’est surtout la douceur dans ses mouvements - il y allait avec une telle délicatesse, une telle lenteur que ça te semblait naturel de les lui laisser, et tu t’es contenté de sourire en les lui cédant.
C’est con à dire, mais cette douceur, elle te remuait. T’avais beau être assez con, et pas comprendre les trois quart des choses qui se passaient autour de toi, t’avais au moins eu l’esprit de comprendre qu’il faisait cet effort là pour toi. Il te mettait en confiance, et t’étais tellement heureux de recevoir cette forme d’attention que t’as relevé les yeux vers lui avec émotion et tu lui as dit « merci ». Un petit mot mais tu l’avais tellement chargé que ta voix s’en était un peu alourdie - c’était clairement pas juste pour les pulls que tu le disais, mais y’avait quand même peu de chance qu’il l’ait compris. Puis une fois ton bras libéré, t’as ajusté Snoopy dans ton étreinte pour lui rendre la position plus confortable, t’as voulu coller ton visage dans ses poils mais la terreur t’as devancé et elle a préféré te lécher la face. Au moins, ça t’a dégagé de ta séquence sentimentale de gros fragile, et t’as pu respirer un grand coup et réorienter les pensées de ton crâne - manquerait plus que tu te mettes à chialer bêtement juste parce que t’étais touché.

T’étais à moitié en train de te disputer avec Snoopy quand il est revenu à la charge. La bestiole n’avait de cesse de vouloir te biser la trogne, et toi tu l’écartais chaque fois avec une succession de grimaces. Mais la lâcher ? Non, clairement pas - en fait, c’était évident que ça t’amusait. Mais quand ton regard s’est posé sur le chocolat, t’as très vite changé d’avis. L’ajustant à nouveau sur un bras, tu t’es empressé de tendre la main vers la tasse, obnubilé par la mousse à demi fondue qui flottait encore mollement à la surface. T’avais juste tellement envie de la boire que ton coeur avait accéléré de nouveau, et sitôt que tu l’eus remercié, tu l’approchas de ton visage.
Du moins, jusqu’à ce que tu prêtes attention à ses mots et que tu te figes, un peu inquiet. T’as zieuté autour pour savoir où se trouvait ce fameux tapis, comprenant que tu allais te faire disputer sévère et que Yukon allait te détester jusqu’à la fin de tes jours si tu avais le malheur de le tâcher. T’as éloigné la tasse avec un peu d’angoisse, tellement concentré sur ta maladresse que ton bras s’était mis à trembler un chouilla. Alors avant de boire, t’as pris la suite de Yukon, et tu t’es dépêché d’approcher le canapé. Là, t’as hésité - est-ce que tu avais le droit de t’asseoir ? T’es resté debout devant, hésitant, tasse et chien en main, et t’as fixé les cuisses occupées de Yukon le temps de te décider. T’as souri à Pénélope, comme si tu lui demandais l’autorisation de son maître de t’asseoir juste à côté. Fallait pas le prendre comme une envie de t’installer sur les genoux dudit maître par ailleurs, t’étais à dix milles lieues de ne serait-ce que l’envisager, mais bon sait-on jamais. Et après un débat interne un peu long, tu t’es assis timidement à côté de lui avec une bonne demie place de distance.

Au moins, à présent que tu étais assis, tu pouvais caler Snoopy un peu mieux et libérer ton second bras - ça te rassurait même, parce que t’avais plus à gérer la faiblesse ou la maladresse de tes jambes et tu pouvais te concentrer pour ne pas renverser ta tasse. « Ils tiennent vraiment tous sur ton lit ? » t’as demandé, amusé, en le regardant du coin de l’oeil. Puis t’as pas résisté plus longtemps - et tu t’es empressé de prendre une gorgée du chocolat qui avait déjà tiédi. C’est ce moment que choisit Yukon pour te proposer de passer une partie de la journée avec lui. Sur le coup, tes bras que tu maintenais si fermes étaient redevenus maladroits et la tasse remua un peu trop - la chantilly vient en lécher les bords et manqua de peu de chavirer par dessus. Tu t’es empressé de poser la tasse sur ta cuisse pour la stabiliser, un peu confus, silencieux devant l’hésitation. T’étais pris entre deux feux : l’inquiétude de choisir une réponse à donner, et le plaisir innommable que te procurait encore le goût du cacao. Pendant cinq belles secondes, t’es resté coi.
C’est là que tu as remarqué que ta lèvre collait, et tu t’es empressé d’y essuyer la mousse s’y étant accroché - embarrassé par le ridicule, et encore, t’ignorais qu’il t’en restait un poil sur le bout du nez. T’as fixé intensément le breuvage, le « oui » coincé dans la gorge qui refusait de sortir, pourtant t’avais la bouche ouverte. Tu l’as refermée, puis t’as souri. « Je ne veux pas te déranger plus longtemps, si tu as pris un congé tu devrais en profiter plutôt, tu dois avoir des projets. » T’as tourné ta tête vers lui pour le regarder comme tu pouvais. T’étais pas triste, ni vexé, ni quoi que ce soit à l’idée de refuser: tu trouvais ça normal après tout, t’avais pas envie de t’imposer. « C’est chouette que tu aies pu prendre une journée de repos. Ce sont les toutous qui vont être contents. » T’avais l’air stupide à les appeler toutous mais bon, la phrase t’était venue comme ça. Faut quand même avouer que t’aurais été tellement heureux de tous les promener avec Yukon, l’idée de passer la journée avec lui n’était pas déplaisante. Mais bon, les choses sont ce qu’elles sont: t’étais fataliste et tu l’acceptais.
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I guess that means you trust meRod S. Wilde & Yukon Z. WrightComplètement coincé par une bête d’au moins vingt-cinq kilos sur les cuisses, je n’avais donc pas d’autre choix que de rester où j’étais et d’attendre, tout simplement. Et de voir aussi Rod planté là devant moi, pendant plusieurs secondes, peut-être même minutes, sans oser se poser. Est-ce que j’avais été trop brusque par ma demande ? Je savais qu’il aimait être au beau milieu de la meute, mais connaissant sa maladresse et connaissant les fous, je savais que c’était une très mauvaise équation. Et pour peu que l’un d’eux reçoivent justement le chocolat chaud sur lui… ou plusieurs… Non, je n’avais pas envie d’y penser. Parce que la toilette de certains était un vrai calvaire. Sans compter ceux qui justement adoraient l’eau et voulaient eux aussi se retrouver dans l’eau… Dans ces moments là, je regrettais vraiment de devoir me charger d’eux tout seul. Encore que… j’étais certain que ça plairait à Rod et qu’il trouverait ça amusant. Alors à la limite… mais peut-être pas aujourd’hui, pas tout d’un coup.

Enfin, il fini par s’asseoir, à une distance peut-être un peu trop raisonnable à mes yeux, mais au moins, il était maintenant posé, et je me sentais soulagé qu’il ait accepté de le faire. Non pas par crainte des salissures, mais tout simplement de le voir continuer sur ce chemin de la confiance. J’avais de l’espoir, l’espoir de le voir s’ouvrir un peu plus à moi, le voir me faire de plus en plus confiance. S’il ne se sentait pas en sûreté avec moi, il était évident qu’il ne serait jamais là. A sa question, je souris, toujours en grattant les oreilles de Pénélope qui essayait de s’installer un peu plus franchement sur moi, jetais un rapide coup d’œil sur les autres toutous toujours installés pêle-mêle sur le tapis, certains laissant entendre des ronflements et des soupirs.

« Sans moi et en se montant les uns sur les autres, ils tiennent tous, » affirmais-je sans cesser de sourire pour ensuite reposer mon regard sur mon ami. « Bon, je ne te cache pas qu’il y quelques pattes qui dépassent, mais ça tient. Et dans ces moments là, je dors sur le canapé, puisque forcément, il ne reste pas la moindre petite place pour moi. »

Je le vis alors boire une bonne gorgée de son chocolat chaud, ce qui me fit d’autant plus sourire en constatant son évident plaisir. Rien que ça, ça suffisait à me rendre heureux. Le voir prendre plaisir pour une simple petite chose innocente. Il y avait bien là une part enfantine, mais chez lequel de nous deux ? Lui qui se satisfaisait d’un chocolat chaud ou moi qui était juste content de lui faire plaisir ? Mon sourire se fit encore plus grand à la découverte de la mousse sur sa lèvre inférieur et qu’il semblait l’avoir lui aussi remarquer puisqu’il essayait de l’enlever, même si malgré tous ses efforts, il resta encore quelques traces. J’avais fortement envie de lui enlever ce qui restait, juste avec le pouce, juste quelques secondes, pas pour le déranger. Mais craignant qu’il ne sursaute, qu’il ne prenne peur, je m’abstins et restais où j’étais, gardant mes mains sur ma vieille mémère dont la queue battait mes chevilles. Je savais qu’elle surveillait aussi Snoopy qui n’arrêtait pas de gigoter, les pattes avant sur le torse de Rod, les autres sur ses cuisses, pas si loin de sa tasse, essayant sans doute de lui lécher encore le visage.

Mais mon attention fut de nouveau attiré par mon ami qui ne rejetait pas totalement mon invitation, mais qui ne l’acceptait pas non plus, centrant surtout la conversation sur moi plus que sur la proposition en elle-même ou même ses propres désirs. J’avais l’habitude, Rod était comme ça, il ne s’imposait pas, il n’était pas du genre à penser à lui. C’était ce que je regrettais le plus, et j’avais bien l’intention de lui prouver qu’avec moi, il pouvait le faire. J’étais encore très loin d’y arriver, je ne savais même pas s’y j’allais y arriver, mais je voulais essayer. Me redressant comme je le pus, je posais un bras sur le dossier du canapé, me tournant autant que possible vers lui pour pouvoir le regarder dans les yeux, gardant toujours un ton de voix très calme et doux.

« En fait, je n’ai pas choisi de prendre un jour de congés, avec le temps qu’il fait, le froid qu’il fait, notre patron nous a donné la journée. Je n’avais pas encore de projets jusqu’à te voir ici, alors tu sais, tu ne chamboules rien du tout, et je n’éprouves pas non plus le besoin de me reposer. Alors, si tu as envie, on peut partir avec eux en promenade quand on aura fini les chocolats et que tu te sentiras un peu mieux. Et si tu veux, je peux même te prêter un manteau plus chaud et plus épais pour éviter que tu ais à remettre toutes ces couches. »

Deux choses. Déjà, j’avais bel et bien songé à des projets, mais justement, ce n’était que de la réflexion, rien de concret et c’était à défaut de pouvoir m’occuper. Et surtout parce que maintenant qu’il était là, je n’avais pas d’autre envie que de passer du temps en sa compagnie. Aller en centre-ville pour faire adopter les chiens était plus que secondaire. D’ailleurs… il ne valait mieux pas que je lui dise ça… Vu comme il s’était attaché à eux, et inversement, ça lui ferait mal sans le moindre doute. J’allais lui épargner ça pour le moment. La deuxième chose, le manteau. Je savais que là, c’était pour ainsi dire impossible qu’il accepte. Là encore, loin de moi l’idée de vouloir lui imposer quoi que ce soit, ni même de chercher à me l’approprier, je cherchais surtout son confort. C’était vraiment tout ce que je voulais. Qu’il soit bien et qu’il n’ait pas froid. J’avais bel et bien des manteaux qui pourraient lui aller, peut-être un peu petit de quelques centimètres aux manches et juste au-dessus de la ceinture, et encore. Enfin, la proposition était là, et je pensais bien déjà connaître la réponse.

Lâchant finalement une des oreilles de ma mémère, je repris ma tasse, la bougeant un peu d’ailleurs ce qui la fit râler… et monter définitivement sur le canapé, pile entre nous deux, me lançant en même temps un regard lourd de sous-entendus. Je l’avais dérangé, elle allait faire la tête pour quelques minutes, mais tant pis. J’avais donc repris ma tasse pour m’installer plus confortablement sur le canapé, ramenant mes jambes sur celui-ci en tailleur.

« Tu sais, j’essaye de passer le plus de temps possible avec eux. Les journées sont longues pour eux, c’est vrai, mais je fais toujours une bonne balade d’une bonne heure le matin, pareil pour le soir. Après, ils ont accès au jardin, ils se baladent… Ils savent qu’ici c’est la maison, qu’ils ont toujours de quoi manger, de quoi boire. Ça arrive de temps qu’un ou deux s’en aillent pour quelques jours, pour revenir tout contents. Ils font leur vie. Et ils reçoivent autant d’amour que possible. Doublement quand tu viens les voir. »

Ce rythme-là de vie, il était parfaitement calculer. Parce que je ne devais pas trop les habituer à être avec moi, parce qu’ils devaient apprendre qu’ils n’allaient pas toujours être avec moi. Pour ceux comme Brutus, Foulkan ou Pénélope, c’était trop tard, ils resteraient avec moi jusqu’à leur mort, et ça m’allait très bien. Les autres, rien n’était joué. C’était un défi que je m’imposais aussi, même si de toute façon, j’étais déjà extrêmement attaché à eux tous et que le jour où ils devraient partir, ce serait comme un déchirement. Si je leur consacrais trop de temps, je savais que je serais incapable de les confier à qui que ce soit après.
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T’aurais pas su dire si t’étais vraiment à l’aise. T’étais heureux d’être là, ça c’est sûr et certain - heureux d’être dans ce cocon accueillant de chauffage, de Yukon et de chiens. Pas une seconde la perspective de ton appartement froid et humide ne te faisait envie, et tu ne pensais à y retourner que pour débarasser le monde extérieur de ta présence. C’était un peu ta cellule, comme t’étais le prisonnier de ta vie, que tu voulais qu’elle s’arrête, parfois, souvent. Même là, installé sur un canapé moelleux avec Snoopy sur les genoux qui posait ses pattes sur toi, t’étais assis sur le bord, le dos droit, un peu tendu - t’oserais pas t’affaler, t’osais même pas poser ton dos contre le dossier même s’il était fait pour ça. Quand je dis le dos droit, je devrais quand même dire courbé - courbé vers l’avant et les épaules rentrées, parce que c’était toujours comme ça que t’étais. Et c’est bête à dire, mais même si t’étais heureux d’être là, même si t’étais bien, même si t’avais envie de t’accrocher à ce confort, t’avais toujours un poids, un poids indescriptible. Une angoisse qui te poussait malgré toi vers la porte d’entrée, vers la solitude. Tu voulais l’épargner, lui épargner ta dépression - cette présence au fond de toi qui te faisait penser au pire même dans un moment comme celui là. Et le pire ? C’est que d’y penser, alors que tout allait bien, ça te faisait culpabiliser, et la culpabilité ne faisait qu’en décupler l’envie. Je dis tout ça parce que tu avais eu une rechute, à ce moment-là. Elle était venue sans trop prévenir, elle te quittait jamais vraiment, guettant la moindre faiblesse. Mais tu voulais pas inquiéter Yukon, non, tu ne voulais pas qu’il pense que c’était sa faute - alors tu souriais.
Et tu souriais encore lorsqu’il a répondu à ta question, un sourire un peu plus triste, un peu moins sincère, et y’avait pas vraiment de raison. Tous les chiens tenaient sur son lit - c’était super, tu t’es mis à rire. Un rire forcé, il a sonné si mal, même toi t’y as pas cru, et t’étais pourtant crédule - souvent convaincu que tu arrivais à cacher un désespoir qui était juste trop flagrant pour être planqué. Il y a des pattes qui dépassaient parce qu’ils étaient trop nombreux. T’arrivais plus à trouver ça amusant, t’aurais dû pourtant. Mais ça semblait tellement futile, tellement absurde. C’était juste des chiens sur un lit. Et Yukon, sur le canapé - le pauvre, chassé de son lit, comme il devait se sentir seul. Tu sais pas si tu trouvais ça horriblement triste ou si tu t’en fichais. Toi aussi t’étais tout seul, et son canapé, il était probablement plus confortable que ton lit de toute façon. Ton lit, dans ta piaule insalubre, celle qui t’attendra dès que tu mettras le pied dehors. Ton coeur s’est serré, les émotions te sont montées au nez, aux yeux un peu. Tu te détestais pour ça. Le chocolat, l’invitation. Est-ce que tu pouvais te permettre tout ça ? Est-ce que t’en avais le droit ? T’étais pas sûr. T’avais pas envie de décliner, parce que t’en aurais rêvé bien sûr, t’as eu une bouffée de bonheur quand t’as eu droit aux deux en même temps, mais accepter tu pouvais pas. Alors tu réorientais la conversation sur lui, parce qu’il était le seul qui importait. Le seul qui importait, ici, pour toi.

Le bien-être, la dopamine plutôt. Cette gorgée t’avait momentanément perdu, elle t’avait porté à cet espèce d’état second de plaisir d’enfance et de gourmandise. T’avais envie de t’y replonger derechef, d’éviter d’avoir à répondre, de retrouver cette sensation. L’hésitation. Et Snoopy qui te léchait encore - t’avais pas eu vraiment la force de le repousser à ce moment-là, trop focalisé par tes émotions et tes pensées pour te soucier de le faire obéir. Tu regardais Yukon, sa silhouette du moins, tu regardais que lui. C’est quand il t’a rendu ton regard que le malaise est revenu distiller son venin en toi, quand t’as senti qu’il pesait dans le tien, et que t’étais pas sûr d’arriver à te focaliser, quand tu as senti tes yeux partir dans le vide parce qu’ils étaient fatigués - fatigués d’essayer de voir, et craintifs du jugement de ceux qui les perçaient. T’as cédé dessous comme une branche qui craque, tu l’as baissé, incapable de le soutenir. Ton esprit a un peu décroché à ce moment-là, en dépit du fait qu’il te répondait : tu essayais tant bien que mal d’en saisir le sens, mais c’était devenu difficile, d’autant qu’il adoucissait sa voix comme une berceuse et ça n’en rendait la concentration que plus ardue. Mais t’as plus ou moins compris, en tout cas, que tu t’étais trompé encore dans ton interprétation - t’aurais pas su dire après tout, c’est pas comme si t’avais un vrai métier. Il a insisté, et tu t’es demandé à ce moment-là ce qu’il voulait que tu répondes. Est-ce qu’il espérait que tu déclines pour pas être forcé de passer la journée avec toi ? Ou est-ce qu’il était sincère, est-ce qu’il avait envie de passer du temps avec toi ? Cette seule idée te semblait absurde et te rougissait le teint. Tu sentais qu’il s’inquiétait pour toi, il était là à vouloir que tu ailles mieux, à vouloir te couvrir, à toujours s’assurer que tu ne manques de rien. Tu hésitais, tu succombais déjà sous les assauts du petit chien, et c’était franchement une belle excuse pour pas répondre. T’as dégluti et t’as essayé, pourtant - « c’est pas grand chose tu sais, c’est que je suis frileux, ça me dérange pas de mettre tout ça, ça me tient chaud. » Mais au final, l’invitation, tu l’acceptais ou pas ? T’osais tellement pas que tu fuyais l’instant où tu aurais à donner une réponse.
C’est le moment qu’a choisi Pénélope pour s’interposer entre vous. Comment tu t’es senti à ce moment-là ? Difficile à dire. Content de la proximité de son poil chaud, soulagé d’échapper un peu au regard pesant de Yukon, et triste de la distance que cela creusait entre vous. T’as porté ton chocolat à tes lèvres et tu t’es remis à boire, mais bizarrement, chaque gorgée te rapprochait plus de la nausée que du bien-être. Surtout pour un petit estomac comme le tien, vu le peu que tu mangeais au quotidien. Alors t’as reposé ta tasse sur les genoux, sans oser dire que tu en avais eu assez - tu la finirais, en te forçant, quand elle serait froide et que t’aurais plus le choix. Mais là, tu sentais que tu pouvais plus. Et t’écoutais la voix de Yukon depuis l’autre côté du chien, toujours aussi déprimé par cet obstacle. Pourtant tu t’étais laissé pencher lentement vers elle, t’avais commencé à reposer ta tête sur son dos, et Snoopy qui tombait dans le creux entre elle et toi à force de déraper sur la pente de ta poitrine en essayant d’atteindre ta face, et essayant de s’en extirper va savoir comment. « Tu crois que tu leur manques quand t’es pas là ? » tu demandes, tu sais pas trop pourquoi. D’un côté, ça te fait bizarre de te dire que ses chiens, ils sont probablement plus autonomes que toi. Ou peut-être que t’étais qu’un chien de plus pour Yukon aussi, peut-être que de toi aussi, il attendait que tu fasses ta vie, que tu te balades, que tu sois heureux, que t’ailles butiner l’amour des gens qui passent, et venant à l’occasion pour manger ou boire. Peut-être que t’étais comme un chien en moins bien, en moins chaud, en moins doux, en moins poilu, en moins joyeux. Et t’avais cette dépression qui te prenait la poitrine de seconde en seconde sans que tu puisses rien y faire et t’avais pas envie de partir. T’as passé un bras autour de Pénélope en écrasant ton visage dans ses poils - peut-être que comme ça, t’auras plus à répondre quand on te parle, et on verra pas que tu emmerdes encore ton monde avec tes foutues émotions de faiblard.
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 I guess that means you trust me - ft. Rod

I guess that means you trust meRod S. Wilde & Yukon Z. WrightAvec le temps, j’avais fini par avoir l’habitude de ses refus, je savais que ce n’était pas tellement par le manque d’envie, mais sa peur de déranger, depuis toujours c’était comme ça, même l’époque où les parents lui avaient proposé de monter sur le voilier. Alors l’entendre dire que ça ne le gênait pas de remettre ses couches de pulls, ça ne me surprenait pas. J’aurais nettement préféré qu’il soit dans un de mes manteau qui lui tienne bien chaud que de le voir en mode bibendum, mais je ne pouvais pas non plus le forcer. Je ne voulais pas le forcer. Je souriais simplement, sans pour autant le regarder, sachant pertinemment que mon cœur flancherait si je le faisais, encore. Cependant, ça ne répondait pas tellement à ma question… Et bien, quand je sortirais la meute, on verra bien s’il se décide à me suivre… Dans tous les cas, j’espérais qu’il le ferait, j’avais envie de passer la journée avec lui, j’avais envie qu’il reste avec moi. Parce que je savais qu’il serait plus ou moins bien pendant tout ce laps de temps, je savais qu’il ne serait pas en souffrance.

Ça devenait de plus en plus délicat, il y avait quelque chose qui faisait obstacle, qui nous gênait tous les deux, et ce n’était pas que du fait de Pénélope. Il fallait dire aussi que je n’étais pas le mec le plus à l’aise au monde pour ce genre de situation. Laquelle ? Celle d’être aux côtés de quelqu’un qui avait droit à toute mon attention, toute mon admiration et toute mon affection sans parvenir à lui dire quoi que ce soit qui aille dans ce sens. Depuis le temps que je le connaissais, depuis le temps qu’il traînait avec mes cadets, j’avais eu le temps de comprendre un peu comment il fonctionnait, comment il se comportait, même si depuis que je l’avais réellement retrouvé, peu de temps après avoir découvert Alaska dans un état déplorable, ça n’avait pas été en s’améliorant. Mais au fond, il restait toujours le même, et c’était bien pour ça que je ne pouvais m’empêcher d’aller vers lui, d’avoir envie de le chérir, de le couvrir de cette affection qu’il lui manquait. Pourtant, c’était facile de lui dire tout ça, il n’y avait rien de bien compliqué. Sauf que j’avais peur qu’il prenne ça pour de la pitié. Qu’il se sente encore plus comme une corvée. A mes yeux il était tout sauf un poids, c’était le contraire même. J’avais même une certaine culpabilité à ressentir un tel plaisir à l’avoir avec moi, et surtout de l’une des raisons qu’il faisait que je l’accueillais ainsi : j’en oubliais le reste. Les problèmes. Et ce qui allait très vite m’arriver. Rien que d’y penser, je sentais une vague d’angoisse me parvenir. Dans ma main je serais toujours ma tasse, mais je tremblais. J’étais terrifié par l’avenir.  Peut-être que ma mémère l’avait senti, elle avait bougé de nouveau, posant sa tête sur ma cuisse. Avec un faible sourire, je posais ma main libre sur le sommet de son crâne pour la grattouiller.

C’est à ce moment là que je le vis se pencher vers elle, se coucher en fait sur elle, avec Snoopy qui avait glissé par la même occasion. Ils étaient beaux. Il était beau. Je mourrais d’envie de glisser mes doigts dans ses cheveux, un geste tout ce qu’il y avait de plus innocent, un simple geste tendre. C’était plus fort que moi ces envies là. Mais je les enfouissais toujours plus profondément, toujours sous une tonne de fausses raisons, de principes, d’excuses, dans l’espoir qu’elles ne ressortiraient que bien plus tard et avec d’autres personnes bien qu’elles n’aient pas la même saveur. Voilà pourquoi je voulais qu’il passe du temps avec moi, je ne pouvais pas savoir ce qu’il y avait dans sa tête et dans son cœur, mais il avait l’air bien ici, entouré par les chiens, même sans moi j’étais certain qu’il était bien. Sa question me surpris quand même. J’étais tellement perdu dans mes pensées que je ne m’étais pas attendu à cela, à une question si innocente, presque enfantine. J’en souris un peu plus, toujours avec cette envie de passer ma main dans ses cheveux, pour poser mon regard sur les autres toutous sur le tapis, complètement affalés et la moitié en train de ronfler. Si je leur manquais ? Une question que je ne m’étais pas posé jusque là.

« Peut-être bien… je ne sais pas, en fait… ça m’arrive d’être absent pendant de longues heures quand je ne suis pas au boulot, mais quand je suis avec eux… Ils sont comme ma famille en fait. Mes parents me l’ont fait remarqué, mais je reproduis ce qu’eux ont fait avec nous, c’est-à-dire récupérer des petits abandonnés et leur offrir un toit. Je leur donne tout ce que je peux leur donner en réalité, autant d’amour que possible, de la nourriture bien évidemment et du temps. Il y en a sans doute certains qui sont indépendants et qui n’ont pas autant besoin d’attention, mais d’autres, c’est moins le cas. J’imagine quand même que d’ici quelques années, si je me séparais de quelques uns, je leur manquerai. C’est déjà arrivé qu’après avoir trouver un foyer à un d’eux, il revienne ici, devant la porte. Dans ces cas là, je les garde. Pénélope, par exemple. Elle m’a fait le coup trois fois. Alors je l’ai gardé. »

Et à l’inverse, c’était pire. Quand je me séparais de l’un d’entre eux. Même si je savais que je devais prendre du recul, même si je devais ne pas trop m’attacher, c’était extrêmement difficile. Et en suivant j’en recueillais un nouveau, généralement. Parce que j’étais trop faible. Parce que je n’arrive pas à faire autrement. Tout en sachant que ça finirait par me mettre en difficulté. En me décollant un peu du canapé pour décroiser les jambes de sous mon corps, je constatais que Rod serait à moitié Pénélope contre lui, qui n’avait pas bougé, seulement qui avait légèrement tourné la tête vers lui pour lécher ce qu’elle pouvait atteindre de lui et la reposer sur ma cuisse, levant ses yeux vers moi, essayant sans doute de me faire passer un message que je ne recevais pas totalement. Ou que je ne voulais pas recevoir. Comment voulait-on que je reste sans rien faire face à une telle image ? Il était magnifique, et il était doux, il me semblait tellement fragile… Je voulais le serrer contre moi. De nouveau cette envie, ce désir puissant de l’étreindre, de pouvoir le toucher juste un peu, mais pour lui donner surtout de l’affection. Ce serait trop pour lui. Je le savais pertinemment. Je le savais, et ça me faisait mal. J’avais envie de hurler, pas contre lui, contre ce monde qui l’avait rendu comme ça, de crier ma frustration. Je devais probablement être le dernier des Wright duquel il accepterait un tel geste. Il était plus proche d’Utah et d’Alaska que de moi, surtout à cause de leur âge. Une injustice terrible si j’en écoutais la petite voix de la jalousie. Finalement, je me laissais glissais au bas du canapé, voulant lui laisser plus de place, mais aussi parce que je me sentais mal avec cette distance physique entre nous, et pour tuer dans l’œuf mon envie. Je fixais mon regard devant moi alors que ma mémère posait sa tête contre la mienne, sur mon épaule, tout en continuant de la caresser. Snoopy vint renifler ma même et la lécher tout en essayant, si je m’en fiais au bruit, de grimer sur la matriarche canine, sans doute toujours pas fatigué de courir partout.

« Tu sais… je crois que je les envie quelque part. Ils ont une famille si nombreuses, ils sont toujours tous ensemble, tout en vivant chacun de leur côté, ils ne se posent pas tellement de questions. Ils sont heureux. J’en suis certain, ils le sont. Ils mènent une vie insouciante et douce… Ensemble. Pas de question, pas d’inquiétude plus que de me voir rentrer en retard certains soirs. Et de prendre un bain quand les puces sont dans le coin. Et surtout, ils ont un grand copain pour jouer. Et ça, c’est un grand moment pour eux. »

Pour les moins dégourdis, c’était de lui que je parlais. Pour ça oui, je les enviais. Cette complicité qu’il y avait entre Rod et les chiens étaient évidente. C’était stupide, mais j’en étais jaloux. Jaloux de mes propres animaux, ça n’était pas pathétique ça ? Non, la véritable question était : qu’est-ce qu’il y avait de plus pathétique ? Avec un vague sourire triste, je penchais la tête en arrière pour tenter de le voir, de le regarder, mais son visage était complètement camouflé par les poils de la chienne sur laquelle il était pratiquement allongé. Est-ce qu’il allait comprendre ce que je disais ? J’espérais que non. Je ne voulais pas avoir à me justifier, je ne voulais pas qu’il comprenne et qu’il se sente coupable d’un crime quelconque qu’il n’avait pas commis.
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La voix de Yukon te parvenait d’au-delà, tu écoutais chacun de ses mots et tu te faisais une obligation de ne jamais l’interrompre. Le visage enfoui dans le pelage de Pénélope, la chaleur de son poil quelque part te faisait du bien. C’était de cette chaleur dont tu avais besoin, cette chaleur réconfortante qui contrebalance la sensation glacée du désespoir et de la dépression. Une chaleur qui apaisait tes traits, détendant ton visage, et tout à la fois semblait t’éveiller une légère migraine - tout du moins, tu l’interprétas comme une migraine, mais c’était plutôt semblable à une montée d’émotion et à une envie de pleurer. Tu aurais eu besoin de cette chaleur bien plus souvent que tu ne te le permettais. C’était là toute l’ironie d’ailleurs - tu avais besoin de réconfort, de contact, d’une étreinte rassurante. Tu aurais eu besoin d’une étreinte humaine, de l’étreinte de Yukon, mais tu étais conçu de telle sorte à refuser de l’envisager. Non pas seulement parce que tu n’osais pas ou parce que l’affection te mettait relativement mal à l’aise, du simple fait que tu ne pensais pas la mériter et que tu soupçonnais souvent qu’elle cache autre chose, mais aussi par angoisse - l’angoisse du contact, quand celui auquel tu avais le plus souvent droit occurrait lorsqu’on te rouait de coups.
Ta mère non plus, dans ton enfance, n’était pas portée sur le contact, sauf pour se faire sauter par le premier qui voulait d’elle. Tu la dégoûtais, tes mains et ta bouche la dégoûtaient, si bien que lorsque tu voulais les poser sur ses joues, elle préférait te rappeler que tu n’avais pas été désiré. Tu avais connu plus de gifles que d’étreintes, c’était ainsi qu’elle avait préféré t’éduquer, surtout quand tu étais trop petit pour comprendre les insultes. Pour tous les prétextes d’ailleurs, il suffisait en fin de compte que l’envie lui prenne. Peu importe qu’elle ne donne pas de raison, tu devrais être assez intelligent pour comprendre ce que tu avais fait : si tu ignores pourquoi tu le frappes, ne t’inquiète pas, lui le saura. Si bien qu’à terme, il avait fallu te rendre à l’évidence : c’était toi, le problème, c’était le fait que tu existais, le fait même de ta naissance. Quelque part, c’était une chance que tu n’aies pas eu de père. Si jamais il l’avait suivie dans une escalade de violence, tu serais peut-être mort à l’heure qu’il est.
Pourtant, tu l’aurais voulu, ce contact. Tu aurais voulu pouvoir te plonger dans un câlin, t’y noyer pendant dix heures pour n’en jamais ressortir. Bien sûr que tu l’aurais voulu, tu aurais voulu qu’on t’aime, et qu’on te les dise, ces mots que tu n’as jamais entendu sans qu’ils soient teintés de moquerie. Tu l’aurais voulu, et tu en aurais eu tant besoin, et c’était bien là tout ce qu’il te manquait, mais que tu te refusais à toi-même à cause de ces angoisses perpétuelles. Tu ne méritais rien de tout ça, et pour les avoir, il aurait fallu que tu t’attendes à une punition du destin. Alors tu avais appris à fuir le contact, à fuir la compagnie, à ne t’imposer nulle part pour ne pas risquer de mériter une claque - mais ce n’était plus par les claques que l’on te punissait. Ce n’était plus par les claques depuis longtemps, et tu avais appris à ne plus défaillir à la vue de ton propre sang, à force de le voir couler de ton nez et tâcher tes vêtements.

Tu écoutes Yukon te parler de sa famille. Celle qu’il s’est créée lui-même en adoptant tous ces chiens, comme celle qui l’a adopté lui, les parents Wright, que tu te souviens avoir vu plusieurs fois par le passé. Tu avais presque effacé leurs visages, ce n’était de toute façon plus aux visages que tu te raccrochais, puisqu’ils étaient tous trop flous et trop distants. Les voix, les mots ancrés dans ta tête et répétés encore et encore par ta conscience, les noms qui leur sont associés, les mauvais souvenirs le plus souvent, et quelques fois les bons. Mais les visages, plus maintenant. Tu ne peux t’empêcher de penser à toi lorsque Yukon te parle de cette tendance à recueillir les “petits abandonnés”. C’était ainsi qu’ils avaient éduqué leurs quatre enfants, et voilà où vous en étiez aujourd’hui. Utah et Alaska avaient envahi quelques unes de tes années de vie, et tu parvenais encore à garder le contact avec le premier, tu avais même presque accepté l’idée qu’il ne se lasserait pas de toi, ce qui était un exploit en soi. Et Alaska - tu n’avais plus de nouvelles depuis un moment, c’était Utah qui t’en donnait, depuis cette fois où tu l’avais retrouvée dans un état misérable dans un recoin douteux de Dragon Alley. Ils t’avaient traîné partout, dans leurs embrouilles, dans leurs jeux - tu étais un peu le boulet du groupe qu’on trainait ça et là, le larbin qui ne parlait pas beaucoup, et qui ne se rendait pas compte qu’on l’appréciait vraiment. Tu te sentais de trop, pourtant ils revenaient toujours te chercher, alors par réflexe, tu revenais vers eux malgré toi. Une époque lointaine, des souvenirs heureux, jusqu’à ce que le monde change autour de toi, jusqu’à ce qu’ils partent tous, jusqu’à ce que tu perdes la vue, jusqu’à ce que tu fuies l’univers pour t’enterrer dans la honte et la solitude.
Et puis Yukon avait surgi dans cette honte et cette solitude, avec son armée de chiens, avec sa voix soucieuse. C’était un mystère pour toi, à l’époque, tu n’en savais pas grand chose, tu n’étais pas aussi proche de lui que de son frère. Bien sûr vous aviez échangé quelques conversations, bien sûr tu avais un peu sauvé sa soeur, mais tu n’avais pas envisagé la possibilité que ta vie puisse avoir ne serait-ce qu’un peu d’importance à ses yeux. Ce n’était certainement pas lui que tu t’étais attendu à voir surgir de nulle part pour te sauver de la dépression et des envies de mort, pour te prendre sous son aile de la sorte. Ce n’était plus le même regard que tu portais sur lui, si j’ose dire. D’ailleurs c’était peut-être aussi grâce à ta perte de vue que tu t’étais mis à le voir autrement. Parce que tu ne pouvais plus autant t’attacher à son visage, tu t’attachais à ses mots, à la douceur, la précaution dans ses faits et gestes. Ce n’était plus le frère d’un ami, c’était Yukon. Yukon et ses chiens, l’ensemble - un ensemble dont tu avais besoin. En fait, si tu n’avais pu te réfugier là aujourd’hui, ou des fois précédentes, qui sait où tu en serais à ce moment-là. Tu aurais probablement fait des erreurs, après tout, c’était un peu la seule chose que tu savais faire.

Tu l’as senti se mouvoir, mais tu ne relèves pas ton visage. Parce que tu penses à tout ça, tu penses à sa famille, tu penses à la tienne, tu penses à toutes ces familles dont il parle, et la jalousie te vient à toi aussi, et elle te vient en même temps que les larmes. Mais tu n’as pas envie de l’inquiéter, ou de lui faire de peine, alors tu les caches, tu les laisses tomber dans le poil de Pénélope. Tu penses à la vie douce et insouciante que tu aurais pu avoir si tu avais été un chien, un de ceux qui avaient droit aux bons soins de Yukon. Tu déglutis, tu essaies d’assurer ta voix, mais elle est fébrile. « C’est pour ça que tu me laisses venir ici ? Parce que tes parents t’ont appris à récupérer des petits abandonnés ? » Tu laisses un flottement, et tu renifles, avant même d’avoir su t’en empêcher. Tu regrettes presque aussitôt, conscient que tu viens de te trahir. Alors tu te redresses, et tu frottes ton visage l’air de rien, pour en effacer les larmes, et pour en retirer les poils de chiens qui s’y sont déposés. « Moi aussi je les envie. J’aurais aimé une famille nombreuse. Et vivre ensemble. Et avoir tout ça. » Ta voix est alourdie par la peine, mais quelque part c’est tant mieux, tu aurais eu du mal à te débarrasser de ce poids terrible sans passer par quelques larmes. Et tu les essuyais presque frénétiquement, mais tu peinais à les retenir, et chaque seconde te faisait comprendre qu’il était vain de les cacher, et qu’il les avait forcément vues. « Pardon, je... Je devrais probablement pas dire ça. » Il y avait une part de culpabilité en toi chaque fois que tu pensais ou disais du mal de ta mère, même si tu avais un mal fou à te réjouir de l’avoir. Tu aurais préféré n’importe qui plutôt qu’elle ou presque, pourtant tu étais encore là, elle t’avait nourri et logé, et t’avait donné le nécessaire, alors de quel droit pouvais-tu vouloir d’une autre famille ? Sans toi, elle serait seule aussi, ta mère - elle non plus n’aurait pas de famille. Même si une part de toi lui en voulait, même si elle était celle qui t'avait dégoûté des femmes, tu ne pouvais sincèrement lui souhaiter quelque chose d'aussi horrible.
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