Comme un orage qui vient rompre le silence | AIP

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Humainstaff
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Race : Humaine
Métier/Etudes : Femme d'affaire, diplômée de l'IBS de Moscou
Aleksandra Iourievna Pavlova
Humaine

nom Pavlova, croustillante à l'extérieur et moelleuse à l'intérieur, ou l'inverse. S'y rattache un compte en banque grassouillet, merci papa. prénom Aleksandra pour le cocktail et l'esprit combatif. Sacha pour les intimes. Iourievna, c'est son patronyme. âge 38 ans, aussi bien conservée qu'en avance sur son âge lieu et date de naissance Elle est née un 4 avril, au cours de l'année 1979, à Moscou – la plus belle ville du plus beau pays du monde, à son sens orientation sexuelle Hétérosexuelle, résolument statut marital Elle fut fiancée, plus de force que de gré, il y a dix ans de cela, à Piotr Vasilievitch Narychkine, un homme de bonne naissance mais au caractère lâche qui partit en mer pour ne jamais lui revenir. Elle ne s'est plus jamais souciée d'être fidèle après cela, et a fui les engagements de toute sorte. Mais plus récemment, elle a envisagé le mariage avec un humble français qui l'aime éperdument. métier/études Diplômée de l'IBS de Moscou, elle est à ce jour une businesswoman affirmée et talentueuse situation financière Elle a sans nul doute bénéficié de quelques facilités, du fait de sa naissance en un milieu « bourgeois » plutôt confortable, quoi que le terme lui fasse encore grincer des dents. ft Greta Garbo

« Tu sèmes au hasard la joie et les désastres, et tu gouvernes tout et ne réponds de rien »

♠ Dire que tu détestes ta mère est un euphémisme. A l'inverse, tu tiens ton père comme une figure respectable que tu imites sur bien des points, et dont tu estimes énormément le point de vue. Que ce soit le père ou la mère, tu as beaucoup de points communs avec l'un et l'autre, parfois sans même le réaliser.
♠ Sujette à de redoutables insomnies, t'es contrainte à alterner entre des nuits de trois heures et des prises de somnifère suffisamment puissants pour t'assommer toute la demi-journée.
♠ Ton estomac n'a pas de fond et des parois d'acier, t’assiérait-on à table que tu continuerais de manger jusqu'à ce qu'on cesse de te servir, quoi que ce fut. Pour autant, tu peux être assez difficile – encore que tes goûts sont parfois surprenants. Tu ne jure que par l'aneth et la mayonnaise, et tu fais une légère obsession sur le chocolat. Cela explique probablement la taille de tes cuisses, encore que tu te dépenses bien.
♠ T'as la hantise des mers et des océans. Non pas que t'en aies peur à proprement parler, mais tu les trouve abjects d'une manière qui avoisine presque le malaise, ils te rappellent Saint-Pétersbourg, cette ville que tu détestes pour son climat polaire, son humidité et ses rues rectilignes où tout se ressemble. Cette sensation s'accompagne d'une haine dûment méritée, dont on peut tenir Piotr pour responsable. D'une certaine manière, tu es jalouse du rapport entre la flotte et lui, car il l'a préférée à toi et n'hésiterais pas à t'abandonner pour elle une seconde fois.
♠ Et avec ceci, c'est à peine si tu te rends compte de tes tendances pyromanes. Avoue-le, tu prends un plaisir indécent à voir le monde brûler sous tes yeux, mais heureusement tu ne t'es encore portée responsable d'aucun accident. Enfin, c'est ce que tu aimerais faire croire. Moi, je sais que t'as la main mise sur les médias, et que tu les as judicieusement fait taire.
♠ Tu es affreusement superstitieuse, jamais on ne te verrais siffler en intérieur, demeurer sur le seuil, poser tes clés sur une table ou donner de l'argent en mains propres. C'en est devenu une telle habitude que tu ne t'en rends même plus compte, mais le seul fait de voir un autre le faire te mets remarquablement mal à l'aise – et il t'arrive de ne même pas en réaliser la raison.
♠ Tu débarques en Irlande avec pour tout bagage deux valises et ta carte bleue, dans une ville remplie de créatures dont tu ignores tout à fait l'existence. Et d'ailleurs, tu es trop terre à terre pour ne serait-ce que considérer l'existence du surnaturel. Du moins, pas au-delà de la superstition, du magnétisme et de quelques fantômes, éventuellement.
♠ Tu es assez peu tolérante socialement. C'est le fait de ton entourage bien sûr, entre ta famille et la Russie – tu vois d'un mauvais œil l'homosexualité par exemple, mais tu te contente d'une désapprobation ferme et silencieuse. Tu crois l'Occident sujet à une décadence, si ce n'est une pathologie, et ça t'inspire plus de compassion qu'autre chose.
♠ Tu es polyglotte, bavassant tant le français que l'anglais ou l'allemand, mais il n'est vraiment pas difficile de deviner ta provenance, car t'as un accent très prononcé – et tu ne te cache pas de tes racines, en fait tu t'en vantes très volontiers.
♠ Depuis quelques années, tu goûtes de bon cœur aux arts, particulièrement ceux du beau monde – théâtre, symphonies, ballets, littérature et poésie, peinture. Si tu aimes la musique, tu ne pratiques pourtant pas d'instrument – mais tu possèdes une voix douce doublée d'un coffre conséquent.
♠ Tu es la cible de ce que l'on pourrait familièrement appeler un « appétit sexuel très développé ». Et tu aimes l'alcool et la cigarette presque aussi passionnément que tu aimes le sexe. Qu'on se le dise, tu es une croqueuse d'homme que même l'amour aura bien de la peine à assagir. Pourtant, en ce qui te concerne, on a difficilement connu plus jalouse et possessive.
♠ Si tu aimes plus que tout te faire couvrir de cadeaux, de compliments et d'attentions, tu goûtes très peu aux surprises, au suspense et à l'attente (ce que Piotr aura tout le loisir de découvrir tantôt...). Amateurs de l'inattendu, soyez prudents.
♠ Tu es très matérialiste au fond, et t'attaches profondément aux objets. Ceci explique la taille de ta boîte à bijoux, ton chez-toi agrémenté de centaine de bibelots et l'incommensurable quantité de lettres présente dans tes bagages – car tu n'en as pas jeté une seule de toutes celles que ton « futur » t'as envoyé de voyage. Mais comme cela reviendrait à te donner un côté sentimental, tu n'irais jamais l'admettre à quiconque.
♠ Tu connais ta propre logique. Il n'y a pas d'autre manière d'expliquer le désordre ahurissant de tes affaires, côtoyant de manière absurde une pensée des plus rigoureuses. On a souvent du mal à te saisir, même pour un Russe tu restes un délicieux mystère.
♠ Tu es une femme dépensière et tu chéris les jeux d'argent. Tu amasses pourtant des fortunes et Dieu seul sait comment. Mais m'est avis que sans ton père, tu serais bien mal, et que tu ne cracherais pas sur la tirelire d'un époux richissime.
♠ J'oubliais le plus important... Il te plaît, Piotr, en dépit de tout ce que tu tentes d'affirmer. Avec son satané courrier, t'as jamais pu l'oublier, et si tu savais ce qu'était l'amour, il est fort à parier que tu en regorgerais pour lui. Après tout, entre haine et amour, il n'y a qu'un pas. Et pour lui en vouloir autant, il a bien fallu que tu y tiennes à l'origine.


xx xx 2007

« Piotr Vasilievitch,

Vous êtes le pire. Les mots me manquent pour vous exprimer le désarroi et le ressentiment que m'inspire votre départ, ou devrais-je dire votre fuite, et je ne ferai pas l'impasse sur une telle lâcheté. Gardez votre mépris pour vous, je n'en ai nul besoin. Figurez-vous que je suis une femme forte, et ne vous en déplaise, il faudra bien plus que votre trahison pour entamer mon caractère. Vingt-huit années j'ai vécu sans vous – vous pensez bien que je saurais en affronter au moins autant d'autres.

Je garde la tête haute, mais vous, vous devriez rougir de votre existence toute entière, après l'humiliation que vous m'avez voulu faire. Sachez que ma fierté se redressera contre toute la déloyauté que les êtres de votre espèce lui témoigneront. Et si je n'ai jamais l'air que d'une femme, je n'en suis pas moins l'une des plus émancipées, et j'ai fait plier le genou d'hommes plus sévères que vous. On m'a appris à faire preuve d'autorité, et à ne pas me laisser fouler du pied par moins estimable que moi.

Nous sommes différents en tout point, et c'était un geste de pure folie que de vouloir nous unir pour une soi-disant éternité. A quoi pensiez-vous donc en prenant le large sur un coup de tête, et qu'en a pensé votre père ? Vous ne pensez qu'à vous et à l'instant présent, et je m’accommoderais bien mal d'un mari si peu conscient des réalités. J'ai au contraire l'esprit terre à terre d'une femme du monde, et j'évolue sans aide et sans soutien. L'argent fait aller le monde, et comme vous le savez je n'en manque pas. Cela seul me laisse un pouvoir qui dépasse de loin tout celui que vous auriez pu envisager avoir sur moi.

Vous vous pensez nécessaire, j'en suis sûre, vous êtes si naïf. Mais vous êtes loin de m'avoir saisie, dans le bref interlude où l'on vous a forcé à me connaître. Où voyez-vous une femme désemparée ? Je suis une tenancière, une femme qui dirige et qui réfléchit. Un terme, il me semble, qui vous est encore inconnu, car monsieur, votre lâcheté n'a d'égal que votre bêtise.

Vous m'avez manqué de respect, vous m'avez humiliée. Mais je saurai prendre mon mal en patience, et j'espère que vous prendrez conscience qu'au bout du voyage, de quelque longueur qu'il soit, ma vengeance vous attendra à quai, froide et cruelle. Et aucun jupon, autre que celui de votre tante que vous avez abandonnée autant que moi, ne vous sera plus accessible. Car s'il est une chose que je ne tolère pas, c'est une vile et gamine insolence semblable à celle dont vous avez fait preuve.

Je suis fiancée, la bonne affaire. Je ne vous dois rien, et je ne vous désire pas. Pas une seconde n'ai-je souhaité devenir votre femme, et il n'est pas nécessaire de parler d'amour, ce sentiment m'est inconnu et je ne crois pas au coup de foudre. Les hommes sont ainsi, ils vont et viennent, bafouant le cœur des femmes, et vous êtes le même. Mais je n'aurai pas la faiblesse des autres femmes de me laisser atteindre par une telle futilité. Et s'il faut même, je jouerai du cœur des hommes, après tout n'est-ce pas amplement mérité ?

Il faut vous rendre à l'évidence, monsieur. On nous a fiancé et vous avez renoncé. A la bonne heure, tous les hommes ne seront pas aussi idiots que vous, et ils sont sensibles à la femme à demi possédée. Bien malgré vous, vous m'avez rendue désirable, et je veillerai à ce qu'ils soient nombreux à vous dire la chance que vous avez laissé échapper. Vous me trouvez vieille car vous êtes un enfant. Mais figurez-vous que je sais jouer du paraître, et la superficialité est une nécessité de ce monde. La beauté, la parole et l'argent font l'influence – une véritable chance que j'en sois dotée.

Une chance, oui, car apprenez que j'ai de l'ambition. Ce mot, je crois qu'il vous est inconnu, car vous vivez d'air pur et d'eau fraîche, et de stupidité. Mais je suis décidée et militante, je n'aurai de cesse de convoiter toujours davantage, et c'est là encore une occasion que vous perdez en refusant de vous associer à moi. Tous les hommes ne peuvent prétendre épouser une femme capable de stratégie, de réflexion, et dotée d'une volonté et d'une obstination à toute épreuve.

S'il est une chose à savoir sur ma personne, c'est bien cela : je n'entreprends rien à moitié, et cela tient encore lorsqu'il s'agit de mon caractère. Voyez : j'aurais été une épouse exemplaire, d'une rigoureuse fidélité, et capable de toute la tendresse et de tout le soutien auxquels vous auriez pu prétendre. C'est là tout ce que vous avez perdu, et je n'aurai de cesse à présent de vous haïr de toute mon âme et de vous flatter de toute mon indifférence, pour peu que vous ayez l'audace de présenter encore votre visage devant moi. J'aurais été pour vous la chaleur et le réconfort d'une famille – je ne serai jamais plus qu'un blizzard vous mordant la face. Et il ne m'aura fallu qu'une brève inspiration pour passer de l'un à l'autre portrait.

Faites ce que bon vous semble, mais ne revenez plus vers moi. Je n'attends plus nulle lettre de vous. Perdez-vous en mer et périssez dans le corps infect de la seule chose que vous chérissez. Adieu.

Dans l'espoir de n'entendre plus parler de vous,

Aleksandra Iourievna. »

-
xx xx 2017

« Mon cher X,

Il me fallait t'entretenir de quelque chose qui me tient à cœur, et que je veux t'écrire car je ne sais si je me sentirais capable de te le dire en face. Tu n'es pas sans savoir la situation délicate dans laquelle je me trouve. Tu as été pour moi un ami précieux et fidèle, alors que je croyais tous les hommes d'une nature abjecte. Tu as su apaiser certains de mes maux, alors que toi même tu es embourbé dans bien des choses plus préoccupantes.

Comme tu le sais, j'ai à ce jour trente-huit ans. Et à trente-huit ans célibataire, on sait que l'on va mourir vieille fille. Pour t'avoir déjà parlé de ma mère, tu sais bien ce que j'en pense, et je redoute plus que tout de finir aussi acariâtre et détestable qu'elle, mais pire encore, seule et sans enfant. Je veille toujours à ce qu'il n'y paraisse rien, mais la vérité est que je me sens seule, et de jour en jour, cette solitude est plus pesante. L'âge me donne du souci, et je ne peux m'en remettre qu'à mon frère pour mes vieilles années, or je ne veux pas lui devenir un poids.

J'ai toujours eu l'esprit calculateur et le cœur froid. Les rêveries n'étaient pas pour moi, je faisais ce qu'il fallait faire, et ce qui comblait mon père me comblait. Mais à présent que les années s'installent, je commence à désirer bien des choses. De ma vie je n'ai aimé, mais je rêve à présent de m'abandonner à la passion qu'un homme, un jour, sache me faire découvrir. Et de cet homme, je me vois porter l'enfant, devenir mère, et je crois que je saurais mieux y faire que celle dont le ciel m'a dotée. Seulement, tous les hommes que je côtoie sont trop jeunes, trop vieux, mariés, divorcés, veufs. Je me refuse aux sentiments et me trouve être, à mon âge, la plus inexpérimentée des femmes, en dépit de ces hommes auxquels je ne me refuse pas, ni ne me livre d'ailleurs.

Je ne suis pas sans savoir la passion que tu me portes, et les dettes qui t'accablent. Par ailleurs, il me semble que tu as un fils. Pour tout t'avouer, j'ai envisagé avec toi une affaire qui ne soit pas de l'amitié, ni une aventure éphémère. Il est temps pour moi de balayer les fantômes du passé, d'oublier le fiancé qui m'a abandonnée à quai il y a dix ans de cela, et de me marier finalement. Et je crois qu'une telle union entre nous serait aussi avantageuse pour toi que pour moi. Ne le prends pas pour une demande, je ne suis pas encore prête à m'engager dans une relation si sérieuse, attendant de moi un amour que je suis incapable de donner. Saches seulement que j'y pense, et je sais que tu seras là pour moi, quoi qu'il arrive.

Amicalement tienne,

Sacha »

story of my life

Iouri Ilitch Pavlov était un moscovite fortuné et pour cause. Il était « digne de la confiance du Parti », comme le fut son père avant lui, et cela implique bien quelque chose. A cette époque, la Nomenklatura était encore un terme rempli de sens et la famille Pavlov le savait bien, pour s'être gonflé les poches sur le dos d'une société malade et dépouillée. Mais Iouri était un bureaucrate ainsi qu'un membre fidèle et militant du PCUS, alors plutôt mourir que de se faire appeler « bourgeois ». Nadejda Petrovitch, sa secrétaire, l'avait épousé avec raison pour son argent à l'automne 1975. C'était une femme crédule et simple d'esprit mais avide de possession - elle avait les mœurs sévères et une autorité terrifiante qu'elle s'était découverte dans les années suivant son mariage. Son époux n'était pas mieux, un homme hautain et imbu de lui-même, mais qui lui ne manquait pas d'intelligence. Il ne lui fallut pas dix ans pour détester et tromper sa femme, que l'âge et le tempérament avaient enlaidie, ne la rendant que plus acariâtre encore, et lui d'autant plus irritable.

De cette union naquit pourtant une fille. C'était un mois de printemps encore frisquet, l'avril qui avait suivi l'un des hivers les plus rudes du siècle dernier. 1979, Moscou. Aleksandra était sans doute la plus chanceuse dans l'histoire de sa naissance. Sa mère passait de l'horreur de la grossesse à l'horreur de la maternité, haïssant l'un et l'autre plus intensément qu'elle ne haïssait son époux lui-même. Quand à son père, il était certes heureux de se pourvoir d'une fille, mais c'était là une attache définitive à sa femme qui, en plus de cela, ne perpétuerait pas son nom. Mais Aleksandra, elle, jouissait à peine née du confort et de l'appui d'une belle fortune, lui assurant une éducation et un mode de vie plus qu'enviable dans la Russie de l'époque.

Ce fut une enfance presque sans histoire. Aleksandra fut élevée strictement, et très tôt initiée aux choses concrètes et à la réalité complexe de la société contemporaine. Son père attendait beaucoup d'elle, et elle ne le déçut pas, excellant dans sa scolarité – pour cela, il l'aima et la gâta. L'on pourrait protester qu'il ne l'ait aimé que pour ce qu'il avait fait d'elle et ce qu'elle l'avait laissé voir, et qu'il ne la connaissait pas véritablement. Mais c'était un appui conséquent, et Aleksandra découvrit bien tôt l'avantage qu'il y avait à savoir influencer un homme tel que son père, en particulier face à sa mère. Celle-ci la jalousait pour sa jeunesse, sa beauté, son intelligence et sa vivacité d'esprit, ainsi que l'attention qu'elle obtenait de son mari, et pour cela la traitait avec une amertume profonde la poussant régulièrement à une volonté nette d'humilier son propre enfant. Mais cela ne contribua qu'à renforcer l'épaisse coquille de la jeune fille qui déjà traitait la vie avec maturité et désillusion.

1991, l'URSS s'effondre. La famille Pavlov conserve pourtant sa fortune et trouve même le moyen de profiter de l'effondrement de l'économie pour accroître ses gains. Elle s'agrandit également d'un nouveau membre : Ivan Iouriev Pavlov, le fils ardemment désiré, mais le fils bâtard que le père ramena de l'une de ses conquêtes et reconnut comme sien. Aleksandra avait alors douze ans, et s'attacha dûment à protéger son jeune demi-frère d'une belle-mère haineuse et rancunière. Elle se comporta donc comme une mère de substitution, mais n'en fut pas moins intransigeante et sévère. Ayant grandi dans un foyer presque totalement dénué d'amour (outre celui douteux de sa mère pour son père, et celui de son père à son propre égard – rien de très sain, en somme), il est difficile de savoir si oui ou non Aleksandra agissait ainsi par affection ou par devoir. Toujours est-il qu'elle devint pour son frère un modèle et une présence indispensable, et qu'il est peut-être le seul être auquel elle se soit à ce jour sincèrement attachée.

A quinze ans, Aleksandra se sentait déjà adulte, et se reconnaissait difficilement dans la compagnie des jeunes de son âge. Elle avait à demi pris à sa charge un enfant comme s'il avait été le sien, elle nouait des amitiés complices avec des adultes, amis de son père, qui voyaient en elle la seule femme digne de conversation de la maison, et quelques années plus tard, elle avait voulu s'engager dans une cause sociale et politique, dans le capharnaüm qu'était la Russie post-soviétique. Sa maturité et son jugement lui permirent, au terme de sa brillante scolarité, d'entrer à l'Institute of Business Studies de Moscou, dont elle fut tantôt diplômée.

Sitôt qu'elle fut libérée de ses études, elle voulut prendre en indépendance et se constituer son propre capital, ses propres relations, pour devenir une working girl exemplaire. Mais le fantôme des Pavlov n'avait de cesse de planer sur elle, son père maintenait fermement son grappin, désireux de modéliser la vie de la jeune femme de ses propres mains, du premier jour jusqu'au dernier. Et Aleksandra, sachant combien les ressources de son père étaient importantes et nécessaires, dut composer avec ses caprices pour garder ses faveurs dans le beau monde. C'est ainsi qu'à ses vingt-huit ans, il la voulut marier à un parti qu'il considérait avantageux.

Aleksandra fut alors fiancée à Piotr Vasilievitch Narychkine en 2007, alors qu'elle ignorait tout encore de l'amour passionné et des drames sentimentaux, plus familière des chiffres et des comptes exacts de la raison que des divagations au romantisme absurde du cœur épris et esclave. Et à vrai dire, elle se souciait peu d'épouser par amour, ne cherchant jamais rien d'autre qu'un bon parti, un homme de carrure capable de tenir une entreprise ou vingt sur les épaules. Mais loin de son mari idéal, qu'elle avait dessiné à l'effigie de son père, il fallut que Piotr Vasilievitch soit un homme lâche, naïf et immature, qui s'engagea à l'armée et prit la mer sitôt qu'il fut fiancé pour le seul plaisir de ne plus jamais la voir.

Ce fut là une insulte que Aleskandra ne put jamais lui pardonner, et elle jura de se faire justice, et de se venger un jour d'une pareille humiliation. Et quelque part, elle s'en sentit touchée bien plus qu'elle n'aurait voulu l'admettre. Bien malgré elle, son cœur en a été meurtri, et chacune des lettres qu'elle reçut de l'homme auquel elle aurait dû éternellement s'attacher était autant de coups de poignard enfoncés dans sa sensibilité. Ivan, qui touchait alors à ses seize ans, fut sans doute le seul à réaliser combien l’événement avait marqué sa sœur si désespérément seule, et il se jura de traquer l'homme et de lui faire payer l'outrage de sa vie si un jour celui-ci remettait le pied en Russie.

Dix ans s'écoulèrent alors, dix longues années durant lesquelles Aleksandra connut de nets changements. Elle était partagée entre les extrêmes, soumise à sa haine de l'homme autant qu'au désir de l'assujettir à ses charmes. La femme d'affaire se doubla d'une femme fatale vêtue de rouge, un alter ego qui jouait de sa sensualité au casino le soir, sortant de sa mallette des quantités obscènes de billets de banque pour en rempocher le triple en quelques parties de poker. Elle craignait, en s'attachant trop, de se voir abandonner et humilier, c'est pourquoi elle enchaîna les rencontres pour s'en prémunir. Mais son besoin d'attention, de reconnaissance, de domination et de contact était rendu tel qu'elle ne pouvait se passer d'approcher la gente masculine.

Son équilibre mental avait toujours donné l'impression d'être très bon, mais la vérité était qu'elle n'avait été que davantage instable à chaque étape de sa vie. Le calcul et la réflexion se trouvaient parfois renversés par un coup de tête, une décision spontanée et irrationnelle qu'elle suivait avec toute sa volonté et toute son obstination. De nouvelles tares se découvraient petit à petit au fond de son esprit lunatique ; nymphomanie, pyromanie, paranoïa. Tantôt froide et composée, tantôt ardente et colérique, et toujours davantage sujette à diverses addictions et drogues douces – rien chez elle n'allait en s'améliorant. Boire, fumer, jouer, ne pas dormir, perdre patience, perdre contrôle. Dépendance, besoin d'admiration. Théine et caféine. Anxiété, incertitude. Le temps s'écoule, les doutes s'installent, l'âge fait ses ravages, le capital est incertain – finira-t-elle laide et seule dans un monde où elle se sera faite haïr ? Elle se rongeait les sangs à la seule idée de devenir sa mère.

Pire encore que tout ceci : pendant ces dix ans, sa correspondance avec Piotr Vasilievitch n'avait pas cessé. Si celle-ci avait commencé houleusement par des insultes pour les deux partis, le temps y avait imprégné une sensation de banalité et de familiarité presque insupportable. Et voilà que dans l'ivresse d'un instant (c'est à dire dans un instant d'ivresse), en désirant soulager son cœur sur des feuilles de papier, elle s'était peu à peu ouverte à l'homme qu'elle haïssait le plus au monde. Malgré elle, elle lui avait montré ses doutes, sa méfiance à l'égard du monde, ses peurs, son dépérissement, et surtout son incommensurable solitude – son bourreau devenait son confident. Et par une fierté malhabile, elle s'était mise à se mentir en décuplant encore sa haine à son égard, pour ne pas penser au sentiment de nudité qui découlait d'une telle impudeur.

D'autre part, elle avait fini par se lier à un Français résidant en Russie et qui fut pour elle un ami précieux et un autre confident. Père célibataire abandonné de toutes les femmes dont il s'était épris, homme endetté, vieillissant et accablé de souci, à l'estime de soi déplorable, il avait développé pour elle des sentiments terriblement puissants. Et tout convaincu qu'il était que son amour serait, cette fois encore, éternel, il s'était juré de toujours lui prêter une oreille attentive et de lui céder tout ce qu'elle pourrait désirer de lui. Sans jamais connaître l'amour, Aleksandra envisagea finalement le mariage, craignant de plus en plus de finir ses jours seule, la solitude lui pesant. Ce qui acheva de la convaincre fut d'apprendre, suite à quelques examens, qu'elle était hélas stérile, et qu'il ne lui restait plus, pour être mère, qu'à adopter ou épouser un homme qui soit déjà père, mais l'un et l'autre impliquait qu'elle se mariât.

Et voilà que dans l'un de ses courriers, Piotr Vasilievitch, son fiancé mille fois cocu, qui l'avait fuit sans un remord et sans un regard en arrière, lui apprenait qu'il avait mis pied à terre en Irlande, qu'il quittait la marine avec sa prime et revenait pour l'épouser. Quelle sorte de monstre d'insensibilité fallait-il être pour revenir tourmenter une femme dans sa trente-huitième année, après l'avoir abandonnée à quai dix années plus tôt ? Aleksandra ne savait que faire ni que penser, elle tremblait de rage et de haine en lisant ces mots, tout à la fois touchée par la tendresse qui s'y reflétait. Elle plia bagage et partit pour l'Irlande sur un coup de tête, sans en dire un mot ni à son père ni à son frère, motivée par le seul besoin de gifler au sang la joue de ce couard lamentable. Elle avait essuyé une insulte et ne tolérerait pas la seconde.

Salut salut ! Moi c'est Mos et je débarque du haut de mes 20 ans. J'aime les personnages complexes et ambigus, boire des litres de thé et les jeux vidéos, je déteste le manque de respect, me coucher tôt et Trump et on me dit souvent que je mets un siècle à répondre. On me verra dans les parages chaque fois que je serai en mesure de faire de la qualité. Je suis fier(e) de dire que j'ai découvert le forum grâce à Naomi (Sol / Piotr) et d'ailleurs je le trouve superbe, t'inquiète ♥. Je suis un inventé et puis je tenais à terminer en vous disant que Ivan le petit frère et X le prétendant malchanceux (nom à déterminer) seront proposés en scénario si certains parmi vous sont intéressés (pour assassiner Piotr) !


greta garbo ► aleksandra i. pavlova

aleksandra i. pavlova


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SirèneTritonstaff
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Bienvenue ici tellement original entre l'avatar et l'histoire
N'hésite pas si tu as des questions !
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Bienvenue parmi nous sweetie
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Humainstaff
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Merci tout plein ♥

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Prend garde au grand vent du nord attention je l’approche pour te mordre, te mordre. Se méfier de moi me paraîtrait bien judicieux pour t’éloigner du vice et de tous les maléfices (c)ASTRA
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t'es trop belle
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Humainstaff
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Tu n'es pas mal non plus
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Haaan cte classe *.* ! Bieenvenue Alek !

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❝ we are buried in broken dreams ❞ Is it fair, or is it fate? No one knows. The stars choose their lovers, save my soul. It hurts just the same. And I can't tear myself away. ©️Astra
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ASSASSINER PIOTR

Mais nooon

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Merci

Rome > Il ne va pas vraiment mourir, Sacha ne le permettrait pas. Mais.. on peut toujours lui faire un peu peur ♥️
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