When you've got bourbon in your eyes | ft. Castiel Ò Murchù

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SirèneTritonstaff
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I can tell if it's truth or lies when you've got bourbon in your eyes
Père & Fils

« And I know that's not a tear in your eye 'cause boys don't cry and neither do I. I may be ****** but I'll never say, so I guess I'll be on my way. At least I gave it a try but you had bourbon in your eyes »
Sa main allait au whiskey, inlassablement, les dents serrées. Cela faisait peut-être une semaine maintenant, si l’on en croyait le chiffrage de son écran de veille. Un peu moins d'une dizaine depuis qu’avait eu lieu l’incident. Cloîtré dans cette chambre close, avec la solitude pour toute compagne. L’enfermement, il s’y était fait ; quant au silence, il s’en entourait par habitude. Mais ce dont il ne pouvait se départir, c’était de ce sentiment d’inutilité et de paresse, la sensation intolérable d’être trop apathique pour tenir les rênes de sa propre existence. C’était devenu son lot quotidien, et il avait suffi de quelques jours pour qu’il soit rendu proche de devenir zinzin - rester couché à ne rien faire, ça le détraquait à une vitesse folle, et il ne pouvait déjà plus le supporter.

Irish, Scotch, Bourbon. Il n’en pouvait plus. Il n’en pouvait plus de ce quotidien abrutissant, de cette impuissance, de cette pression constante qui le poussait à refuser le sommeil pendant des heures et des heures. Il refusait de céder au confort de l’hôpital même où l’on avait attenté à sa vie, où la moindre inattention pouvait se traduire en une mort imminente ou une nature dévoilée. Lorsqu'il fermait l'oeil, c'était pour se réveiller en sursaut à peine une heure après. Résister, résister alors que la drogue coulait dans ses veines pour tenter de le soulager, mais cela ne rendait la torture que plus déloyale. Il se sentait faible, exposé, et il détestait ça. Il détestait ça au point qu’après d’insipides débats avec sa propre conscience, il avait exigé sa propre libération.
Le verre tremblant jusqu’à ses lèvres. Signer sa propre décharge avait été aisé malgré la désapprobation muette. Personne n’avait osé l’encourager, personne n’avait osé s’y opposer. C’est pourquoi il était à son bureau à présent, à demi-recroquevillé dans la douleur, dans l’ombre des dossiers non-traités accumulés au dessus de lui. Loin de l’hôpital, loin des médecins, loin de tout, dans le seul lieu où il pouvait se laisser aller la conscience en paix. Il avait ses cachets, il avait son whiskey. Il détestait mêler l’un et l’autre à ses responsabilités pourtant, mais la situation était telle qu’il n’avait pas réellement le choix. Cette douleur lancinante et constante l’arrachait à sa concentration, et il n’y avait plus que cela pour l’apaiser. Il était en sueur et en sang, mais beaucoup trop obstiné pour qu’il en soit autrement.

Essuyant son front brûlant. On l’aurait pu traiter de crétin. Il était bien trop peu raisonnable, mais il nageait en plein délire - le contrecoup de la morphine, et la dépendance dont il n’était pas encore sevré. C’était rare qu’il ait besoin de soins, Gidéon - à vrai dire, c’était peut-être une première. C’était même certain : de sa vie, il n’avait jamais été aussi mal. Sans doute ne réalisait-il pas lui-même combien son caprice menaçait sa santé. Mais le travail s’accumulait, et il refusait de laisser quiconque autre que lui s’en charger - il y avait le devoir, la responsabilité, et il n’avait jamais été question de choix. Qu’il pleuve ou qu’il grêle, que sa maison flambe, cela ne changeait rien au fait, il refusait de négliger ses tâches sur le fondement de sa propre erreur d’inattention - une erreur qui avait bien failli lui coûter la vie.

Il était en vrac, son crâne était réduit à un tel bordel qu’il n’appréhendait plus rien, sinon ses propres pensées qui lui vociféraient des appels agonisants. Il n’avait plus d’unité, il était un assemblage d’organes appelant, suppliant le repos mais il n’y répondait que par l’alcool - ce vieux démon dont il ne s’était jamais défait. Une grimace, une tentative pour redresser son dos, déchirant sa blessure à peine cicatrisée. Comme il aurait aimé gueuler, mais il préférait serrer le poing, grincer des dents. Le silence lui fendait le crâne, il était factice et il lui beuglait dessus, dans ses battements de coeur, dans sa respiration trop lourde, dans le vent au-dehors, dans le craquement du bois, dans le tic tac des horloges, dans le froissement des papiers, dans le verre cogné trop sec, dans le liquide s’écoulant du goulot, dans le bourdonnement de l’électronique, le grésillement de l’électrique, dans son souffle décidément trop bruyant. Le martèlement de la porte, dans son propre crâne. L’envie de hurler, de se fracasser le front contre le premier truc qui venait. L’envie de crever, mais être trop acharné pour laisser une telle horreur se faire. Et un ferme « Entrez. »
Il s’était redressé tout entier, affrontant le vertige avec la plus sèche indifférence. Il n’était pas ivre, du moins pas tout à fait - c’était davantage l’épuisement, et la douleur qui le privait de sommeil, qui le poussaient ainsi dans ses retranchements. Et il s’efforçait du mieux qu’il pouvait de n’en laisser rien paraître, avec cette façade dure, cette intransigeance dans le regard, dans les traits, dans les gestes. Si ses mains n’étaient pas aussi fébriles et sa gueule aussi défraichie, on s’y serait laissé tromper. Gidéon, laisser apparaître ses faiblesses ? Même sur son lit de mort, on ne l’y prendrait pas.
(c) DΛNDELION

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SirèneTritonstaff
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Le téléphone sonne, inlassablement. T'es assis derrière ton bureau depuis des heures, des jours, tu sais plus. T'es pas rentré chez toi depuis au moins une semaine, ça tu le sais. Tu prends des douches où tu peux, mais t'as pas le temps. Pas le temps de prendre ta caisse, pas le temps de rentrer chez toi, de regarder ta femme et de lui dire à quel point t'es mort, à quel point la situation t'arrange pas, parce que tu semblerait sans cœur. La surprise, elle, n'a pas été au rendez-vous, ça lui courrait après depuis des années, tu t'étonnes même que ce soit la première fois que quelqu'un arrive à poignarder Gidéon Ò Murchù, parce qu'à ce qu'on dit, rien n'est impossible lorsqu'on a la volonté. Mais peut-être que ça ne concerne pas les grands de ce monde. Cette ironie, ce coup de couteau qui aurait pu changer ta vie, mais qui t'as juste donné des heures supplémentaires. T'as touché du doigt le boulot de PDG, tu savais déjà que t'en voulais pas, au fond de toi, de cette entreprise, mais au moins, maintenant, t'es sûr. T'as beau essayer de t'en convaincre, tous ces bureaucrates, toutes ces discussions, toutes ces négociations, elles te fatiguent. T'as jamais voulu faire ça, toi. Toi, tu voulais être psychologue, à une époque. Tu voulais aider les gens, t'avais cette capacité analytique, t'avais cette envie de rendre le monde meilleur, une personne à la fois. Mais tu sais ce qu'on dit, des rêves. On finit par se réveiller, on finit par suivre son père qu'on a toujours voulu voir partir, et on se retrouve à la tête, ou presque, d'une entreprise qui vaut des milliards, sans en avoir vraiment quelque chose à foutre. Ça aurait pu te plaire, tu sais, tout ça. Mais t'es peut-être pas si ancré dans ton rôle que t'en oublies ce qui te faisait vibrer, il fut un temps. T'as même pas pu aller voir au Drunk Mermaid ce qu'il s'y passait depuis des jours. Ton bar pourrait être en flammes que ce serait la même chose. De toute manière t'as pas le temps, tu vois pas les jours passer, t'as des cernes qui te tombent sous les yeux et tu perds patience de plus en plus facilement. Tu dors plus mais t'as pas de solutions pour rester éveillé, pourtant t'as pas le temps, il faut que tu continues, malgré les dossiers qui pouvaient attendre que t'as laissé sur le bureau de ton père, malgré le fait que t'as pris que le plus urgent. Parce que t'assumes le boulot de trois hommes, maintenant, et que t'as personne pour te prêter main forte.

Pas foutu de réussir sa propre mort, il a fallu qu'il te laisse en plan avec l'avenir incertain d'une compagnie dont tu te moques éperdument, si ce n'est qu'elle fait une excellente couverture pour tes besoins personnels. Ton père serait fier, que tu sois si enclin à tuer ce qu'il a mit des décennies à construire, mais toi tu t'en fous, toi t'aimerais dormir, t'aimerais juste prendre le temps, deux minutes de ton temps, pour t'assoupir sur ta pile de dossiers, juste un peu. A la place tu fumes et tu bois, pour te maintenir éveillé, ton bureau c'est un putain d'aquarium mais ça aussi, tu t'en moques. Pourtant ça suffit pas, pourtant t'es obligé de cligner des yeux, de perdre du temps. Et quand tu les rouvres, par la sonnerie stridente du téléphone, à qui t'aurait bien dit de fermer sa gueule, le jour a remplacé la nuit. T'as perdu, Castiel, ton pari il est foutu, ton temps il est parti.

T'as la voix rauque, quand tu réponds au téléphone, ça c'est la clope et le fait que tu viennes d'émerger du pays de l'inconscience noire. L'hôpital, tu comprends au moins ça, pas grand chose de plus. Ton père est parti. Il a signé sa décharge comme un adulte, et il s'est barré. Ça non plus ça t'étonne pas, pas plus que son « accident ». Ils t'ont appelé parce qu'à lui, ils ont rien osé dire. Faibles. Faibles et cons, c'était le cas de tous les autres sauf vous, pas vrai ? Tu dis au personnel qu'ils ont pas à s'inquiéter et que t'allais le rejoindre, parce qu'il fallait surtout pas qu'il reste seul, malgré tout. C'était leur devoir de te prévenir mais tu savais que s'il mourrait, ce serait les premiers à souffler de joie, parce que Gidéon, c'était un connard à tous les niveaux, et quand t'étais en dessous de lui, t'avais des chances de pas récolter un seul regard. Pour la première fois en une semaine, t'avais l'occasion de remonter dans ta bagnole, de quitter cette tour qui te donnait le tournis.

Tu passes par chez toi, Anthéa est au boulot, elle te dérangera pas. Tu prends une douche, tu soignes ton apparence, parce que t'as pas envie que ton père te juge, lui qui doit être au plus bas, tu lui donneras pas l'occasion de te mettre à mal alors que c'est toi qui devrait lui en foutre plein la gueule, pour vouloir mourir si désespérément qu'il néglige les soins qu'on lui donne. Tu reprends ta bagnole et retourne devant la maison familiale. Tu sais pas si Phoebe est là, sans doute pas. Elle t'aurait déjà appelé sinon, tu le sais bien. T'as l'impression de retomber dans l'enfance à chaque fois que tu viens là. Parce que la maison, elle a toujours été reconstruite comme elle avait été, les modifications, ce n'était pas pour eux. Après l'incendie, après le tsunami, tout demeurait inchangé. Comme un tableau qui vieillissait mais restait égal à lui même. Tu tapes avec violence contre la porte du bureau, parce que c'est toujours chez toi et que t'entres comme tu veux dans la maison en elle-même.

T'entends la réponse de ton père alors t'entres, et t'es pas à moitié surpris de ce que tu trouves. Dur, ton père il l'a toujours été. Blanc par l'effort, par la fatigue, par la douleur, tu vois les cadavres de bouteilles, ainsi que celle entamé. Tu restes dans l'embrasure de la porte pendant que t'observes les cernes sous ses yeux. « Tu devrais retourner à l'hôpital. Tu ressembles à un cadavre. » C'est pas de l'inquiétude, t'as passé ce stade depuis longtemps avec ton père. Mais de l'intérêt, parce que tu veux pas non plus qu'il crève, t'as plus ou moins plus que lui, alors tu peux pas tellement faire la fine bouche sur ceux qu'il te reste. Dès que tu le regardes, t'as tous ces sentiments qui se mêlent en toi. L'admiration, la colère, le dégoût, le respect aussi. Tu sais jamais quoi écouter. « Qui ? » Tu sais qu'il doit déjà avoir une liste. Pas devenir fou, savoir qui en voulait à sa vie, qui était assez courageux pour le tenter, tenter l'impossible et espérer s'en tirer.
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La porte s’ouvrit et de sa gueule béante parut Castiel Ò Murchù. Il fallait s’y attendre, Gidéon l’avait présumé. Ce qui l’avait plutôt surpris, en fait, c’est d’avoir dû patienter jusqu’à cet instant pour que son fils vienne à lui. Il n’avait pas paru à son chevet et lui avait témoigné bien peu de choses en vue de son rétablissement. Pas de fleurs, pas de mot d’encouragement. Il faut dire que les couleurs, les plantes et l’affection, ça le gonflait plus qu’autre chose, alors il n’irait pas s’en plaindre. Il savait aussi que certaines de ses responsabilités lui étaient tombées sur les épaules, et il aimait mieux le savoir attentif et sérieusement affairé qu’à gambader à son côté avec toute l’indifférence dont il avait hérité. Sa première réplique dans cette scène absurde en était d’ailleurs un excellent témoin - pas de souci, pas de politesse, tout juste un conseil pour ne pas avoir l’air de donner un ordre à plus gradé que soi. Et pas un bonjour, ce qui était déjà un peu plus déplaisant. La politesse, Gidéon aimait cela, surtout quand c’était les autres qui les multipliaient pour lui. Mais pour le coup, il était assez d’accord, elle était ici des moins nécessaires, en particulier car il s'agissait de son fils et qu'ils avaient des affaires plus pressantes. « Je ne suis pas encore mort. » Ce qui m’afflige Gidéon, c’est de voir à quel point l’humour t’est inaccessible. Même un sarcasme évident semble sérieux et officiel quand il sort de ta bouche. Peut-être parce que tu ne souris pas assez. « C’est une véritable hérésie - allonger un homme entre quatre murs et le priver d’occupation, c’est cela qui le tue à petit feu. » Il énonçait cela avec fermeté, et ce ton prophétique de l’homme qui récite des maximes.
Gidéon regardait son fils. Il y avait une part de jugement bien sûr, il y en avait toujours une. De toute évidence, il n’était pas le seul à manquer de sommeil, et ils étaient aussi peu présentables l’un que l’autre. A la différence essentielle que lui-même avait une bonne excuse. « Ne reste pas planté là. Ferme la porte et assieds-toi. » Ce n’était pas vraiment son dada, au père, les portes ouvertes, les comportements négligents, les choses à moitié entreprises. Il devait être dans une pièce ou dans l’autre, mais certainement pas dans un entre-deux irritant. Gidéon, il voulait voir le blanc de ses yeux, il voulait qu’il soit à sa hauteur et non pas à le regarder du dessus. Il se serait bien levé, mais il lui restait suffisamment de raison pour savoir que c’était une mauvaise idée.

Il attendit que la chose se fasse, vidant d’une traite le verre de whiskey à moitié plein posé devant lui, parce qu’il lui faudrait bien ça pour pouvoir enchaîner sur le reste. Lui-même se tenait droit, refusant d’être négligent au point de laisser aller son dos contre le dossier de son fauteuil, et ce n’était pourtant pas l’envie qui manquait. Il avait reposé son verre à l’endroit exact où il se trouvait précédemment, à hauteur de la bouteille entamée, là où aucun document ne pourrait être tâché. Qui. C’était la question qu’il lui avait posée tantôt, et il y réfléchissait activement. Bien sûr qu’il avait une liste - dans son crâne, et pratiquement interminable. Les noms, les visages, ainsi que ceux qui en étaient dépourvus. Les informations. Les arguments, les contre-arguments. Les hypothèses. Il avait eu plus d’une semaine alité pour y penser de son mieux, malgré l’épuisement, malgré tout le reste. Mais il avait trop d’ennemis, et tout était beaucoup trop incertain - il ne fallait pas se focaliser sur l’un d’eux au risque d’exclure tous les autres. Même ceux qui y auraient perdu au change, qui n’avaient pas le moindre intérêt dans sa mort, car il y avait toujours l’éventualité d’ignorer un paramètre. Ç’aurait pu être n’importe qui. Un soupir. Ce qu’il lui faudrait dire, c’est un je l’ignore - mais avouer ne pas savoir était encore plus insupportable à faire que de balancer un nom au hasard. « Ce pourrait être beaucoup de monde et je ne veux exclure aucun potentiel coupable. » Un regard à son fils. Ce pouvait tout aussi bien être lui, mais si c’était le cas, alors ce jour-ci serait le dernier qu’il passerait dans ce monde. Et si c’était le cas, il n’y avait rien qu’il pusse y faire dans cet état, alors il n’avait plus qu’à accepter sa mort. De toute façon, il n’était pas certain de vouloir survivre à la traîtrise de son fils “prodige”. Mais ce regard, ce regard un peu trop insistant mais sans haine ni violence aucune, en disait long sur son cheminement de pensée. Il ne le dirait pas, mais il n’en pensait pas moins. « Néanmoins qui qu’il soit, il doit se sentir menacé. S’il se convainc que je connais son identité, ou il fuira et je le saurai, ou il essaiera à nouveau, et je serai prêt. Mais il sera trop idiot pour ne pas réagir. » Il y avait comme une lassitude dans son ton, comme si cela le désespérait de devoir expliquer son raisonnement à haute voix, comme si Castiel aurait dû y penser par lui-même, en bon disciple. Pourtant, s’il partageait cela avec lui, c’est qu’il lui témoignait sa confiance, quelque part, et c’était même sa raison première pour le lui faire entendre. Comme une manière de lui dire je sais que ce n’est pas toi, une manière de lui dire je crois en toi. Et même, dans l'éventualité contraire, une manière de lui conseiller quoi faire pour l'aider à s'en tirer.
Bien sûr, la question qui se posait désormais était comment, comment exercer une pression sur un être dont on ignorait tout, sinon qu’il se trouvait à l’hôpital de Bray le 2 novembre au soir. Faute de mieux, il y avait bien quelque chose à faire, et dont il aurait aimé pouvoir se soucier plus tôt. Sortir et s’en charger, c’était hors de question dans son état bien sûr. Il allait devoir se reposer sur Castiel, l’envoyer aux informations. « Accède aux bandes des caméras de surveillance du jeudi 2 novembre, entre 18h50 et 19h15. Les locaux administratifs n’étaient pas loin, il est impensable que rien n’ait été filmé. Je t’indiquerai l’endroit exact. L’incident n’est pas passé tout à fait inaperçu, la séquence ne peut pas avoir été perdue. Si tel est le cas, il faut envisager que le coupable y ait eu accès, ce qui resserre un tant soit peu l’étau. Bien sûr, un complice ou plusieurs ne peuvent être exclus. » Ce faisant, il s’était mis à pianoter sur son notebook, de quoi tirer un plan des lieux pour mieux indiquer l’emplacement exact à son fidèle larbin. Et tout en faisant ses recherches sur cet écran qui lui cramait les yeux, sans plus lui adresser un regard, alors que la sueur lui tâchait le front, qu’il occupait absolument son esprit pour ne plus penser à la douleur, il lui faisait part d’une autre réflexion qui s’était déroulée du même temps dans son crâne entre deux pitié que ça cesse, pas le moins du monde entravée par leur conversation. « Tu m’as fait un rapport de tout le travail effectué en mon absence ? » Parce que bien sûr, son travail, c’était son autre priorité et il ne comptait pas le délaisser.
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Le temps. Cette chose formidable qui file, assez vite pour que t'oublies qu'il existe pour te réguler. Toi tu l'as pas vu passer, tu te levais tous les matins, mécanique, t'allais te préparer en quatrième vitesse, essayant d'ignorer ta femme qui n'en faisait toujours qu'à sa tête, puis tu prenais ta caisse pour faire deux heures de route jusqu'au siège de Oaks Pharmaceutics. La tête dans les dossiers, les rapports et les statistiques, tu maudissais ne serait-ce que l'ambition de ton père, avant de repartir chez toi, la nuit tombée depuis longtemps. Il était pas loin de deux heures du matin quand tu rentrais, Anthéa endormie, tant mieux pour elle. Tu prenais une douche rapide et tu allais te coucher d'un sommeil sans rêve, qui te tombait dessus comme la misère sur le pauvre monde. C'était ton rythme, jour après jour, depuis que ton père était à l'hôpital. C'était fou, la mécanique de l'esprit, la mécanique de ta famille. T'avais reçu l'appel tant craint, celui que tout le monde a en horreur, celle des autorités, ou même de médecins annonçant la mort d'un proche. Il n'était pas mort, c'était déjà ça. Mais la scène, tu l'as vécue, et vécue encore, tu pouvais refaire le schéma dans ton crâne. Ça avait été presque automatique. Qu'il se soigne, toi tu prenais les choses en main. L'émotion n'avait pas lieu d'être, il fallait être pratique et efficace, parce que t'es le premier sur qui ça allait ricocher quand il serait en état de sortir et de se pencher de nouveau sur son entreprise. Tu savais au fond que les visites de courtoisie, c'était de toute manière pas inscrit dans le contrat. Tu le regardes de haut en bas, tu sentirais presque l'odeur de la mort essayant de le chopper alors même qu'elle avait échoué à le mettre totalement hors d'état. « Un coup de couteau peut tout aussi bien faire l'affaire, d'après ce que j'ai entendu dire. » Le cynisme alors que tu refermes la porte, que tu suis les ordres de ton père comme s'il n'était pas question de le contredire. Tu t'assoies, alors même que tu te persuades intérieurement que c'était ton idée, que toi tu préfères pas, bien sûr que non, rester à l'écart, regarder les choses de loin où l'envie prendrait ton cher paternel de te faire subir une colère que tu ne souhaites plus connaître. Les traumatismes du passé, tu sais, ils ne sont jamais bien loin derrière, cette porte fermée qui t'empêche une sortie précipitée, et un père presque mourant mais qui, quelque part, ne perd jamais une seule once d'emprise sur ton être. Pathétique chien qui se voudrait loup.

T'attends patiemment qu'il te donne son hypothèse. Mais t'aurais pu t'y attendre. Quand on ne sait pas, on invente pas. On ne se persuade pas que l'un serait plus coupable que l'autre, alors même que ce serait la manière la plus efficace de se mettre en danger que de se figurer qu'on a mis à terre le bon ennemi, qui pourtant se lève dans notre dos pour porter le coup final. Qui ? C'était la question loterie, celle qui ferait gagner le gros lot. Qui d'assez imprudent pour oser faire face à son échec, à Gidéon en colère, celui qui ne se laisserait pas avoir ? Imprudent ou conscient, stupide ou sournois, futur vivant ou futur mort ? Tu vois le regard de ton père te juger, et tu ne peux qu'imaginer ce qu'il pouvait bien se passer dans son esprit. Toi, son fils, aurais-tu été capable d'une telle chose alors même qu'il fondait sa confiance sur toi ? Mais que serait-il à part un idiot, s'il n'envisageait pas la possibilité de se faire trahir par ses propres enfants, comme a voulu le faire Nathan. Tu ne détournes pas les yeux, parce que cette fois, t'as rien à cacher. Tu connais le fonctionnement de l'homme, tu serais bien peu sage de t'en atterrer maintenant. Mais n'en serait-il pas pareil, si ç'avait été toi ? Toi qui te serait pris ce couteau entre les côtes, toi agressé de la façon la plus sordide qu'il soit. Si t'y avais survécu, est-ce que t'aurais pas cette paranoïa intense, de te demander si tous les gens que tu croises n'étaient pas les affreux coupables de ta douleur ? Mais toi, t'es beaucoup plus impulsif, tu pourrais condamner au bûcher un innocent avant de te rendre compte de ton erreur. L'innocent serait sans doute un Egerton, tu saurais pas vraiment dire si le terme leur convient, alors tu t'en voudrais pas longtemps, mais tu serais biaisé par tes émotions. C'est ton plus gros problème, les émotions. «  S'il est toujours en ville, soit il ne prends pas la peine d'ouvrir un seul journal pour remarquer qu'il a échoué lamentablement, soit il n'a aucun instinct de survie. » Réussir à blesser Gidéon seul était un véritable exploit, que tu veux croire dû seulement à la surprise et non à l’affaiblissement des instincts de ton père. Mais ça restait une chose. La chasse à l'homme qui s'ensuivait en était une autre, et tu restais convaincu que le jour où l'identité de l'agresseur était connu, sa tombe ne tarderait pas à être creusée. On ne laissait pas beaucoup la justice faire son travail, dans la famille.

Mais c'était ton devoir de fils de le retrouver, et peu t'importait la vie ou la mort, ta famille était touchée et c'était toi, le fils aîné, le seul restant, à assurer sa protection. Tu ne doutais pas que la cible était ancrée sur le dos de Gidéon, mais que savais-tu des cibles qui se trouvaient inscrites sur le tien, ou sur celui de tes sœurs ? « Ce sera fait. De ce que j'en sais, l'endroit est truffé de caméras. Mais on ne peut pas exclure le fait que l'agresseur en connaisse exactement l'emplacement et ait agi en conséquence. » Le fait même d'une attaque dans un tel lieu ne sonnait pas exactement comme un acte impulsif. Gidéon devait être suivi depuis déjà quelques temps.

Mais ce n'était pas, et de loin, la seule préoccupation de son père. Le terme d'associé n'était pas là pour te faire un joli CV, alors tu acquiesçais. « Sur ton bureau, au siège. » Tu hésitais, mais pourtant, tu continuais. Ce n'était peut-être pas le moment, mais finalement, tu préférais qu'il l'apprenne maintenant. « J'ai remarqué des mouvements suspects sur les comptes de l'entreprise. Je t'en ai fait un compte rendu également. » Peut-être que le fait de la disparition du PDG avait eu pour effet de faire penser aux souris de laboratoire que le chat était définitivement parti. T'aurais très bien pu t'en occuper seul, mais le fait même que ton père le découvre et se demande pourquoi rien de tout ça n'était arrivé à ses oreilles te donnait des frissons. On ne pouvait pas tabler sur une conversation agréable.
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Les remarques de son fils, du moins celles qui ne faisaient pas avancer les choses, il les avait ignorées cette fois. Tout cet échange était purement intéressé, et la priorité était de fixer les premiers termes de sa vengeance. Car vengeance il y aurait, et Gidéon ne se serait pas laissé mourir avant d’y avoir goûté. Pour cela, il comptait largement sur la fidélité et l’obéissance aveugle de Castiel, et c’était d’ailleurs le seul de ses enfants en lequel il pouvait sincèrement l’espérer. N’était-ce pas pour cela qu’il était venu à lui ? Ce n’était certainement pas pour prendre des nouvelles, pour s’assurer qu’il changeait ses bandages, qu’il ne sombrait pas dans l’alcoolisme à nouveau, qu’il était encore en vie - non. Quand bien même le père en aurait eu besoin, ce n’était certainement pas son rôle de prendre l’autorité sur ce qu’il devait faire. Non, il était venu comme un petit soldat, pour faire son rapport, pour prendre ses ordres, pour suivre ses traces et faire son larbin.
Lui, il le savait, ne rechignerait pas à pister, chasser, capturer. Tuer sans doute, torturer, peut-être - ainsi qu’il l’avait éduqué, mais avec moins de mesure. Il avait élevé son fils dans la violence et la chasse, Gidéon, il avait omis de compter à quel point il était un exemple cruel, il n’en pressentait qu’à présent les conséquences. Le père Ò Murchù n’était plus tout à fait certain de devoir encourager ce type de comportement, à dire vrai - c’est en agaçant la haine d’un fils que l’on finit poignardé par celui-là même, une fois que la vieillesse vous prend et qu’il vous surpasse en tout. Qui sait ce qu’il serait advenu du meurtrier entre les mains de Castiel - cela dit, qui sait, aussi, ce qu’il en serait advenu entre les mains du père ? Gidéon, pour lui-même, n’en était pas très sûr - qui de sa propre personne ou de son disciple était le plus amer. Il pariait encore sur lui-même, en comptant tout ce qu’il ignorait encore, surtout pour son orgueil - car il avait voulu créer un homme, un triton, non pas un monstre. Mais force est de reconnaître que la frontière était fragile et mince, et qu’il n’était plus sûr de rien.

Le fils était silencieux, immobile, infiniment sage. C’est ce que Gidéon attendait de lui - rien de plus important que la discipline. Pas une protestation, pas une contradiction, pas un refus. L’on s’attendrait presque à un il sera fait selon vos ordres - oh tiens, non, le voici. Il participait un brin à la réflexion mais jamais que pour appuyer ce que pouvait en dire son père. Celui-ci, cependant, continuait à la mener avec cette fermeté qui lui était commune. Lui se permettait de décider, de contredire, de corriger. « Evidemment, il sait qu’il a échoué. » lui avait-il répondu, aussi peu aimable qu’on pouvait l’être avec un dos déchiré et un crâne prêt à se fendre. « La moindre des choses, lorsque l’on commet un acte aussi imprudent, c’est d’en guetter les multiples conséquences, et de rattraper son erreur avec un peu de sagesse si tant est qu’il en soit capable. Quant à son instinct de survie, ce serait une erreur de le surestimer - le seul passage à l’acte le décrit comme inconscient. S’attaquer à un homme seul est une chose, s’attaquer à une famille puissante en est une autre. » Un moment de silence, tandis qu’il se plongeait dans quelques pensées à ce sujet. L’agresseur devait peut-être ignorer ce genre de conséquence. Ou il était idiot, et c’était alors un cas isolé, orphelin peut-être, ou d’une famille absente, pour ignorer le poids que cela pouvait représenter. Ou il était malin, mais cela, Gidéon l’admettait bien moins. Car le monde était idiot, c’était un fait.
« S’il a évité les caméras, s’il en connait les positions, cela aura pour mérite au moins de nous orienter sur son identité. N’importe qui peut être pris d’une pulsion de folie, mais n’importe qui ne connait pas la sécurité des bâtiments publics de Bray. » Il avait orienté l’écran de sorte à présenter à son fils l’endroit exact où, supposément, il s’était trouvé. Il ne s’attardait pas davantage, d’ailleurs, sur ce point de la pulsion, qui quelque part justifiait aussi bien ses propres actes - mais aucun d’eux ne désirait en parler, il fallait être tout à fait honnête.

Ce que Castiel lui apprit par la suite lui valut cependant un silence plus appuyé. Ce n’était pas une simple pause, mais presque cet accès de colère qu’il venait de mentionner. Cette question du compte de l’entreprise, et donc cette question d’argent, venait de se teinter des couleurs de la priorité. La mort d’un homme pouvait attendre un peu plus que les finances, car l’argent faisait tourner le monde, son monde tout du moins. La puissance des Ò Murchù se fondait sur ce biais, et l’on ne touchait pas impunément à l’or du dragon, même du dragon blessé. « Très bien. Je m’y rends immédiatement. » Il avait amorcé un mouvement pour se lever, auquel répondit davantage une douleur fulgurante lui traversant le torse et une gestuelle vive et désordonnée - son verre vide avait chuté et versé ses dernières gouttes sur le tapis. Mais c’était sa dernière préoccupation alors, rien ne comptait sinon ravaler ainsi que sa salive la souffrance qui le lançait si rudement. Il était hésitant, presque, entre sa santé qui lui imposait de se rassoir, et la blessure à l’orgueil que cela lui causerait. La chose ne prit que quelques secondes, mais c’était assez, au moins, pour témoigner ce contre quoi il luttait, du fait de ses propres accents déraisonnables. Et pourtant, pourtant cet accent brutal aurait pu être interprété tout à fait autrement Son souffle s’était alourdi, mais il finit par se redresser tout à fait, quoique son masque de dureté et de puissance mille fois affirmée ne pouvait cacher la voûte de son dos. « Va, maintenant. » avait-il dit comme pour distraire l’attention de ce qu’il montrait de sa faiblesse. Il semblait compenser cette incapacité physique par une domination verbale que son regard accroissait seconde après seconde.
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SirèneTritonstaff
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I can tell if it's truth or lies when you've got bourbon in your eyes
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« And I know that's not a tear in your eye 'cause boys don't cry and neither do I. I may be ****** but I'll never say, so I guess I'll be on my way. At least I gave it a try but you had bourbon in your eyes »
Tu te tenais droit, aussi droit que possible. S'il y avait une chose que ton père détestait, c'était te voir réellement prendre tes aises. L'attention vient avec la tenue, tout comme le reste. Tu restais immobile, attendant que ton père parle, parce que c'était pour cela que tu étais venu. Pour savoir quelle était la marche à suivre, parce que ce combat là, même s'il se faisait dans l'ombre, n'était pas le tien. Si tu voulais retrouver celui qui avait tenté d'assassiner ton père ? Bien entendu. On ne s'attaquait pas aux Ò Murchù impunément, et s'il respirait toujours, c'était seulement pour lui laisser une longueur d'avance. Le laisser regretter son acte, pas par conscience mais par peur d'avoir fait le pas de trop. Peur de sortir de chez lui, peur d'y entrer. Se demander si quelqu'un ne l'attendrait pas derrière, à l'affût. Se demander quand son identité serait découverte et combien de temps il lui resterait à partir de là. Ils n'étaient rien de moins que des prédateurs, il leur suffisait d'une seule piste . Et vous alliez la trouver, tu n'as aucun doute là-dessus. Si horribles les actes passés de ton père étaient, tellement que tu évitais d'évoquer ne serait-ce que le nom de ta sœur, à l'intérieur de ton esprit, ils avaient laissé la preuve que ton père n'avait rien d'un faible. S'il avait pu faire ça à un membre de sa propre famille, qu'allait-il donc faire d'un inconnu, d'un détaché ? Si l'acte n'avait pas été aussi évident dans sa volonté, tu aurais sans doute eu du regret pour l'homme qui avait lancé la machine qui mettrait fin à son existence. Minable, sans aucun doute. Tu songeais aux paroles de ton père. Peut-être qu'il n'avait pas conscience de ce qu'il avait déclenché, en réalité. Tu ne lui ferais pas l'affront de demander à ton père s'il avait un jour agi de sorte à ce que l'on veuille sa mort. De son métier à sa vie personnelle, il y avait sans doute des centaines de possibilités. Aucune d'entre elles n'étaient réellement réjouissantes, et encore tu n'en connaissais sûrement pas la moitié. Ce que tu savais était bien suffisant, même toi tu en demeurais persuadé.

Mais si votre cible n'avait pas pris la peine de se renseigner sur qui il attaquait ? Ou alors avait sous-estimé la famille qui tournait autour ? Peut-être pensait-il s'attaquer à un homme seul. Ce n'était pas difficile, en réalité, qui pourrait aimer une personne aussi dure que ton père, après tout ce qu'il avait fait pour mériter la mort ? Toi, sans aucun doute, mais rentres-tu vraiment dans la normalité ? N'es-tu pas aussi malade que l'autre, que l'inconnu, d'être là alors que rien ne t'y obliges et que tu as passé des années de ta vie à vouloir t'en échapper ? « C'est un acte désordonné, furieux. Une vengeance, sans aucun doute. Non pas que ça réduise les cibles, mais je ne suis pas certain que l'agresseur ait réfléchi une seconde avant d'agir. Ni même que ce soit préparé. Un crime passionnel ou un acte désespéré, en tout cas tout peut encore s'envisager, notamment le fait qu'il n'ait pas la moindre idée de qui tu es réellement et de ton influence. » Tu regardais l'écran de l'ordinateur tourné vers toi, tout en acquiesçant aux paroles de ton père. Ce n'était pas étonnant qu'il y ait autant pensé, toi-même tu aurais sans doute fait la même chose, et tu n'avais pas l'esprit de ton paternel, toujours en besoin de connaissances. Savoir et agir, les deux choses qui l'obsédaient sans doute le plus. « ça réduit peut-être les pistes, mais pas de manière satisfaisante. Soit il s'agit de quelqu'un travaillant dans le domaine public, autant le personnel de l'hôpital que les services de sécurité et de police, soit d'un criminel. Et ni toi ni moi n'avons réellement le profil pour qu'ils acceptent de nous dire quoique ce soit. Mais ça, ça peut toujours s'arranger. » Si tu ne serais pas vraiment bien vu au Smooth Criminal, tu ne rechignais jamais à utiliser ton pouvoir, surtout pour servir les buts qui t'étaient importants.

Mais ce n'était pas le seul sujet que tu te devais d'aborder, et si le premier était loin d'être plaisant, le second était sans doute mille fois pire. S'il y avait une chose que tu savais, c'était l'importance de l'entreprise pour Gidéon. Lui avouer que quelqu'un avait tenté de le voler sous ton commandement, c'était quelque chose que tu aurais aimé ne jamais avoir à faire de ta vie. Alors qu'il se levait, ton père fut pris de douleurs, tellement que le bruit du verre brisé au sol te fit serrer les dents. Tu te levais d'un même mouvement, prêt à faire un pas vers lui, mais tu t'arrêtais, pris d'hésitation. Vestige de ton adolescente, les contacts physiques entre toi et ton père s'étaient amenuisés, ne restant, pendant des années, que lorsqu'il levait la main sur toi. Alors s'approcher alors qu'il était de toute évidence en fureur était au-dessus de tes forces. Tu restais donc là, bien séduit par l'idée de l'écouter et de partir de ce bureau, mais pourtant tu le fixais sans baisser les yeux. « Tu n'es pas en état d'aller où que ce soit. Le voleur n'ira pas loin, j'ai un œil sur lui minute par minute. S'il va ne serait-ce qu'acheter du pain, j'en suis informé. J'attendais juste de t'en parler avant de faire quoique ce soit.» Tu marquais une pause, alors que tu restais encore incertain face à toutes les discussions qui ne portaient pas sur le milieu professionnel. « Est-ce que tu veux bien partager la raison pour laquelle tu te tiens debout dans ton bureau alors que de toute évidence tu as encore besoin de soins ?» Ne pas vouloir y rester était une chose, le fait de ne pas avoir contacté de médecins ou qui que ce soit pouvant lui fournir la médication nécessaire était une connerie, à ton sens. « Dis-moi ce dont tu as besoin et j'irais te le chercher.» Si pour Hécate, tu avais facilement pu accéder à son dossier médical, ce n'était pas le cas de ton père. C'était ainsi que fonctionnait la hiérarchie. Résultat des courses, t'as aucune idée de ce qu'ils lui ont donné autrement que par ce que ton père t'en as dit.  
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Son fils, sa bataille - son fils, son chien de garde. Il l’avait écouté répondre, il avait écouté ses mots, son choix de mots. Il y avait quelque chose d’infiniment plaisant à l’entendre faire écho à ses opinions, à suivre la piste qu’il lui donnait, à flairer, alerte et obéissant. Il y avait bien un peu de fierté, peut-être plus qu’un peu mais une partie seulement qu’il osait montrer. Même si, il faut bien l’avouer, l’ego du patriarche était tel qu’il ne pouvait envisager que son agresseur ne soit pas au fait de son nom, son grand nom. Un tel hasard était peu plausible à son sens, car enfin, qui pouvait encore ignorer qui était Gidéon Ò Murchù ? Sa fierté en aurait pris un coup, mais son fils n’avait pas tort - tout, il fallait tout envisager, et cela aussi bien que le reste. Alors il était resté silencieux, accablant son marmot devenu grand de tout le jugement dont il était capable.
Puis il s’était levé, puis il s’était effondré. J’aimerais dire : sans prévenir, mais n’importe qui s’y serait attendu. Il fallait être fou, il fallait être en plein délire, pour faire dans son état ce que Gidéon faisait. Et il fallait lui reconnaître un certain talent à le cacher, il délirait bien pourtant. La douleur, la faiblesse et l’alcool : il les avait planqués sous sa stature massive, mais ils crevaient l’oeil désormais. Pourquoi ne tempêtait-il pas contre son fils ? Il l’aurait fait. Un vol dans l’entreprise en son absence : il l’aurait fait, il aurait retourné ciel et terre, il aurait foudroyé ce gosse qui ne tenait pas les rênes aussi bien que lui. S’il ne le faisait pas, c’est qu’il ne pouvait pas. Il y avait une part d’angoisse qui prenait le pas sur la colère, dans le coeur du père immuable qui, plus que jamais jusqu’alors, vacillait dans ses gonds. Le souffle court, la sensation - la sensation des fluides affluants sous ses bandages serrés si fort - par ses propres soins, car il trouvait les infirmiers négligents. Douloureux, vaporeux, mouillé. Il se sentait faiblir. Tu n’es pas en état, disait son fils. Le fils avait raison, lui avait tort. Aussi difficile que ce fut, il dut cependant l’admettre. Mais il n’avait pas le choix, à son sens. Il n’avait pas le temps de dormir, de se reposer, de laisser la mort s’emparer de lui alors que son entreprise était sens dessus dessous. Car il pensait à la mort, cet homme - il s’était mis à délirer.

Il voyait son fils, il le voyait assuré, solide, là où lui commençait à chanceler. Il demandait des explications. Ou les exigeait-il ? C’était sans importance. Il le voyait, et il lui vint cette pensée fugace, qui lui prit les tripes fermement. Est-il prêt ? Il était resté figé, silencieux, du moins autant que le lui permettait son souffle, et il le regardait en silence. Ce ne fut que lorsque sa vue se brouilla pendant l’espace d’une seconde, que son regard se perdit malgré lui dans le vide, que l’angoisse ressurgit devant ce fait, qu’il comprit qu’il ne pouvait laisser tarder davantage quelques explications. Lentement, avec un quelque chose d’imposant, et un soupir, il se rassit derrière son bureau, passant ses mains sur son visage avec un drôle de sentiment qu’il n’aurait su décrire. « Je n’ai plus le temps. » Des mots qui étaient encore si simples, mais qui pour lui déjà signifiaient beaucoup. « Crois-tu que j’aurais dû rester cloîtré dans le même lieu où l’on a attenté à ma vie ? J’ai des choses plus importantes à faire que je ne peux faire avec pléthore de médecins qui me gravitent autour, je dois assurer ma sécurité, la vôtre, assurer que le secret de notre espèce ne soit pas exposé à n’importe qui. J’ai des choses à faire, à vérifier, à prévoir, dans le cas où... » Le silence avait ravalé sa phrase, elle s’était éteinte dans sa bouche, et la large figure qui prenait encore la pièce, l’air et son siège, avait cessé de s’épandre pour se figer, osciller, s’immobiliser.
Il le faut. Un regard aux débris de verre à ses pieds, il saisit la bouteille de whisky encore un peu pleine, cherchant du regard un verre, ou deux, prêt à lui en proposer. Abandonnant, preuve de fatigue, il porta la bouteille à ses lèvres, et en prit une gorgée comme un lac. Puis le silence, d’une lourdeur affligeante. « Je ne t’ai pas tout dit. Je ne vais pas tourner autour du pot. Adam McCormick : c’est le nom du chirurgien qui m’a pris en charge. Il a cru bon de ne pas le rendre public, mais il est venu m’entretenir de l’état de mon poumon. Cancéreux, et cela ne date pas d’hier. » Un flottement. Toujours aussi dûr. « Tu sais ce que cela signifie : des incertitudes, des mois de traitement, des contraintes, des… Cela signifie trop de choses que je ne peux tolérer. Cet homme m’a proposé une situation alternative - une greffe, pour régler ce problème de façon radicale et définitive, rapide, surtout. Je l’ai tracé, c’est un petit génie dans ce qu’il fait, mais il est difficile de déterminer sa véritable fiabilité. Cependant je n’ai plus le temps d’hésiter, je n’ai plus le choix. » Gidéon en chimiothérapie ? La bonne blague. Plutôt crever. Il scrutait son fils, il le perçait de son regard, lui qui luttait encore pour ne pas laisser voir ce qu’il ressentait. « Je vais être franc avec toi. Tu es le seul que je veux mettre au courant : il faut que quelqu’un le sache, que quelqu’un soit préparé au pire. C’est une opération risquée. Il y a une forte probabilité que j’y reste. » Il avait cessé de le regarder à cet instant - la peur de le voir se réjouir, peut-être. Ses enfants n’étaient-ils pas les premiers à désirer sa mort ? Mais il faisait encore mine de ne pas le savoir, maudite fierté. « Cette maladie doit rester un secret. Sitôt que j’en serai débarrassé, ce sera comme si elle n’avait jamais existé, tu entends ? » Ce furent ses derniers mots fermes avant son premier craquement.

Peut-être était-ce l’ivresse, peut-être était-ce la douleur, peut-être était-ce la fièvre. Mais Gidéon, sous le regard de son fils, avait dégluti. Son visage livide lui donnait la sensation terrible d’être exposé, trop honnête. Mais il avait comme le besoin de lui parler. Et si c’était la dernière fois ? C’était absurde, mais dans son état, il s’était mis malgré lui à le penser. Castiel méritait qu’il lui parle. Il était son fils, son fils. Il était tellement heureux d’avoir un fils. Il avait toujours été heureux d’avoir ce fils. « Quand j’étais adolescent... », il s’empressa d’ajouter : « Je ne serai pas long, laisse-moi te le dire. » Il reprit par la suite, resserrant sa prise sur la bouteille de whisky. « J’avais cette idée curieuse que mon père ne mourrait jamais. Jamais je ne l’ai vu faiblir, jamais je ne l’ai vu témoigner la moindre tendresse. Il était… Je ne veux pas te parler de lui. » Et d’ailleurs, il n’en parlait jamais. Jamais, devant aucun de ses enfants, il n’avait dit quelque chose comme mon père, jamais il n’en avait tant parlé qu'aujourd'hui, et c’était encore trop peu. « J’avais 25 ans lorsque la maladie l’a emporté. Cette maladie. Tu es un peu comme je l’étais. » Un regard vers Castiel. Il s’attendait à un visage impassible. Où diable voulais-tu en venir Gidéon ? « Je n’ai pas l’intention de laisser la mort m’avoir, mais par moment, je la sens me guetter. Elle n’est pas loin. »
Ces mots-là, c’était ce genre de mots qui laissaient présager la fin. Il avait cette lumière dans le regard, de ces lumières que l’on préférerait ne pas remarquer. Si semblable à celle-là même qui luisait dans sa pupille quand il se déchaînait sur son fils, il n’y a pas si longtemps que cela. Le délire, la fièvre : la connerie de se lever, de s’affranchir des médecines, de faire un bras au médical, d’ignorer les conséquences, comme si devant la mort, il n’y avait plus que l’immédiat dont il fallait se soucier. « Je sens qu’elle me lorgne, dans l’ombre. Je sens son bras... rachitique... passer sous ma gorge. Il m’étrangle... Et je ne peux le briser... Ces murs blancs, ces draps blancs, comme si j’étais déjà mort ; cette chambre me donnait des pensées sombres, il fallait que j'en sorte. Chaque fois que je ferme l’oeil c’est la mort que je vois. Je ne peux plus me permettre de dormir. On m'a menti... le plus brave des hommes cille devant la mort, ceux qui disent le contraire sont des crétins. » La sueur tâchait ses tempes, il portait la main à sa poitrine, il y avait quelque chose sur son visage comme un parasite - c’était l’angoisse. Aussi discrète que possible, il luttait encore pour la cacher, mais il avait peur, et cela il ne pouvait se le cacher à lui-même. « Castiel, si j’y passe, ne détruis pas ce que j’ai fait. Je ne l’ai pas toujours fait de la meilleure des manières, mais je l’ai fait pour de bonnes raisons. Je veux pouvoir compter sur toi. Je n’ai plus le temps... Puis-je compter sur toi ? »
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SirèneTritonstaff
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L'éducation qui reprenait le dessus. T'es un homme, maintenant, Castiel. Tu es capable de prendre tes propres décisions, de savoir ce qui est bon pour toi, mais aussi ce qui est bon pour tes proches, pour ton environnement, professionnellement, intimement, secrètement, tu devrais être en mesure de choisir. Mais toi, t'y arrives pas. Toi tu cherches, inconsciemment, l'approbation paternelle qui ne vient que trop peu. Tu cherches son regard, pour enfin t'assurer que tu prends la bonne décision. Pas que t'es pas capable de le faire sans ça. Mais ce pilier, qui projette son ombre sur toi, te faisant vivre à l'intérieur sans réellement te donner l'opportunité d'en sortir, ce pilier te rend incapable d'imaginer ne serait-ce qu'une seconde ce que serait ta vie s'il venait à être détruit. C'est la présence de l'homme, le grand, le fort, qui est tellement ancrée en toi que le voir disparaître de ton paysage te semblerait faux. Tu as blanchi, Castiel, lorsque tu lui as avoué que quelqu'un avait tenté de le voler. C'était ta faute, sans l'être réellement. Le truc d'un associé invisible, c'est qu'il est présent mais que personne ne connaît son identité. Tu peux même dire que peu sont au courant que tu es là. Alors le départ de l'ours, celui qui tient, qui campe devant la grotte, son départ, il n'a pas donné lieu à un changement de propriétaire, mais juste à l'absence de celui-ci. Et cet homme, qui croyait avoir réfléchi son coup, n'a sans doute jamais entendu parler de toi, ou de beaucoup trop loin pour s'en méfier. Mais tu t'en es occupé, parce que tu as peur, tu as peur de voir de la déception dans le regard de ton père, mais plus que ça, tu as peur d'y voir du dégoût. Onze ans, ce n'est pas assez jeune pour oublier les derniers mois de la vie d'Hayley. Ce n'est pas assez jeune pour ne pas te souvenir de l'expression sur leurs deux visages, alors même que ta sœur, qui était bien plus une mère pour toi d'ailleurs, te commandait de monter te coucher. La haine, les mots, les coups. Tout ce que tu voulais éviter. Mais t'es bien trop grand, maintenant, pour avoir peur que l'homme te frappe. Alors pourquoi ce sentiment persiste, alors que la peur, la peur est la soumission des faibles. Mais finalement, Tobias a peut-être raison. Finalement, tu fais partie des lâches, tellement engoncé dans ta famille que t'en as oublié depuis longtemps ton envie d'en sortir. Tu le vois faible, le patriarche, pour la première fois sans doute depuis que tu as pris ton premier souffle, dans cet hôpital de Bray. La vérité c'est que tu ne sais pas comment y réagir. Tu ne sais pas quoi faire, tu ne sais pas ce qui finira par te valoir un retour de manche. Tu veux faire bien, mais à trop vouloir, tu te perds et tu ne fais plus rien.

Tu restes impassible, sans doute la seule chose pour laquelle tu peux te montrer  fort. Tu en as l'habitude, ce masque, tu le prends lorsque tu n'as pas le choix, lorsque la vie te rattrape, lorsque tu dois faire ce que ton cœur, que tu osais autrefois écouter, te dit de ne pas faire. Maintenant, c'est devenu une seconde nature, quelque chose que tu ne commandes même pas. Mais là c'est l'indécision qui te fait te réfugier sous ce masque, et tu te détestes pour ça. Le soulagement lorsqu'il se rassoit semble pourtant pointer dans ton regard. Tu ne veux pas, encore maintenant, même pour son propre bien, entrer en conflit avec Gidéon. C'est hors de ta portée, comme un chiot à qui l'on demanderait de miauler. Ses premiers mots pourtant, te font froncer les sourcils. Tu restes debout, après avoir amorcé un pas pour te rasseoir également. Non, tu ne veux pas, tu es beaucoup trop tendu, beaucoup trop dans l'attente pour oser reposer ton corps qui lui, contrairement à ton père, n'a pas besoin de repos supplémentaire. Du moins c'est ce que tu te dis. « Ce n'est pas à toi de t'assurer de la survie de notre espèce entière. Le secret perdure à travers les siècles, ce n'est pas quelques mois de plus dans un lit d'hôpital qui va changer ce fait là. Et si tu ne veux pas rester  là-bas, je me ferais un plaisir de te trouver une infirmière à domicile, mais tu ne peux rester ainsi ou tu finiras par te tuer. »

Mais il n'a pas terminé. Tu le sens, tu le vois. T'as son regard, qui trahit sa douleur, et pourtant ses mots semblent ceux qui ont le plus de mal à faire leur chemin. T'appréhendes, alors que le silence s'étend, lourd. Mais tu n'es pas celui qui osera le briser, tu le sais. Tu n'es pas celui qui le pressera à avouer ce qu'il semble avoir sur les épaules comme un poids beaucoup trop pesant pour lui. Tu ne l'as jamais vu ainsi, mais le choc n'est pas là. Lui il survient après, alors que les mots brisent le silence, et que tu espères juste revenir quelques secondes en arrière pour ne pas avoir à les entendre. Le choc qui rend sa voix comme un murmure alors que ton esprit s'arrête, l'espace de quelques secondes, de te fournir la moindre pensée. C'est le silence en toi, c'est le bruit sourd du néant qui te prend par les tripes. Si lui ne te regarde pas, tu le fixes, comme pour juger de la vérité de ces mots. Tu as déjà vu ton père sortir pires mensonges. Quelque part, tu sais que ce n'est pas vrai. Tu aimerais que ça le soit, pour raviver ta haine et te rappeler à quel point il a été dur, il a été injuste et inhumain avec toi. Mais tu le sais, tu le vois, que ça peut être que la vérité. « Un cancer du poumon ? » Tu ne fais que le répéter mais lui ne comprend pas. Il ne sait pas dans quel état tu es, parce que tu sens ton trouble et sans doute se voit-il, mais ton corps lui, refuse de réagir encore. T'es l'aîné, t'es l'héritier, et si lui se montre faible, c'est à toi de rester droit. Il est loin le temps où tu pleurais la mort de ta sœur, te laissant aller à l'enterrement comme si vous aviez fait partie du bas peuple, dans les bras de Niamh, comme un enfant. La voilà ta preuve, que tu l'es plus. La seule qui compte peut-être, celle que tu ne vois pas. «Je ne le connais pas. » Finalement, tu réagis. « Mais tu vas vraiment laisser ton sort aux mains d'un homme que tu ne connais pas juste pour éviter les procédures habituelles ? » T'es même pas étonné, juste sidéré. Que ton père, même au bord de la mort, n'ait pas la volonté de voir la situation en face, garder le pouvoir, régler les problèmes le plus vite possible, sans prendre garde aux conséquences. « Non.» C'est sans doute la première fois que t'es aussi sûr de toi quant au désaccord avec ton père. La première fois que tu oses élever la voix contre lui alors que tu sais que ça finira mal pour ta gueule. Mais tu vas en rajouter de toute manière. « Je vais pas te laisser leur faire subir Hayley encore et encore. Une fois c'était suffisant. » Parce que si y a quelque chose que ton père t'a appris et que t'as retenu, Castiel, c'est que la famille passe avant tout. Et ta famille, c'est ta sœur jumelle, c'est ta mère de substitution, c'est ta petite sœur. C'était Hayley, et Nathan. Et perdre la première est ce qui vous a détruit, la source de vos maux. Quoiqu'ils en disent, autour, loin de l'oreille du paternel, aucun d'eux ne saurait vivre s'il disparaissait du jour au lendemain. « S'il y a un risque que tu... Que tu meures, quoique soit la solution que tu préfères pour l'éviter, tu ne peux pas les laisser dans l'ignorance. » L'opposition, assurée en apparence, le premier choix qui est vraiment tien. Mais t'as marqué une pause parce que l'idée même n'arrive pas à s'ancrer dans ton crâne. Tu imagines le bureau vide, tu imagines le silence, l'absence. Ça te fout froid dans le dos. T'es pas le genre à pleurer, t'as pas versé une larme pour Nathan encore, même si ça finira par venir. Alors c'est pas prévu dans le planning, mais la détresse que tu ressens, cette espèce de douleur à la place de ton cœur, t'aimerais la voir partir, alors que c'est le choc qui s'estompe pour laisser place au mal-être.

Tu te rassois finalement, tes jambes menaçant de plus en plus de te lâcher, après ton sursaut d'autorité. Tu te murais dans le silence pour écouter l'homme parler, cet homme qui ne s'était jamais confié, et qui maintenant te parlait de son père. Homme dont le nom te serait inconnu si tu n'avais pas cherché tes origines, mais dont tu ignorais tout le reste. Si tu attendais de voir où finirait cette conversation, tu n'en étais pas moins intéressé, pendu à ses lèvres malades, en souffrance. Tu n'osais pas intervenir alors même que tu retrouvais ton propre père dans sa description. Une explication dans ton éducation, qui n'en restait pas plus une excuse. Brève mais prenante, la tirade prit fin, finalement. « Ton sort ne sera pas similaire au sien.»  Tu le vois s'enfermer dans cette obsession mortelle alors que tu comprends que l'homme qui pensait ne jamais se faire toucher par la mort était sur le point de s'y laisser tomber. Tu comprends enfin que la peur de ton père n'a rien de celle d'un lâche. Tu fais contrepoids même si la tienne commence à faire écho. Tu observes le délire dans l'oeil, dans les mots. Il n'est plus maître de lui-même et c'est ça qui te pousse à prononcer les mots que jamais tu ne t'aurais vu prononcer. « Tu peux compter sur moi. Je suis le dernier de ceux qui t'abandonneraient. » C'est l'avantage des mourants, de pouvoir faire oublier à quel point ils ont répandu le mal, obtenir des pardons qu'on ne pourrait croire possibles. Et à ce moment-là, tu y crois, à ces mots. Tu y croiras jusqu'à ce qu'il s'en sorte, comme il l'a toujours fait, parce que t'es toujours un peu dans le déni. Ou tu y croiras jusqu'à l'enterrement. Pour te rappeler qu'avant lui, tu avais une vie qu'il t'a enlevée.  
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SirèneTritonstaff
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I can tell if it's truth or lies when you've got bourbon in your eyes
Père & Fils

« And I know that's not a tear in your eye 'cause boys don't cry and neither do I. I may be ****** but I'll never say, so I guess I'll be on my way. At least I gave it a try but you had bourbon in your eyes »
L’orgueilleux Gidéon ne se serait pas reconnu s’il avait pu se voir dans ces quelques instants. Son grand esprit, sa tête trop large, trop pleine, avait peu à peu du mal à faire la part des choses. De sa vue impeccable à un monde embrumé, et l’épuisement des derniers jours n’aidait en rien. Un mental rangé, sur-organisé, presque trop maniaque, des casiers triés trop parfaitement sur des dizaines d’étages - comme une base de données corrompue connaissant ses premières failles, quelque fois le mauvais dossier s’insinuait là, échappait à la prise de ses mains dans un glissement trop doux pour qu’il puisse le rattraper. Par instant il cherchait, dans les tréfonds de sa mémoire, une information quelle qu’elle soit - et lorsqu’il soulevait la couverture tout aussi fictive que le reste, le mot cancer était inscrit là. Comme un million de post-it échappés dans l’air de cette pièce sans oxygène, comme un million de mots intercalés partout comme un mémo constant. Il voulait se focaliser sur le visage de son fils, il voulait se focaliser sur ses mains, il s’attachait au monde physique, à la matérialité, pour ne pas affronter cette omniprésence mortelle qui lui pesait à l’arrière du crâne. L’abstraction terrifiante de la mort, cette chose imprévisible et pesante que l’on ne connaissait jamais avant de l’avoir vécue, que l’esprit humain ne comprenait pas. Et ne pas comprendre, pour cet homme, était trop douloureux.

Avait-il reconnu dans le regard en face le coup de massue, le vacillement, l’atteinte à cette couverture qui se voulait imperturbable, mais qui n’était jamais qu’une copie pâle de celle du père ? Savait-il, Gidéon, quel sentiment passait dans les yeux de Castiel - il n’en était pas certain. Peut-être réalisait-il, dans une étonnante lucidité, qu’il ne pouvait se fier à ses pensées et à ses interprétations immédiates. Le monde s’était arrêté à la porte du bureau, la tête de Castiel était un masque grotesque en papier mâché, et le paysage à sa fenêtre n’était rien d’autre qu’une image sans perspective ni profondeur - une lumière éreintant l’oeil trouble condamné à une obscurité beaucoup trop proche. Il fallait qu’il réfléchisse, qu’il se pose, seul, et fasse le tri de ces pensées et de ces ressentis, pour y voir plus clair enfin. Mais la crainte pesait, la crainte de ne jamais voir plus clair qu’à la seconde présente car on était livré à la décadence. En vérité, et cela il le savait sans l’admettre, ce qu’il lui fallait à l’instant, c’était une sieste, le calme de l’esprit derrière des paupières closes. Mais un sommeil hanté par la peur de ne pas se réveiller était un sommeil sans repos. Et cela seul présageait une descente aux enfers, pour des jours, des heures, des semaines, qui sait.

Ce n’était pas tant la survie de son espèce qui le préoccupait, il n’avait pas l’ego à ce point démesuré, ou presque, pour considérer dans son état qu’il avait un tel impact. Mais il y avait ce terme maître dans la vie de Gidéon, cette notion d’une telle ampleur qu’elle englobait toutes ses valeurs en quelques lettres. Travail, famille, deux hémisphères d’un même cerveau qui, entier, se plaçait sous l’égide de la responsabilité. C’était ce mot, ce mot qui avait rythmé sa vie depuis les débuts de son éducation. Et à présent plus que jamais - il était responsable de ce qu’il laissait au monde après lui, et se confrontait à ses devoirs. Pourquoi s’obstiner à se tenir là comme un boeuf mourant, un taureau de corrida, et refuser les bons soins, pourquoi parler de choses à faire quand on ne pouvait que trimer sous l’épuisement - il fallait lui dire, à Gidéon, qu’il n’était qu’un homme, et que devant le mal qui le rongeait, il n’y avait plus rien d’autre à faire que de s’occuper de sa santé. Mais il n’était pas qu’un homme, pas plus dans son regard que dans celui des siens - peut-être pas un Dieu, mais un surhomme au moins, un socle, une ligne de conduite, un carcan, une tête qui faisait loi. Trop fier pour être un mourant, trop obstiné pour changer d’idée, trop angoissé à l’idée de perdre dans ses derniers instants tout ce qui donnait sens à sa vie : lâcher prise, c’était la mort prématurée.

Peu de mots en retour, en somme. Le condamné parlait et l’héritier prenait note, le criminel devant son juge, le pécheur devant son sauveur. Il parlait trop sans doute, mais quoi qu’il pense, il n’était pas encore sur son lit de mort - au sens strict d’ailleurs, puisqu’il s’obstinait à se tenir assis de peur qu’elle ne survienne trop précipitamment. On pouvait sentir l’homme faiblir et son fils prendre le relais de la responsabilité, de façon trop subtile encore mais les prémices d’une passation - Castiel prenait le risque de l’opposition. Non. Comment cela, non ? Comment pouvait-il abuser de sa faiblesse pour se le permettre ? Non. Vraiment, comptait-il laisser sa vie entre les mains d’un inconnu et appeler cela la fatalité ? A cela, il n’avait pas pris la peine de répondre, sans doute pour ne pas risquer de se décrire lui-même, trop borné pour changer d’idée. Il n’avait plus le choix, et il ne voulait rien entendre. Mais il avait cillé, imperceptiblement, à la mention d’Hayley. Il ne voulait pas entendre son nom, mais c’était comme le regret qui venait cogner à sa porte sans demander son opinion. Coucou, tu vas mourir, une dernière volonté ? « La situation est différente. Tes soeurs ne seront pas laissées dans l’ignorance, c’est pour cela que je t’en parle - si la mort me prend, tu pourras leur expliquer. Mais tant que je suis vivant… Pas tant que je suis vivant. » Une respiration lourde avait gonflé sa poitrine, comme un soupir profond chargé d’un quelque chose de rauque, rappel à sa nature qui n’était plus tant triton richissime que fumeur cancéreux. « Je ne veux pas fragiliser notre famille si je peux l’éviter. » Douce ironie, on en aurait ri jaune. « Il vaut mieux qu’elles l’ignorent et que j’en sorte guéri sans que rien n’ait changé, plutôt que je me rétablisse pour constater un délitement qui aurait pu ne pas se produire si j’avais su l’éviter. » Convaincu que la maladie, l’affaiblissement du père allait voir céder les derniers ligaments de cette famille en dépérissement. Il espérait que son fils comprenne, car il n’était pas certain d’être capable de l’empêcher d’avouer pour lui sa propre confession.

Castiel s’était rassis, deux jambes seules n’auraient su encaisser en entier le choc de toutes ces déclarations, de cet échange qui n’aurait lieu qu’une fois en une vie sans doute. Des barrières s’étaient abaissées trop brusquement, il y avait trop d’honnêteté, un coeur trop ouvert, trop de franchise pour ces deux hommes, et l’air se teintait nécessairement de malaise. Ton sort ne sera pas similaire au sien, des mots que l’on aurait jamais dû entendre, du fils qui réconfortait son père en vain, qui voulait éclaircir des pensées trop sombres, qui cherchait l’assurance là où la montagne croulait. Qu’en savait-il, Castiel, après tout, si son sort serait différent ? L’ironie avait toujours pesé trop dans la vie de Gidéon, trop pour que cette pensée ne fasse qu’effleurer son esprit. Il avait suivi son père et il le suivrait encore, ou bien que deviendrait-il ? Il espérait pourtant, et avec sincérité, en réchapper, survivre, s’extirper du mal là où son père avait failli - le surpasser, aller plus loin, être plus fort, même si ce n’était jamais dû qu’aux progrès de la médecine. Il en aurait presque remercié son assassin, sans lequel il aurait été frappé peut-être trop tard. Mais le destin lui avait crevé le poumon et l’avait jeté entre les mains du bon chirurgien. Il ne voulait pas croire au destin, Gidéon, il voulait s’en penser maître, mais à cette extrémité, sa présence se faisait plus pesante, et tout le réconfort était à prendre. Et il voulait se raccrocher aux mots de son fils, se dire qu’il voyait mieux que lui dans l’étreinte de la mort, et qu’il avait raison. « La mort ne s’attaque pas au moins récalcitrant », et il y avait peut-être comme une ombre de sourire et de provocation dans ses mots, mais l’amertume y avait percé davantage encore, fier étendard de l’incertitude. Il tomberait peut-être, et d’ailleurs sans doute, mais pas sans avoir mené son sang et sa sueur dans une ultime bataille, et jusqu’à la dernière minute, en voilà un qui ne lâcherait pas prise. Démuni face à la mort, mais non moins obstiné, non moins fier, et courageux - cela au moins, il fallait le lui accorder.
Et, enfin, la promesse de son fils. Pour cette fois, cette unique fois au moins, le mensonge lui était proscrit. Il ne pouvait le trahir, pas tant qu’il ne serait pas remis - un quelque chose dans ses gènes contre lequel il ne pourrait lutter. C’était sans doute une famille pleine de monstruosités, mais c’était cependant une famille, et si chacun détruisait l’autre, le malheur d’un seul était le bagne de tous. C’est ainsi qu’on lui avait enseigné la chose, et c’est ainsi qu’il avait voulu l’enseigner, et il croyait en son fils pour perpétuer cette grande leçon. Ces mots, ces quelques mots signifiaient tant pour lui. Ils signifiaient, en somme, que sa mort ne serait pas si dramatique. Qu’il avait au moins, en Castiel, un quelque chose d’assuré au-delà de sa vie. Qu’il avait réussi, quelque part, même s’il était conscient d’avoir échoué dans la globalité. Dans ce gabarit trop faible encore à son goût, il y aurait sa suite, son héritier, et il voulait lui dire merci. Il le voulait, le plus sincèrement du monde, prononcer ce petit mot, lui montrer combien cela lui soulageait la conscience d’un poids si lourd. Mais il ne pouvait pas. Ce mot était beaucoup trop chargé d’émotion pour sortir, ce n’était plus dans ses capacités. Mais, néanmoins, pour son fils qui recherchait tant l’approbation, il y avait eu - en plus d’un regard chargé de reconnaissance à travers l’épuisement, un signe de tête trop simple mais qui en disait long.
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When you've got bourbon in your eyes | ft. Castiel Ò Murchù
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